‹ Des colonies, et de la révolution actuelle de l'Amérique [microforme]Chapitre 12 sur 49 · RES · texte numérisé non relu

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à ceux d'Amérique, se soustraire à l’effet de

cette comparaison? et quand ils les auraient

connus, songer à quitter ces vastes et délicieux séjours pour les étroites habitations que leur auraient ensuite offertes l’Espagne et le Portugal? Autant vaudrait changer un palais contre une chaumière.

D'un autre côté, la politique et le besoin viennent achever l'ouvrage commencé par la Satisfaction personnelle, Un souverain, attentif à toutes les branches de son gouvernement, veillant sur sa marche, sur les progrès des parties qui s’y rapportent, sachant lire dans l'avenir ; et y remarquant la supériorité que la colonie ne peut manquer d’acquérir sur la métropole, finira nécessairement par lui donner la préférence, ei ne pourra éviter d’être en quelque sorte envahi par elles. La considération de leur supériorité lui fera la loi d’être là où se trouvent ses plus grands intérêts. Ceux-ci, dansles affaires publiques comme dans les particulhières, ne peuvent se passer de l’œil du maître. Des colonies, telles quele Mexique et le Brésil , doivent donc finir par attirer les souverains

Sa DES COLONIES.

d'Europe : cela est inévitable; les états, dans cette dernière contrée étant tous plus ou moins | rapprochés du point de perfection, ne sont ‘ pas suscepübles des améliorations dont les principes abondent sur un sol encore neuf, Par exemple, quels progrès le Portugal pourrait-il faire en population, en culture, en richesses, comparativement à ceux qui se mani-

festent d’année en année sur la terre vierge et auriféré du Brésil? Comment l’Espagne s’éleverait-elle à la prospérité dont les élémens se développent avec tant d'énergie au Mexique et dans l'Amérique du midi? La colonie, sortant de l'ordre établi, deviendra donc quelque jour supérieure à la métropole; et ce jour-là , le souverain d'Europe sera bien près de se rapprocher d’elle. Cette nécessité augmentera encore, si les colonies sont fortement affectées

par le mélange des sangs, dont la complicauion | esttoujours embarrassantee:tropsouventmena- | cante pour l'existence même des colons comme

M pour celle des colonies. Il en résulte pour lessouverains l'obligation de veiller par eux-mêmes sur ces principes de discorde, et de leur en imyo-

ser par l’interposition de leur présence. L’émigration des souverains d'Europe versles grandes colonies est donc dans la nature des choses; celle des autres souverains vers les colonies plus petites peut aussi être amenée par les circonstances. Ainsi allaient faire les Hollandais pressés. par Louis XIV; ainsi auraient fait beaucoup de princes, à l’exemple de celui de Portugal, menacés comme lui par la verge de Napoléon, s'ils avaient eu des colonics.

Muis, dans ce cas, que devenait l’état poliüque habituel de l'Europe, si au prince du Brésil se fût joint Charles IV, arrêté à Aranjuez dans la route qu'il avait déjà prise vers l'Amérique? L'Espagne et le Portugal perdaient leurs relations directes avec l'Europe, et l’'Europe avec ces Etats. Désormais elles devaient passer par l'Amérique; par conséquent les affaires de l'Europe avec une partie de ses membres, ne devaient plus se traiter en Europe, mais en Amérique. Nous laissons à penser quelles pouvaient être les suites d’un pareik

changement. Quelle différence pour l’Europe en masse, et pour chaque état européen en particulier, d'avoir à traiter habituellement sur des affaires de l’Europe avec des autorités subalternes en Europe, et souveraines en Amérique! À quels retards les affaires ne seraientelles pas continuellement exposées? Quel refroidissement le sentiment du malaise, produit par cet ordre de choses, n’occasioneraitil pas entre des cours et des hommes de deux mondes différens ? 11 est évident que les inconvéniens de ce nouveau mode de relations se ferait sentir de manière à en faire désirer et rechercher un autre. N'oublions pas d'observer ce que renfermerait de contraire à la diginité de l’Europe une transposition de pouvoirs qui la montrerait recevant des lois d’un autre hémisphère, dela part de ceux-là mêmes auxquels elle était en possession d’en uonner.On ne concoit pas comment elle pourrait souscrire à cette dégradation, et le soin de son honneur vient prêter son secours à la politique, pour lui indiquer le remède à ce mal.

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