‹ Des colonies, et de la révolution actuelle de l'Amérique [microforme]Chapitre 13 sur 49 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

De la dépendance et de l'indépendance des Colonies.

La nature est le modéle de tout : toujours grande, toujours vraie, toujours semblable à elle-même, économe de mouvemens et de ressorts, on dirait, d’après la constance de ses lois, que cet ouvrier immortel n’a donné d’attenuion qu’à un seul ouvrage ; qu'il n’a eu qu’une seule pensée, qu’un seul bat, et, malgré labondance des biens qu’elle a semés d’une main si libérale; en ne s’attachant qu’à luniformité de ses œuvres, on serait tenté de l’accuser de stérilité. Naître, croître, mourir, voilà en trois mots ce qu’elle a fait l’histoire du monde : le reste est l’ouvrage de l’homme. Tous les êtres, en naïssant, ont besoin d’abris, de protection, (le nourrices; alors le lien de la dépendance est

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tissu des mains même de la nature, qui attache le fort à la conservation du faible, et qui, par le sentiment du besoin, lie le protégé au protecteur. La plante naît au milieu d’une multitude d’enveloppes qu’elle perce à mesure que les degrés de sa force croissante lui permettent de s’exposer aux effets du grand air, comme de soutenir le choc des corps environnans. Depuis le lionceau jusqu’au noble fils de Paigle, tout est attaché aux mamelles ou réchauffé sous l'aile de sa mère, en attendant l'instant auquel les armes ou les défenses, ‘déposées par la nature dans la contexture de leurs organes, leur préteront la force propre qui doit les affranchir du besoin de secours. L'homme est soumis aux mêmes lois de dépendance; il participe au même goût d’émancipation. Enfant, il se tient attaché aux parens, dont le travail supplée à son inaptitude au travail, les forces à sa faiblesse , les lumières et l'expérience à son ignorance, et le garantissent de l’atteinte des objets qui pourraient, à son insu, agir sur son existence propre; mais, avec l’âge, son corps s’élève, ses membres s’endurcissent , Ses yeux s’é-

clairent ; il voit, entend, retient et compare.

Alors l'enfant a fait place à l’homme; il se complète lorsque les feux, qui allumérent le flambeau qui lui donna le jour , circulent dans son sein ; il entend la voix de la nature, qui l'appelle à continuer la chaîne des êtres qu’elle a formés dans les vues conservatrices d’une succession ininterrompue parmi tout ce qui existe. Alors l’homme tend à devenir le chef d’une famille, qui, à la même époque, s’éloignera aussi de lui ; il sort de la maison paternelle, comme l'oiseau s’élance du nid où reposait son enfance, dès que ses ailes , remplaçant un faible duvet, ont acquis la consistance propre à le soutenir dans les plaines de Pair.

Or ce qui se passe entre tous les êtres a lieu également entre les métropoles et les colonies. La nature les a assujéties aux mêmes lois, et par conséquent aux effets de ces lois; car elle n’a pas, comme font trop souvent les hommes, séparé les effets des causes, mais elle a rendu l'exécution de la loi PAT dela loi même.

Trois choses constituent principalement la dépendance des colonies.

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