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pas commencé par Aiams, Franklin, Wasing-
mères, et de toute espèce de moyens de résis tance. Lorsque l’on ignore, lorsqu'on n’a ni réfléchi, ni comparé, lorsqu'on est soumis à
l'empire des préjugés, à celui de lhabitude, que l’on a pris le pli que donne toujours la’ continuité d’un établissement tout foriné, quelque vicieux d’ailleurs qu'il puisse être, on est bien plus disposé au joug que lorsque des lumières nouvelles, ayant éclairé Pesprit, l’ayant forufié et épuré, ont ouvert un nouvel univers daris lequel:on lit à son tour, et où l’on sedirige par son propre jugement. Ainsi fait l’homme : enfant , 11 croit tout ce que lui dit son père ; peu à peu, 1l s'élève à voir, à comparer, à juger par lui-même; son esprit s’affranchit de la dépendance qu'avait créée pour lui l'ignorance attachée à la: jeunesse : avec le temps il entre dans le monde, et s’y conduit tout seul. Les colonies font de même : jeunes, elles s’en rapportent de tout aux métropoles; plus âgées, c’est-à-dire plus fortes, elles regardent autour d’elles , elles recherchent ce qui convient le mieux à leurs intérêts. Les Etats-Unis n’ont
ton; le temps les leur a donnés: ils sont parmi eux le produit de leur croissance : ce sont les États-Unis devenus hommes. I] en est, il en sera de même de toute colonie; elles commencent par la dépendance, fruit de Penfance; elles conünuent par la jeunesse, qui est le temps du développement des facultés ; elles finissent par la virilité, qui est l'indépendance. Tant que lon ignore, on suit; dès que l’on sait, on va seul et d’après soi.
Le troisième principe de la dépendance des colonies, et de leur attachement aux métro-
poles, est la différence des populations, la dis-
tinction des couleurs.
Les Européens, en s’établissant sur tous les points du globe, et en y formant des établissemens, trouvérent la population indigène répartie sur la surface de ces contrées, dans des proportions plus ou moins fortes. Quelquefois ils ont ajouté à a population locale une importation d’habitans. de terres étrangères, tels que les Nègres. Les mélanges des colons avec les naturels, comme:avec les importés, ont formé des races métisses. Ici le.sang européen pros-
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pére et s'élève comme il le fait dans toute l’Amérique ; ailleurs il ne prend pas, comme au Bengale: là, la population d'Europe domine; plus loin, elle n’est rien, comme à Saint-Domingue, comme dans l’Inde. Ailleurs, le sang européen est à peu près tout, comme aux Etats- Unis ; dans d’autres lieux, il est mélangé par égales parties, comme au Brésil; plus loin, la population est formée d’un autre sang que celui de la métropole, qui n’a pas peuplé la colonie, mais qui l’a conquise, comme on le voit au Carada , au cap de Bonne-Espérance, où la population est française ou hollandaise, et la métropole anglaise. Que feront des colonies dans des positions si diverses ? Elles se conduiront d’après les degrés du besoin qu’elles auront de la métropole contre la population qui leur fera concevoir des ombrages. Elles lui resteront attachées, en raison du besoin qu’elles en auront pour les défendre, parce que la conservation étant le premier besoin , et la métropole en montrant la garantie, on tiendra à elle Comme à la garantie de l'existence même.
Ainsi, lorsque les Espagnols furent établis
sur la vaste surface de l'Amérique, et qu’ils s’ÿ trouvèrent un contre mille indigènes, ils de- | vaient se tenir attachés fortement à la métro< | pole dont les secours, et la crainte qu’elle ins- | pirait, lesmaintenaient dans la conquête , etles garantissaient contrelésnaturels.À mesure qu’ils se sont multipliés, qu'ils ont dominé la population indigène ;-ils ont moins senti le besoin dela métropole, ils ont passé à la considération de leurs intérêts propres, et ils ont fini par | tomber dans l'indépendance.
Le Brésil y arrivait par le même chemin.
Les Portugais, d’abord en petit nombre, à cemme on l’est toujours à l’époque de la con à quête, ont fini par s’y acclimater, et s’y former £ en associations assez nombreuses pour se pas- | d ser du Portugal , et pour ne pas craindre la po- | E pulation indigène. L’affranchissement de cette
craiñte les portait à la séparation avec le Por: le tugal, lorsque le passage du roi est venu leur d offrir ce qu'ils allaient se procurer par eux- ï Fe mêmes : car il n’y a pas de doute que le Brésil
à ne se füt ‘séparé du Portugal, si le Portugal s
n’était pas venu se réunir au Brésil. |
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DES COLONTÉS. 9?
L'empire anglais dans l'Inde compte plus de trente millions de sujets parmiiles naturels ; il n’y a pas cinquante mille Anglais dans toute l'Inde. La disproportion est telle que ces derniers sont attachés à la métropole sous peine de -mort : d'ailleurs l'Anglais n’habite pas l'Inde; il y passe, il va y faire fortune promptement €t largement; mais il n’est ‘Pas attaché au sol: l'Espagnol au Contraire est attaché à celui de l'Amérique : le Brésilien de même.
Les Moluques sont dans le même cas. Que ‘sont en effet une partie. de cesitles ? Dos points sur lPOcéan, presqu'inhabités > OU couverts d'une population indigène contre laquelle il faut toujaurs être sur le qui vive : quel genre d'indépendance pourrait se trouverilà pour.des
Européens ? La seule:ile suspecte, et :qui le serait à bon droit , ne. peut étreque Batavia: mais les Européens n’y forment pas la population dominante; ce sont les indigènes, qu'il faut surveiller sans cesse. Les colons hollandais ont trop besoin de la Hollande pour s'en détacher; car c'est elle.qui les protége, et.qui entretient des forces conservatrices de la colonie comme
d'eux-mêmes, forces qu'ils ne pourraient pas y uouver sans elle. Les Européens sont concentrés dans la ville de Batavia, et dans les environs; ke reste est abandonné aux naturels ét aux Chinois : dans cette position, l’indépendance qui priverait le colon hollandais des secours de la Hollande , ne sérait-elle pas le comble de la folie ? la liaison avec la métropole n’est-elle pas au contraire pour lui un besoin de première nécessité.
Au cap de Bonne-Espérance, pendant qu’il était hollandais , c'était tout le contraire : 1l pouvait se passer de la métropole, mais il n’aurait pu lui résister, parce que la population, suffisante contre l'indigène , était trop faible contre la Hollande. Ainsi, pour mesurer les ‘degrés de l'indépendance des colonies , il faut commencer par examiner où elles en sont pour Ja population , soit à l'égard des métropoles, soit à celui des indigènes. Tant que cette dernière est à craindre pour l’Européen il se tient attaché à la métropole, qui est sa sauve-garde.
À mesure qu’en se multiphant lui-même il parvient à rivaliser avec les indigènes, ses liens
PS
avec la métropole se détendent, et dés qu’il domine en nombre les naturels, ces mêmes liens se relâchent au point de pouvoir se rompre, Si l'égalité proportionnelle avec la métropole vient encore se joindre À celle qui existe déjà avec les naturels, alors il ne manque plus rien aux moyens d'indépendance; alors la colonie est mûre pour la liberté; ses liens avec la né: tropole ont changé de nature, ceux du devoir et de l'affection restent, ceux de la nécessité ont disparu. L'absence de la Population. indigène a singulièrement facilité la Séparation de l’'Amérique. Elle n’avait pas la charge de cette incommode surveillauce : par conséquent elle n'avait pas besoin de la métropole ; tout était égal entre la colonie et la mére- patrie. La séparation se bornait à une espèce de partage de famille, ou tout au plus à une querelle purement domestique, sans aucun mélange étranger : c'étaient des Anglais purs qui deman:
daient à d’aûtres Anglais de les autoriser à rester séparés d'eux, et qui faisaient de leurs forces les’ motifs de leur demande, comme le moyen de se soustraire aux effèts d’un refus.
Les colonies des Antilles sont dans une position trés-différente : une parte sont des infiniment peus , dont la métropole châtierait à loisir le plus léger signe de désobéissance ; quelques-unes ne sont presque que des postes militaires et des arsenaux, dont la métropole tient toujours: la elé..Les grandes iles commerciales, Cuba, Porto-Ricco , la Jamaïque, Saint-Domingue , loin de pouvoir s'éloigner de la métropole, ont au contraire un besoin continuel de son appui, à cause du mélange des sangs qui les peuplent. Par exemple, Saint - Domingue comptait vingt-cinq mille Blancs , sur cinq cent mille Noirs et trente mille gens de couleur: comment celte petite quantité de Blancs aurait-elle osé se séparer de la métropole qui la couvrait de sa protection , et qui, par l'appui de son autorité, toujours présente au milien de la colonie, compensait l'inégalité des popu- Jations ? Aussi, la faveur que la métropole accordait aux Blancs, cette préférence contre laquelle on s’est tant élevé, était-elle moins uñ
déni de justice envers le Noir, ct une conni-
vence avec le Blanc, qu'un calcul bien établi
et une politique bien enténdue pour appuyer le faible contre le fort, et pour placer dans un bassin de la balance ce qui manquait dans l’autre, et s’opposer ainsi à la rupture toujours imminente de l’équilibre. :
Voilà quels sont sur les colonies les effets des différens degrés de la population. Ils finiront inévitablement par décider de leur sort.
Il reste une autre espèce de colonies qui, sans éprouver les effets du mélange des sangs, sont sujettes à celui de la différence du leur propre, avec celui de la métropole : telles sont les colonies conquises du Canada, de l’Ile-de- France, du cap de Bonne - Espérance : la population est francaise ou hollandaise > et la domination anglaise. Le cœur est donc étranger à la domination : quand le nombre des bras, comme 1] ne peut manquer d’arriver avec le iemps, appuicra cette disposition innée , Où en sera la domination de la métropole étrangère ? ces espèces de colonies ont un mobile de plus que les autres pour aspirer à l’indépendance : car elles la veulent, 1° comme colonies, 2” comme sufets d’un étranger. En pareil cas,
que peut faire la métropole? Les temir assujéts; mais comment ? si la colonie est petite, par exemple, l’Hle-de-France, cela est possible : si elle est grande, comme le Canada, avec le temps , il y aura impossibilité : car pour le contenir, il faudrait recommencer une guerre telle que celle de l'Amérique, et avec la certitude du même succès. :Serait-ce quinze ou vingt mille hommes de troupes anglaises qui soumettraient trois ou quatre millions de Cana.
diens ? De même au cap de Bonne-Espérance, lorsque cette grande colonie sera peuplée en raison des moyens de subsistance qu'elle offre à une grande population, ne sera-çe pas la même chose? Les mêmes mobiles n’agirontils pas avec la même force, et ne produirontils pas les mêmes effets ? et comment les arréterait-on, autrement que de la manière dont on à fait un essai si malheureux sur l’Amérique, et semblable en tout à ceux que l’Espagne éprouve dans la lutte avec ses colonies ? Le résultat ne serait-il pas le même toujours et partout, parce que le principe ne cesse, pas
d’être le même toujours et partout ? La dépen-
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