‹ Des colonies, et de la révolution actuelle de l'Amérique [microforme]Chapitre 16 sur 49 · ANS ETES · texte numérisé non relu

ANS ETES

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dance et l'indépendance sont donc des questions qui n’appartiennent point à la politique, mais à la nature, qui a fait les colonies dépendantes quand elles sont faibles, comme elle a fait les hommes mineurs lorsqu'ils sont enfans; qui les a fait indépendantes lorsqu'elles sont adultes , comme elle a fait l’homme indépendant lorsqu'il est majeur : l'indépendance des colonies est donc la majorité des colonies, commela virilitéest l'âge de lémancipation. Les Etats ont des colonies dépendantes, comme les pères ont des enfans qui dépendent d’eux. Les. uns et les autres sont faits pour s’en séparer avec l’âge. La nature l’a voulu ainsi, et ce résultat nécessaire ne doit pas plus dégoûter les métropoles des colonies, que les pères de la paternité. Si d’ailleurs la nature a fait que jes enfans devenus grands, doivent servir d'appui à la vieillesse de leurs parens, elle a fait aussi que les colonies, en devenant indépendantes, dussent servir à la richesse et au bonheur des métropoles, pour leur faire trouver dans cet accroissement de fortune un dédommagement Ge leurs frais d'éducation et de garde. Car, par:

uneautreJoi decettemémenature, toujours sage’ et bienfaisante, la prospérité de la colonie ne

sera jamais séparée de celle de la métropole, et

la colonie émancipée commerccra pour ainsi.

dire de bienfaits avec elle, quand celle-ci aura

cessé de commercer avec celle-là de soins et

d'enseignement.

À ces considérations générales, il faut ajouter, 1° l’action nécessaire des soins même des métropoles envers les colonies, par lesquels. elles les portent à l'indépendance sans. s’en douter,

2° L'action des circonstances propres à accélérer le développement des colonies et leur tendance innée vers l'indépendance.

L'examen des principes qui attachent les co- Jonics aux métropoles, ou qui les en détachent, présente une observation frappante : celle du. petit nombre des fils qui forment le premier lien, et celui de la multitude des causes qui contribuent à les rompre. C’est au point de ne

pouvoir assigner le nombre de ces dernières, tandis que l’on touche tout de suite aux limites des premières. Le besoin, la faiblesse en sont

Je principe et la borne : ainsi » dans humanité, les liens, non pas ceux de l'affection et du respect, mais de la nécessité, cessent avec l’enfance; de même, dans les colonies » les liens qui proviennent de ceque nous avons dit constituer leur enfance, sont rompus dés qu’elle cesse ; il n'y a donc, d’un côté, qu'unecause unique, de l'autre, il peut y en avoir des milliers, comme on va le voir.

1° Les métropoles ne peuvent jamais se résoudre à voir dans leurs.colonies autre cho que des enfanis, comme les parens ne peuve jamais voir que cela dans leurs familles : tout autre calcul blesse leur amoOur-propre ou leurs habitudes; et quelque différence, quelque changement que le développement, amené par les circonstances et par le temps, ait produit dans eux, les uns et les autres s’obstinent à n'y reconnaître que des sujets et des enfans ; il faut les traiter toujours comme tels te

se nt

ependant, par une disposition contradictoire, on veut

agrandir ét faire valoir les mêmes objets de dépendance. Ainsi, métr de tous leurs moy

opoles et parens Soignent 243 l'éducation de leurs en-

fans et celle de leurs colonies; ils cherchent à. les pourvoir de toutes les facultés propres à leur procurer des étahilissemens'avantageux , et quand tout cela est fait , ils s’étudient à en rostreindre l'usage, et à le circonserire dans le: cercle de cette même enfance, 6ù ils aiment.

toujours à ramener des descendans trop hâufsau gré de leurs désirs. C’est contrarier le vœu et la marche de la nature, c’est se contrarier soi-même que de vouloir ainsi la cause et de reculer à l'aspect de. l'effet : ce qui pourtant n'empêche pas que cela ne soit dans l'usage à peu près général. |

Les nébasile ne voyant encore dans les colonies, comme la nature des choses le comporte, que des objets d'utilité pour elles, cherchent d’abord à en tirer le plus qu’elles peuvent, et pour y parvenir, elles tendent à les faire prospérer; mais cette prospérité..es le piége inévitable où elles vont se prendre : car la prospérité des colonies n'étant pas séparable de leur force, celle-ci est la mesure de celle-là, et la colonie, après avoir prospéré pour le.

compte d'autrui, cherche à prospérer pour le:

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sien. Ainsi, dans les familles > l'enfant qui d’abord était associé aux travaux et À l'industrie de ses parens, cherche avec le temps à travailler pour son propre compte, et à former à Son tour une famille séparée, dont il sera le chef, en attendant qu'il y soit remplacé de la même manière. Les métropoles ont transporté dans les colonies les arts utiles ct meurtiers de l’Europe; elles les ont abondamment Pourvues de moyens de résistance. Aussi en élevant des forteresses, en bâtissant des arsenaux, en établissant des chantiers, en formant

les colons à la tactique de PEurope, ont-elles

fait autre chose que de créer au milieu des colonies les moyens de leur résister, et finalement de les expulser? Sûrement ce n’est pas dans cette vue qu'elles ont travaillé : on le sait bien, mais qu'importe quant au résultat! La personnalité, l’égoïsme de ces établissemens ne pouvait avoir qu’un temps : celui des colonies ne pouvait manquer d’arriver à son tour.

Lorsque le vice-roi du Mexique Galvez a donné à ce pays des chantiers, des arsenaux, des fonderies rivales de celles de Ja métropole,

n’a-t-il pas, avec la plus grande pureté d'intentions , fait du Mexique même le rival de l'Espagne? Ne l’a-t-il pas armé de toutes pièces contre ellé? Quand la France établissait au môle Saint-Nicolas des défenses égales à

celles qui couvrent sa propre frontière en Europe, quand elle transportait cinq cent mille Nègres à Saint-Domingue, sûrement elle ne songeait qu’à s’assurer la possession de sa p'écieuse colonié, qu’à étendre des cultures auxquelles elle devait taut de richesses : qui ira maintenant s'emparer de ces mêmes remparts ?

Qui arrachera les armes à cette multitude d’affranchis, formés à l'art des combats, à Ha discipline de l'Europe, et dans un degré égal au sien? Voilà comment la prospérité des colonies. et leur instruction tournent , avec le temps, contre les métropoles ; et cependant, comme on ne peut avoir dés colonies que pour les faire prospérer , il s'ensuit qu’on ne peut en avoir que pour un temps ; que l'indépendance est innée avec elles, et qu’elle existe dans des germes que le temps et les circonstances développent inévitablement.

Dans tous les exemples qui viennent d’être cités, les effets correspondent avec les causes, qui, toutes de leur côté, tendent à un résultat uniforme , qui est l'indépendance des colonies.

Mais il ÿ a plus, et il est bon de donner attention à ce qui va suivre.

Si la dépendance et l'indépendance des codonies sont dans la nature » COMME On vient de Je prouver, leur maturité pour le passage de l’une à Pautre peut être accéléré par une foule de circonstances, que lon ne peut ni maitriser, ni prévoir, et qui les affectent toutes sous les trois rapports suivans :

1°. La dépendance des colonies qui a été générale, à l'égard des métropoles ;

2°. L’esclavage, qui a été aussi l’état général d'une partie de la population coloniale ;

5°. L'exciusif, qui a été de même l’état général des relations commerciales des colonies. Or, ces trois pivots de l’ordre colonial ont été renversés , et leur destruction, en changeant la face des colonies, a beaucoup contribué à développer les germes d'indépendance qui repo- Saient dans leur sein. Tant qu’un tel état de

pl

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chosessubsiste avecune espèce de consentement général, ceux qui y sont soumis le supportent plus facilement; c’est un horizon dont on n'aperçoit pas la borne : le joug, en se partageant sur un grand nombre de têtes, perd de son poids, l'uniformité prévient l’humiliation, étouffe la plainte, et dispose à la résignation. On accepte ce que l’on a trouvé établi, et ce que l’on n’a pas la force d'empêcher ; mais lorsque de grands succès, couronnant l'infraction d’un ordre établi et révéré, ont frappé par leur exemple les yeux et les esprits, lorsqu'ils ont fourni des motifs d’espérance, des objets de comparaison , alors les premières dispositions font place à des sentimens d’une autre nature; alors on remonte aux principes de l'institution, on recherche les avantages particuliers et personnels, on raisorne, et tout peuple est bien près d’être indépendant , dès qu'il est devenu raisonneur : ainsi, fut affranchie l'Amérique. Des hommes, que de profondes méditations avaient pénétrés des avantages comme des facilités de l'indépendance, qui avaient bien mesuréleur position, qui l'avaient confrontée avec

DES COLONIES. lit

telle de l'Angleterre, firent éclater la liberté, qui existait en germe, au milieu du penple américain, sans qu’il s’en doutât. Voilà l'exemple qui avait manqué jusque-là aux autres colomies : aujourd’hui il existe à leurs yeux. L’Amérique est là avec sa prospérité, fruit d’une indépendance qui la sépare si heureusement des querelles de l'Europe, qui lui assure la direction propre de sa conduite, et le salaire de ses travaux. L'exemple est là, l'exemple qui fait tout, en suppléant au génie et à linstruction ; l'exemple qui a la force de prévenir celle d’étouffer le remords.

L'exemple a donc appris aux colonies qu’elles peuvent être indépendantes. Les Etats-Unis sont et seront jusqu'au dernier instant un modèle vivant, sur lequel toute colonie cherchera à se régler. Les Conséquences de cet enscignement,

toujours présent au milieu d'elles, sont aussi incalculables qu'invincibles.

»> et même

Îl en est de même pour l'esclavage, Un trône noir apprend aux N ègres de tous les états coloniaux, que l’on peut cesser d’être esclave, et que chacun peut commander à son tour, Des

Nègres, affranchis en vertu de lois générales, indiquent aux Nègres, encore soumis à l’esclavage, la fin de la servitude arrachée à leurs maîtres par la nécessité. Quel renversement dans les idées de tous les intéressés ne doit pas produire un pareil changement de ordre établi ? Comment empêcher de le voir, d’y rapporter ses pensées et ses yœux, de soupirer après leur accomplissement, de saisir toutes les occasions de Îes réaliser ? L'exemple est encore là, agissant toujours avec la force, qui est son apanage en tout temps et en tous lieux. L’Europe elle-même n’a:t-elle pas porté long-temps le double joug de lesclavage et de ‘la féodalité? Quel était leur appui, sinon la généralité de cet état? Dés qu’il y eut un exemnle de leur effacement, ils ont disparu.Les comuiunes de France s’affranchissent , celles d'Angleterre et d'Allemagne les suivent de près, la liberté gagne de proche en proche, et quelque jour tout le monde se trouvera libre, parce au’un homme l'avait été et avait donné lexcipie de Pêtre. Il y a des choses à limitation desquelles on nepeutsesoustraire: d’ailleurs, par là même

qu'une chose est un joug, elle doit avoir un terme, parce qu'il est de la nature de tout joug d’être brisé, et dans la nature de l’homme de cherëher toujours à s’en affranchir.

Nous avons dit en plusieurs endroits où l’on en, était pour lexclusif du commerce dans la plupart des colonies.

Voilà donc les trois bases de l’ordre colomal sapées au vu et au su de toutes les colonies, Ce spectaclé à dû Changer toutes leurs idées et les faire passer du respect et de la considération pour l’ancien ordre, au désir d’un nouveau , plus convenable aux circonstances, Celles - ci sont de nature à accélérer le développement, du germe que toute colonie renferme pour devenir indépendante, Ce qui s’est

passé aux colonies depuis un long espace de temps va nous montrer le tableau des circonstances, qu'à bon droit on peut appeler h4tives.

Les colonies ne se suffisent

Pas toujours À elles-mêmes; et, dé leur

côté, les métropoles ne suffisent pas toujours aux colonies, soit

Comme fournisseurs, soit comme débouchés. I] IT, 8

peut y avoir à la fois pénurie et surabondance, Dans les deux cas, il faut recourir aux neutres, Icur emprunter le dé'icit , et Tour faire accepter lexsédant. Ainsi en 1784, la France ouvrit, dans ce double -but, une porte de ses colonics aux étrangers. Îis y accoururent ; bientôt la méiropole retentit de cris contre cette mesure : elle menoit droit à indépendance ; sans que l’on s’en doutât ; car une fois imbus des douceurs du commerce neutre, les colons ne pouvaient plus être séparés du désir de le continuer, et d'y revenir si on les en privait. En 1795, l'Espagne, pressée par les Etats-Unis, leur accorde la navigation par le Mississipi : n’était-ce pas les établir, et avec eux l'indépendance, au cœur même de la grande colonie de la Louisiane ? En 1797, cette même puissance permet à ses coioniés, haletantes de besoins, des liaisons avec les neutres : on abuse de cette faculté; labus amène le retrait de la permission. Tout, comme par le passé, doit être fourni par la métropole : les colonies ont répondu par Pindépendance à cet arrêt, que la position de la métropole, bloquée dans tous

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DES COLONIES. 115 sés ports , rendait vrairsent burlesqie. Dans ces derniers temps, le gouvérneur de la Havane, ayant tenté de rétablir l’exélusif , Seul régime que connaisse l'Espagne, a été averti par les vives réclamations des colons de renoncer à une mesure impossible à faire accepter par des hommes qui, depuis vingt ans, ont contracté d’autres habitudes, ét qui, par leur rupture, se sentent blessés dans tous leurs intérêts. Une pareille conclusion, qui abolit lexclusif du commerce, ne mène-t-elle pas tout droit à l’indépendance, qui se fortifiera par l’accroissement des richesses , et des forces qu’elle produira, et qui, à lenrtour , ne sont elles-mêmes que Péchafaudage sur lequel s’élève l'édifice de cette indépendance? Car c’est à elle que tout finit par aboutir. 5 Dans l'Inde même, les Anglais ont marché sur la même ligne , en admettant tous les sujets anglais à quelques parties du commerce, qui n'avaient encore appartenu qu’à la Corpagnie. De plus, ils ont admis les Américains sur des côtes, dont ils leur avaient interdit l’abord : tout cela est-il autre chose que de lindépen:

dance en faveur de l'Angleterre contre la Compagnie, et encore de l’indépendance en faveur de l'Inde contre l’Angleterre elle-même ?

D’un autre côté, dans tout le cours de la guerre, l’Angletcrre: a-t-elle fait autre chose que de semer partout des germes d’indépendance coloniale? Ne le fait-elle pas encore? et la nature des choses ne la force-t-elle pas à agir dans ce sens? Suivons sa marche.

L’Angleterre se trouve engagée dans la plus grande guerre qu’elle ait encore eu à soutenir. Il y va de son existence; il faut périr ou se sauver, ét'en sC sauvant sauver encore tout le monde, et pour cela il faut commencer par le payer. Les élémens de la puissance de son ennemi ne correspondent pas aux siens : la terre est le théâtre de ses triomphes , et la mer celui des siens propres. Elle attaquera donc les colonies, elle ÿ cherchera les dédommagemens et les compensations que le continent lui refuse; elle deviendra conquérante de colonies; mais ne pouvant les garder toutes, ne pouvant non plus les restituer à l’ennemi, elle les cédera à l’indépendance pour l'en priver, et pour les gagner à

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