‹ Des colonies, et de la révolution actuelle de l'Amérique [microforme]Chapitre 17 sur 49 · TR EM · texte numérisé non relu

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DES COLONIES. 1i7

son Commerce : cetie marche était forcée. Mais. la guerrese prolonge, les dépenses augmentent, de nouveaux besoins exigent. de nouvelles hypothèques, car on ne fait la guerre qu’à crédit : où les prendre? Celles de l'Europe sont, à peu près épuisées : on les.demandera au commerce, celui-ci aux colonies: On. Conquerra donc pour le commerce, c’est-à-dire pour lindépendance: tout cela est forcé. Les hasards de la guerre livrerit à l'Angleterre les colonies hollandaises, quelques colonies espagnoles. et.toutes les co Jonies françaiscs ;. elle Continue de conquérir celles qui restent encore » €t de proche en proche le besoin les lui fera con quérir toutes. Mais comme elle ne peut les garder., tout en devant. profiter d’elles, comme elle ne peut.en profiter qu’en les séparant des métropoles, elle les fera. indépendantes. pour les faire ses tributaires , ct. libres des métropoles pour les rendre dépendantes de son commerce.

Le temps a obligé l'Angleterre de procéder ainsi. En 1795, elle commence par se jeter sur les colonies françaises ; elle s'établit dans les. deux îles militaires de Sainte-Lucie et de la

Martinique. La Guadeloupe ne peut être conquise, Saint-Domingue ne peut être gardé; l'une est trop forte, l’autre est trop grand : elle abandonnera donc ces îles à elles-nrêmes, c’està-dire à indépendance dont la révolution et le cours des événemens leur feront une loi, bien sûre qu’elles ne peuvent manquer de lui ramener ces deux colonies, et de les attacher à son commerce , à défaut de les tenir attachées à sa puissance : ce qui n’a pas manqué d'arriver. Car, dès que Saint-Demingue fut libre des Français et des Anglais, 1l ouvrit des relations commerciales avec tous les neutres, surtout avec la Jamaïque , et le royaume d'Haïti est devenu un grand débouché pour le commerce anglais; celui-ci est le fournisseur de Christophe, et Londres fait pour Haïti ce quil n’aurait jamais fait pour Saint-Domingue. Que l’on fasse l’application de ces principes à tout le reste dela conduite que l’Angleterre a observée aux colonies, et l’on verra combien en travaillant pour elle-même, elle travaillait pour l'indépendance : ainsi la guerre qui se faisait en Europe contre la révolution française, était

faite en Amérique pour la révolution des colonies, et tel qui.combattait ou qui avait Pair

de combattre la révolution en Europe, com-

battait avec elle et pour elle aux colofftes, et le faisait forcément. L'indépendance n’en avançait pas moins, et les colonies la recevaient également de main ennemie comme de main amie : c’est ce que l’on a vu bien clairement dans le changement qui s’est opéré à l’époque de la révolution d’Espagne: elle a passé de l’alliance de la France à celle d’Angleterre, et de la guerre contre l'Angleterre à la guerre contre la France. Dans le premier état, l'Angleterre attaquait Buenos-A yres et la Trinité, colonies de l'Espagne ; dans le. second , elle abordait dans ses colonies , elle les laissait se faire iridépendantes, parce que cette indépendance les livrait à son commerce, qui lui était plus lucratif que n’aurait pu l'être leur souveraineté. La rivière de la Plata, et l'Amérique méridio-

nale ont donné lieu, sous cet abri de lindé-

pendance, à un mouvement de commercé im

mense pour l’Angleterre.

De leûr côté , les colonies espagnoles n’ont , P

pas pris le change sur les conséquences de ce. mouvel ordre de choses: Se sentant en mesure d’être indépendantes, elles le:sont devenues R elles se Sont séparées à la fois de la domina: tion del’Espagne et desa querelle avec la France ; elles ont repoussé également le sceptre de Joseph et le monopole de Cadix. Aussi quand, à la fin de la guerre, l'Espagne s’est présentée à ses colonies, elle a trouvé un autre peuple avec d’autres relations, avec d’autres intérêts, avec une autre existence, c’est-à-dire avec une. indépendance consommée. On peut dire la mêm e.

chose du Brésil. Le roi en a onvert tous les ports aux pavillons qui usent de réciprocité à Pégard du sien : que doit-il en résulter ? N’cstce pas évidemment lindépendance absolue de ce pays, Sa séparation avec le Portugal, par Fimpossibilité de le faire rétrograder du commerce du monde entier à celui du Portugal seul? Aussi est:il bien évident que si jamais le. souverain établi au Brésil repasse en Portugal, il laissera derrière lui l'indépendance établie dans les comptoirs de Rio-Janeiro.

Le blocus des métropoles, occasioné par

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la guerre, et prolongé pendant plusieurs an-

nées, est aussi devenu une circonstance hâuve pour indépendance des colonies. Par Pinterruption des relations entre elles, les métropoles sont tombées en désuétude ; d’autres

relations se sont formées, et quand les métropoles ont reparu, elles ont trouvé toutes les,

voies ouvertes à l'indépendance , par Pétablissement général de ces nouvelles relations, et par le dégoût qu'inspirent leurs relations propres, toujours plus chères pour les colonies avec elles qu'avec les étrangers. Müis ce sont les Etats-Unis qui renferment le plus de cette espèce de mobiles propres à développer le germe d'indépendance que recèle toute colonie : ç'est bien là qu’existe le foyer , et que retentit continuellement la prédication de Findépendance. En signant le traité. qui rendit PAmérique bre, l'Europe signa la grande charte d’émancipation de ioutes les colonies : l'Amérique avait pris la parole pour toutes les colomics; si son indépendance fut l'initiative de toutes les indépendances coloniales, celles-ci, « leur tour, sont devenues son premuer besoin ;

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elles sont tellement dans son intérêt, toute colonie séparée de l’Europe devient tellement américaine, qu'il n’y a pas dans tous les Etats- Unis une seule fibre qui ne vibre dans le sens et vers le but de l’indépendance générale. Pour s’en convaincre, demandons-nous où $ont les Etats-Unis? N'est-ce pas en Amérique? Ne s’ensuit-il pas qu'ils doivent désirer que l’Amérique reste séparée de l’Europe, comme l’Europe voudrait être affranchie de l'Amérique? Rester le maître chacun chez soi, voilà toute la question , et sûrement , dans l’application, cette question se décide tout autrement en Amérique qu'en Europe. De plus, les Etats-Unis étant par essence un peuple navigateur et commerçant, 1] leur importe que tous les ports et tous les marchés, et surtout les ports et les marchés les plus riches et les plus voisins , restent ouverts ; et où y en a-til un plus grand nombre, et plus près et plus riches, que ceux auxquels touchent l'Amérique et les colonies? L’indépendance qui leur ouvre ces débouchés, ces ports qui leur sont fermés, qui les introduit aux sources de ces richesses d’où la dépendance les ex-

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clut, doit donc être l’objet de tous leurs désirs, et le but detoutesleurs actions. L'indépendance a donné Saint-Domingue à leur commerce; l’indépendance leur à donné la rivière de la Plata, le royaume de Terre-Ferme, le Brésil ; lindépendance les appelle au Mexique, au Pérou, aux Philippines, et ils n’emploîraient pas tous les moyens pour létendre et pour l'affermir dans ces contrées !'Ils lui devraient une moitié de l'Amérique, dont elle les a mis en possession, et ils ne s’efforceraient pas de rejoindre la seconde moitié à la première! Aussi, combien de projets n’ont-ils pas été formés aux Etats- Unis ; pour affranchir tantôt une partie de l’A-

. mérique espagnole , tantôt l’autre ? Combien

de vaisseaux ont bravé les prohibitions et les blocus, pour porter du secours aux indépendans ? Combien d’Américains combattent sous leurs drapeaux, sur leurs navires, les soutiennent par leurs conseils, les encouragent par leurs excitations , et les aident par des secours de toute espèce? Le gouvernement américain, tout pur, tout loyal qu'il puisse être, ne peut mettre obstacle à cette association , parce qu'il

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n’est pas en son pouvoir d'arrêter la nature méme des choses, non plus que la tendance générale du pays, parce qu'il ne peut pas em-

pêcher effet du spectacle qu'offre sa propre. indépendance , parce qu'il re peut pas faire:

que cet exemple ne son séducteur de sa nature, qu’il ne peut pas empêcher les autres co-

lonies de le voir, et de désirer de s’associer au. bouheur dont l'indépendance est devenue la.

source pour eux. Comment en effet empêcher le reste de l'Amérique. de voir les Etats-Unis

hbres , florissans, affrauchis des lois et des.

querelles de l’Europe; par leffet de leur indépendance, et les empêcher d’aspirer au. même sort par les mêmes moyens ? N'est-ce pas la contrarier, ou plutôt vouloir annuler le cœur

humain , avec tout ce qu'il recèle de penchans. et d’affections ? Il existe donc des circonstances. : que Fon peut appeler hâtives, qui développent

la tendance naturelle des colonies vers l’indépendance, et qui font éclore avant le terme que la naturé avait fixé, et qu’elle seule aurait «mené, le germe qu’elle en avait déposé dans leur sein. L'indépendance des colonies est donc

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d'administration » la mesure d’é

doivent étre calculé

dans leur nature, comme leur dépendance Jettes toutes les deux aux mêmes lois, émanées de la nature pour l'enfance Comme pour la virilité de tous les êtres. Tous les efforts des métropoles pour contrarier cette marche sont en pure perte : tout leur art doit consister à bien observer le développement de leurs colonies, à suivre leurs progrès, à se régler sur <ux pour marcher toujours à éviter de se commettre avec ell tentions ou par des restrictions hors de saison, à céder sur tout ce qui est raisonnable »)à en prévenir même Ja demande, enfin à substituer les liens de l’arnitié et ceux de la reconnaissance aux lois impérieuses de l'autorité, que le temps va toujours en affaiblissant. Pour cela, il faut observer avec soin les degrés du développement qu'acquiérent les colonies, y coordonner sa conduite , croire fermement qu’on

ne peut pas les traiter toutes de la même manière, ni come au même âge :

hauteur , pour es par des pré-

ainsi, le mode gards qui con- > QU sont dus aux autres , S sur l’état respectif des co-

viennent aux uns

lonies, et ne peuvent être adaptées égalemetit à toutes les colonies, ni aux mêmes colonies, en tout temps et en tout lieu. La considération de ces diverses circonstances doit étre l’objet de l’attention la plus soutenue de la part des métropoles : leur oubli a coûté à l'Angleterre l’heureuse. perte des Etats-Unis ; dans ce morent il coûte à l'Espagne celle de ses colonies, que cette métropole cherche à retenir sans sa+ voir ni pourquoi ni comment, et cela au moment même où le développement des forces propres de ces colonies, joint aux circonstances au milieu desquelles elles sont plagées, ct

qui vont toujours en s’aggravant, les poussent vers l'indépendance d’une maniére irrésistible.

Si ces principes ont une application immédiate et inévitable sur les grandes colonies, ils en ont une médiate, mais non moins forte, sur les petites. Celles-ci, étant plus faciles à contenir, ne peuvent suivre, comme Îles grandes, leur penchant vers l'indépendance. Ainsi, la Marunique et Porto-Ricco n’oscront pas ce que se permettront le Mexique ou le Paraguay. Mais ce que ces pêutes colonies ne peuvent point

par elles-mêmes, les grandes le font pour elles : car, lorsque les grandes colonies seront indépendantes, la dépendance des petites n’aura plus aucune signification, ni aucun intérêt pour les métropoles ; au contraire, elles leur seralent très-nuisibles , en les privant des avantages qu’elles trouveraient à accroître l’indépendance générale qui leur donnerait toutes les colonies pour les leurs seules. Ainsi, quand l'indépendance sera généralement établie sur le continent américain , à quoi servirait la dépendance des Antilles ? Comment les défendre contreune foule de neutres? Comment se priver des ports de tous, pour conserver les siens seuls ? Alors la dépendance de ses colonies ne paraîtra-t-elle pas à chaque métropole un véritable contre-sens, propre uniquement à la priver du bénéfice de toutes les autres colonies, devenues indépendantes ? C’est toujours le même calcul ; un contre tous , et tous contre un. C’est ce que l’on verra arriver, lorsque les Etats-Unis, le Brésil, le Mexique, le Paraguay, le Pérou , seront ouverts aux pavillons des métropoles dont les colonies ne seront pas fermées pour

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eux; COMME On YCrra Ces métropoles s'empresser d’abjurer leur petit exclusif pour n’en pas subir un bien plus grand, et recevoir tout le monde pour être, à leur tour, reçues partout. Toutes ces questions coloniales forment, comme on le voit, une chaîne, dont les anneaux sont fortement liés ensemble, et dont on ne peut détacher un seul sans rompre la liaison qui s’y fait remarquer. La dépendance et lindépendance des colonies sont dans ce cas : là première résultait d’un ordre général, qui est détruit ; la seconde résulte maintenant d’un autre ordre général, qui tend à remplacer le premier : lun et l'autre ont été et sont le produit nécessaire du temps. On ne peut pas plus s'opposer au second, que l’on n’aurait pu le faire au premicy, et il ne r'este plus aux yeux de tout homme sage à s'occuper que de prévenir ou de diminuer les inconvéniens du passage de Pun à Pautre.

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