‹ Des colonies, et de la révolution actuelle de l'Amérique [microforme]Chapitre 28 sur 49 · IL · texte numérisé non relu

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des choses est en guerre jusqu’à la fin de cet ordre de choses. Si la moitié de l’Europe appartenait à l'Amérique, la premiérenétendraitelle pas de toute la force de ses intérêts, ne dresserait-elle pas toutes ses actions vers la fin d’un ordre qui lui paraîtrait le renverseraent de celui de la nature? Eh bien ! que l’on fasse l’application de ce principe à l'Amérique; et, de plus , sil arrivait que la partie de l’Europe possédée par l'Amérique füt la partie de cette contrée la plus féconde, la plus riche de l’'Europe, ces attributs ne seraieni-ils pas pour elle autant d’aiguillons pour la détacher de l'Amérique, et pour la restituer à l’autre moitié de la contrée dont cette possession serait séparée ? Or, voilà précisément où en sont le Brékil et les Etats-Unis à l’égard de l'Amérique. Il faut d’abord observer leur situation géographique : ilsembrassentles possessions espagnoles dunord au midi.

Les Etats-Unis ne peuvent manquer d’englober, dans leurs possessions, les Florides, placées entre eux et leurs nouvelles provinces de la Louisiane. Coue interposition est trop gé-

hante pour qu'ils ne cherchent pas à y mettre un terme. Par la Louisiane, ils confinent avec le Mexique : le grand fleuve Rio-Bravo del Norte semble être destiné à forrner la limite des deux Etats : leurs établissemens du Missouri -tournent le nouveau Mexique. Les Américains ont cherché avec activité des routes vers la mer du Sud. On connait les voyages entrepris, dans ce but, par les ordres du Gouvernement des Etats- Unis. Pour bien juger ce que sera ce peuple, il faut considérer les élémens dont il est composé. C’est un peuple neuf, adonné au commerce qu'il poursuit dans toutes les directions où 1] peut l’atteindre, trafiquant avec toutes les nations, sous les seules enseignes de la réciprocité et de la communauté des intérêts; exempt des préjugés qui règlent les pas umides des vieilles nations. Les Etats-Unis comptent déjà plus de douze mille vaisseaux de commerce ; leur nombre augmente, et augmentera encore tous les jours. En Amérique se trouve, par sa position maritime, une pépinière de matelots, comme un attrait fort puissant pour les marins de toutes les nations. Après l'Angleterre,

äucun peuple né compte autant de vaisseaux; ét, quelques jours encore, la fille je disputera à li mère sur ce point, comme sur beaucoup d’autres. La population des Etats-Unis, à proprement parler, n’est pas encore fixée; elle se déplace avec la plus grande facilité, et quitte ses demeures pour se choisir ailleurs des emplacemens plus commodés : les grands espaces qui s'ouvrent devant elle lui permettent cette facilité dans ses mouvemens qui ne peuvent avoir lieu chez des peuples anciens, parmi lesquels toutes les places sont prises. Les Américains ont dans le caractère quelque chose d’aventuréux qui les porte aux entreprises : ils sont affranchis des idées comme du joug de l’Europe, occupés uniquement de l'Amérique et de ce qu la fortifie contre l'Europe. Quatre choses n’ont pa échapper aux clairvoyans Américains : 1° que l'Amérique est l’apanage naturel des habitans de l'Amérique, comme l’Europe est celui des Européens; qu'il est aussi naturel que l’Améri ‘que soit gouvernée par ses habitans, que l’Europe par les siens. Il serait bien inuüle, pour ne pas dire ridicule, de s'arrêter à

la pensée que des peuples, qui sortent de la lutte qui a affranchi une grande partie de l’Amérique, soient arrêtés par la considération de la propriété souveraine d’une autre puissance de l’Europe. C’est précisément parce que cette puissance a son siége en Europe, queles Américains ne yeulent pas qu’elle l'ait en Amérique. Que l’on se garde bien de prendre ce qui doit exciter pour ce qui doit retenir : il n’en va ry ainsi parini les hommes.

2° Les Américains ne peuyent manquer de régarder toute fraction de l'Amérique qui se détache de l'Espagne, comme une adjonction naturelle de la grande fédération américaine contre la domination européenne, ainsi qu’une garanue de plus contre son retour : c’est là le plus grand intérêt de l'Amérique. Aprés avoir appartenu à l’Europe, son attention principale doit être d'éloigner d’elle tout ce qui pourrait de nouveau donner prise sur elle, ct sûrement elle ne négligera rien pour fermer toutes les portes par lesquelles elle pourrait rentrer.

Comme il n’y en a point de plus large que celle de l’Amérique méridionale, l'Amérique du nord

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fera tous ses efforts pour interdire le passage, et le meilleur moyen d'y parvenir, est de travailler à détacher d'elle ses colonies, qui, devenues libres, auront un égal intérêt à défendre les abords de l'Amérique aux anciens pôssesseurs,

5° La mer et le commerce sont la nouvelle arme dans laquelle tous les peuples sont appeds à se rencontrer : c’est la tendance nouvelle imprimée à l’humanité toute entière ; désormais les guerres n’auront presque plus pour objets que le commerce, et la liberté dés colonies comme source de commerce, Les Américains se sont déjà fait remarquer par de grands succés dans la carrière commerciale, et, dans les deux hémisphères, ils la parcourent à pas de géant. Leur influence s’y fait sentir d’une manière sensible, et des parages, inabordables jusqu’à ces derniers jours, ont déjà vu modifier par leur fréquentation les lois qui les régissaient : les Américains doivent dénc désirer que toutes les voies du commerce s’ouvrent et s’élargissent. Or, quelles contrées peuvent leur en présenter de plus riches, de plus à leur

portée que l'Amérique espagnole ? Quand les abords du Mexique‘ ne seront plus interdits:

par la jalouse Espagne, qui pourra prendre Part au commerce de cette terre d’or avec autant d'avantages que les Etats-Unis? Leurs territoires se touchent; les ports de la Louisiane regardent la même mer que la Vera-Cruz; par leurs établissemens du nord ils pénètrent dans la mer du Sud : toute la côte occidentale dm Mexique; le royaume de Terre-F erme , le Paraguay, sont moins éloignés que les ports de l’'Eürope où le pavillon américain ne cessé de se montrer. Le pénchant inné irrésistible, qui entraine les Etats-Unis vers: la mer et le commerce, les portera donc en tout temps vers ce qui peut affranchir et agrandir leur sphèrecommerciale, et, comme c’est l'Amérique qui en présente lés moyens, ils travailleront à Paffrane chir. nn 4° Les Etats-Unis ne peuvent avoir à com“

battre que les Anglais ; ils sont leurs voisins au Canada , et leurs concurrens dans toutes les places de commerce : ils ont donc besoin d’alliés qui sient les mêmes intérêts qu'eux ; et où

peuvent-ils les trouver mieuxqu’en Amérique?

Là seulement les peuples seront assez indépendans de l'Angleterre, par leur position géographique, pour.n’avoir à consuker que leurs intérêts propres dans le choix de leurs actions. Il faut le dire : 1l n’y a plus de liberté en Europe , au voisinage de l'Angleterre, tant elle est bien placée pour frapper vite et à coup sûr. Mais en Améri que, c’est tout autre chose ; c’est une vaste zône d'indépendance dns contre l'Angleterre, parce qu’elle est hors de la portée de ses coups; celle-ci ne bloquera pas toutes les côtes de PAmérique, comme Brest et Cadix. L’aperçu de ce moyen de défense et de balance contre 1 ‘Angleterre sera, péur FA- ST un puissant véhicule pour généraliser

l'indépendance déjà commencée du continent américain : car plus cette indépendance s’étendra, plus elle fournira de remparts contre leur puissante rivale. | :

. Le Brésil, avec encore un peu de temps, verra et fera de même, Le roi ne fait que d’arriver dans ce pays : il est encore à demi-Européen; mais lorsqu'un plus long séjour en Amé-

rique l'aura naturalisé, lui et sa cour dans ce pays, quand leurs regards, détournés et comme désaccoutumés de l’Europe et du Portugal, se seront fixés sur Je Brésil, comme cela ne peut manquer d'arriver très-prochainement, alors le Portugal ne se présentera plus à eux que dans ce lointain qui produit l’indifférence; Pattrait irrésistible des objets présens rendra le roi de Brésil tout-à-fait Américain : les intérêts et les engagemens de famille disparaîtront devant des intérêts d'états À la longue, il n’y a d'alliance solide que celle que les intérêts forment entre les Etats, etnon pas entre les intérêts des chefs de ces Etats : les derniers finissent inévitablement par céder aux premiers. Îl en sera pinsi du souverain du Brésil; 1l deviendra un souverain d'Amérique étranger à l’Europe, son adversaire en cas de besoin; il travaillera à son affranchissement avec le même zèle que les Etats-Unis, parce qu'il aura le même intérêt. Quiconque met le pied en Amérique, devient le soldat de son indépendance contre l’Europe. | 7

Comment l'Espagne, au milieu de ces cs-

saims d’ennemis de sa domination, pressée de toute part par dés intérêts opposés, si actifs , si Puissans, pourrat-elle défendre des possessions minées de tant de manières, et dépourvues de moyens équivalens de conservation ?On n’aperçoit pas comment, dansun avenir trés-rapproché, PEspagnepourraitfaire pour se préserver à la fois de la tendance continuelle de ses colonies à se séparer d’elle, et de la tendance inhérente aux deux autres Etats formés à côté d’elle, d’attaquer ses colonies , de les amener'à un état semblable au leur, pour les réunir à la grande fédération américaine dont ils sont les premiers

anneaux. Si la présence d’un seul village libre

sur le continent américain , semblable à ces

levains qui font fermenter une grande masse,

pouvait suffire pour établir la liberté en A mérique, à combien plus forte raison la présence

de deux grands Etats, dont la situation paraît

avoir été choisie pour produire cet effet, ne

doit-elle pas l’'amener avec plus de promptitude et de certitude ? Si les conseils d’Espagne des- Sendaient dans tous les détails de cette importante question, avec le scrupule qu'exigent et

LCR,

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