‹ Des colonies, et de la révolution actuelle de l'Amérique [microforme]Chapitre 32 sur 49 · IL · texte numérisé non relu

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Espagne triomphe , le commerce de lPAngleterre sera exclu; elle doit s'y attendre. Mais comment renoncerait-elle à une pareille ri chesse, pour ajouter à la détresse qu’éprouvent déjà plusieurs branches de son commerce, et aux embarras qui seraient la suite de la soustraction de ce moyen de réparer une partie de ses pertes ? Le Gouvernement n’en serait pas le maître, quand il le voudrait , retenu comme il est par cette opinion publique, larme qui le défend ou qui le perce, suivant qu'il sait se la concilier, ou qu'il est abandonné par elle. Ce que l’on dit pour l'Angleterre s'applique également aux autres Etats de l’Europe, ainsi qu'aux Etats-Unis, qui, tous , ont pris part au riche commerce de l'Amérique, et qui, tous, en seront exclus, si elle est de nouveau subjuguée par l'Espagne. Par conséquent, l'Europe est devenue passible des effets de la querelle de l'Espagne avec l'Amérique, et par conséquent encore partie dans cette querelle, non point par les antécédens de la querelle, mais par les conséquens qui impliquent pour elle les résultats les plus désastreux. Ce n’est pas, COMME

Pon voit, un procès qu’elle suscite en-vue d’intérêts personnels et d’intervéntions subséquentes; ce qui serait odieux, personne ne pouvant avoir le droit de susciter des querelles pour avoir ensuite celui de s’en mêler; mais c’est un différend qu’elle trouve tout suscité, et dont ses intérêts blessés Ji demandent de soigner les résultats. Telle est la correspondance établie eutre les intérêts des sociétés pour leur bonheur réciproque : elles vivent dans un état de rapprochement qui les soumet aux lois qui règlent les actions et les propriétés des hommes vivant en état de voisinage.

L’ébranlement d’une masse telle que lAmérique, ses efforts pour attirer à sa cause l’assistance de l'Europe; la fausse position de celle-ci, placée entre ses avantages, ses vœux secrets et la conduite publique dont eertaines considérations lui font la loi; le mouvement qui porte en Atnérique un grend nombre d'Européens aspirant à un meilleur sort; tout cet ensemble de causes dé perturbation produit

en Europe un üraillement continuel, con- IT. *

traire à son repos. Les Gouvernemens ont à retenir l'essor aue les suje?s voudraient prendre vers l'Améri.. ‘:uel vaisseau français oserait partir du Hävre pour Buvnos-Ayres, où :1 partagerait les profits des vaisseaux anglais ? Il en est de même pour beaucoup d’autres articles : par conséquent le soin du repos de PEurope lui prescrit de s’occuper des troubles de l'A mé:rique, pour 86 soustraire aux dommages qu’elle éprouve par eux. La dépopulation et la dévastation systématique de l'Amérique par l'Espagne sont aussi des intérêts majeurs pour l’Europe; car elle perd tout ce que l'Amérique consomme o2 livre de moins. L'Europe recule donc par chacune des pertes qu’éprouve PAmérique , et lorsqu’elle-sera épuisée d’hommes, déjà ,s1 rares dans sa vaste enceinte, qu'aura l’Europe à lui livrer et à en recevoir ? Attendra:t-elle le dernier soupir du dernier. Américain, et l’incendie de la derniére ville de l'Amérique, pour commencer à s’en occuper ? À ces considérations, puisées dans les intérêts pour ainsi dire matériels de l'Europe; une prévoyance éclairée en ajoute d’autres tirées d’un ordre plus re:

levé et qui se trouvent également dans la nature des choses.

L'Amérique est:partagée entre deux camps ennemis, les royalistes et les républicains. Tout le parti de l'indépendance s’est formé en congrès, qui sûrement ne travaillent pas au profit de la royanté en général, pas plus qu'à celui de l'Espagne en particulier. Les idées républicaines s’affermissent même par la seule opposition aux royalistes. Ces idées restent donc celles d’une partie considérable de la population de l'Amérique : lors même qu'élle succomberait dans Ja lutte actuelle, ces idées ne

Seralent pas pour cela effacées d’esprit$ aigris

par le malheur, et dont la ténacité forme le principal caractère. Au contraire, si l'Amérique triomphe, comme tout porte à le croire, comnie elle ‘’assure’de le faire par la seule prolongation de la lutte, voilà donc l'Amérique entiéremoins le Brésil, en état de républiques, placées ‘en regard de l'Europe, toute royaliste, Qui peut prévoir l’effét d’un pareil spectacle, surtout sil était soutenu par beaucoup de bonbeur d’un côté, et par beaucoup de. misère

de l’autre? Les Espagnols, avec leur guerre ct leurs exterminations, font courir à la royauté le risque de disparaître de la surface de l’Amérique, comme les tyrans la firent bannir de la Grèce entière. Le roi du Brésil a été le conservateur de la royauté dans ce pays, et si elle \ conserve un point d'appui, c’est à lui qu’elle en aura l’obligation. Sans lui , le Brésil aurait suivi le torrent au milieu duquel il se trouve placé.

. La religion catholique domine en Amérique avec la même plénitude qu’en Espagne : elle n’admet pas plus de mélange dans un pays que dans autre. Là, comme partout, le ctergé s’est montré très-opposé ‘à la liberté : ce mot de hiberté a la propriété de le pénétrer d’eflroi. Le clergé soutient de toutes ses forces l’empire de l'Espagne, et peut-être par un instinct secret dont il ne se rend pas bien compte à lui-même. Si l'Espagne suceombe, les esprits républicains, ombrageux contre les soutiens de LEspagne , comme il arrive toujours à l’égard dé ceux qui ont soutenu le parti opposé, aguerris d'ailleurs contre Rome et ses foudres.,

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