CHAPITRE XXIIT
De l’Influence de l’état colonial sur les Marines de l’Europe.
LA mer est l'élément commun à tous les peuples, la voie ouverte à tous pour les relations dont tous ont besoin avec tous. La marine militaire, protectrice de la marine marchande, est le moyen conservateur de ces relations. La mer ne peut, pas plus que le conunent, supporter “up empire universel et exclusif. De là les alliances entre les puissances maritimes pour la liberté des mers, comme les alliances continentales pour la liberté du continent. Les mêmes besoins ont dû dicter lesmêmes mesures. Sous le règne de Louis XIV, époque de la créaton des marines militaires en Europe, on comptait quatre grandes marines: celles d'An-
gleterre, de France, d’Espagne et de Hollande.
On les vit lutter alternativement les unes contre les autres, ensemble ou séparément, et comme il arrive toujours au commencement des établissemens , avec des succès assez balancés pour maintenir quelque équilibre, et par lui quelque liberté. La Hollande ne craignit pas de se mesurer seule avec l'Angleterre et là France réunies. Ses De Witt, ses Tromp, ses Ruyters, bravérent les amiraux anglais, et les poursuivirent jusque dans la Tamise. La politique du roi Guillaume réunit pour des siècles les deux pavillons rivaux. Elle leur associa ceux de l’Espagne, de manière à ce que la France eut à combattre à la fois trois puissances navales, et se trouva placée au milieu d’elles. Tourville et Du Quesne, Forbin, Jean Bart et plus tard Duguay-Trouin , illustrérent la marine française , et la soutinrent dans son déclin, amené * par la bataille de la Hogue, et par la guerre de la succession d'Espagne. Depuis cette époque, la puissance maritime de l'Europe s’était partagée en' deux parties, l'Angleterre d’un côté, la France et l'Espagne de l’autre. Dans les deux guerres de 1740 et de 1756, la marine fran-
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gaise, malgrélacoepérationdecelledel'Espagne, ne put défendre les possessions coloniales de la France. Dans la guerre d'Amérique, les deux marines, rénfbroées par: celle. de la Hollande , qu’une politique habile-avait réussià détourner de son antique-sujétion à PAngleterre, balancæ à peme la marine anglaise. Elle ne: put ni: laver: Paffront dn 12 avnik,. ni fermer l’entrée de G1braltar, ni frapper le sol même-de l'Angleterre. On s’estima heureux d’avoir sauvé-une espèced’honneür des ärmes, qui consista-à n’avoir pas. tout perdw, à Fégalité dans quelqnes combats: singuliers, et à pouvoir se féliciter de la liberté del’Amérique, qui aurait eu lieu tout aussi-bien: sans qu’on s’en fût mêlé: C’est de cette époque que l’on peut dire que les peuples ont appris # connaître tout lé prix de la:mer : auparavant c'était le secret de quelques-uns, tels que lAngleterre etla Hollande; aujourd’hui, c’est celur . de tous. Mais combien les choses ont changé depuis ce temps ! La:révolution a livré POcéan à l'Angleterre, avec lui toutes les colonies, avec: elles toutes les marines de l’Europe. Sa position, au:centre del’Ccéan européen, interdit la com-