DES COLONIES. AT
munication du Nord avec le Midi. Où pourraient-elles se réunir ? Tout ce qui déboucherait par le Sund, serait arrêté à Héligoland , à Fer- : roë : 1l aurait à passer sous cette longue batterie qui rêgne depuis Yarmouth jusqu’à Plymouth:
la Manche est une: mer fermée. par les ports anglais, une véritable rade anglaise, à travers laquelle les escadres de France et de Hollande n’oseraient passér pour serejoindre. Au premier signal, Brest, Cadix et Toulonseraient bloqués. Gibralis férmè l'entrée de la Méditerranée:, Malie en occupe le centre, Corfou Hunt l’'Adriatique : où se réunir et par où passer ? Lorsqu’après de pénibles efforts et de savamies combinaisons, les flottes de France et d’Espagne sont enfin parvenues à se réunir, quontelles fait autre chose que de changer de prison, et de diminuer les embarras de l'ennemi qui surveille un port plus facilement que deux ?
Hasarde-1-on de sortir? Alors arrivent les consbats de Trafalgar et du Ferrol, et des désastres partiels ou complets. Il'en est de même dans les autres parties du monde où l'Angleterre s’est donnée des positions désespérantes pour
tous les peuples maritimes. Une coalition de toutes les marines de l’Europe contre PAngleterre, est donc un être de raison. Quelquesunes des parties de. cette coalition sont trop. exposées, dans leur commerce et dans leurs colonies, pour ne pas préférer leurs souffrances actuelles à leur aggravation, qui serait la suite inévitable d’une rupture avec l'Angleterre.
Celle-ci leur a laissé des. colonies et du commerce, précisément ce quil fallait pour former un lien tissu par la crainte, et par le soin des ménagemens que celle-ci dicte toujours. Un statu quo éternel est le seul calcul de ces puissances : pourvu qu’il dure, il suffit. L'Espagne, lente dans ses préparatifs, lourde dans sa marche, sera toujours un embarras plutôt qu'un secours. Difficilement marche-t elle du même pied et à la même heure que ses alliés. Il n’y a qu’une puissance indépendante de Angleterre:
c’est la Russie ; et la premià®, à son tour, lui : doit des ménagemens pour son commerce. Mais le pouvoir de la Russie s’arrête là. Qu'elle domine et triomphe dans la Baltique, à la bonne heure : mais comment en sortirait-elle? Ce dé-
bouché ne lui appartient pas : où sont ses arsenaux et ses relâches sur l'Océan (1)? La Russie n’a de flottes que sur deux mers, d’où elle ne peutsortir, arrêtée au midi par les Dardanelles, comme elle l’est au nord par le Sund.
Au CAP de Bonne-Espérance, à Ceylan, à la Frais: à la Barbade, à Halifax, les Anglais sont , à l'égard des colonies, dans la même po-
sition où ils sont à Hal oland à Gibraltar, à Malte, à l'égard de l’Europe. On est esclave là comme ici. Dans cet état, toute marine minn cnh nt mob omenniciéépr om ne
(1) On doit en dire autant de la Méditerranée. La Russie n’y possède aucune relâche, et l’on peut s’en rapporter à la jalousie de l'Angleterre pour lui en interdire l'acquisition.
En entrant dans la Méditerranée ,; les vaisseaux russes rencontreraient Malte , plus haut Corfou, plus loin Gibraltar : où pourraient-ils aller ?
Que l’on se rappelle ce qui est arrivé à la flotte russe de l’amiral Siniavin , trouvée à Lisbonne, en 1808 , et conduite en séquestre en Angleterre. Elle ne pouvait ni remonter en Russie par l'Océan, ni rentrer dans la mer Noire par la Méditerranée, Jamais flotté ne fut plus embarrassée, ni plus dépaysée,
Jitaire en Europe est une dépense inutile, u sujet de triomphe préparé pour er ; et, puisqu'il faut le dire , une véritable absurdité. En effet, quel autre nom donner à une dépense qui ne se rapporte plus à rien, qui mersert ni à l’attaque ni à la défense , et qi, en définitif, me profite qu’à l’emnemi? car voilà à truoi aboutit aujourd’hui toute marime militaire curopéenne. Cen’est plus chez elle que l’Europe -doit chercher ses moyens maritimes d’ffranchissement , ce n’est plus sur elle-même qu’elle peut appuyer solidernent son levier pour sou- Icver le fardeau qui l'écrase : c’est sur l'Amérique. Désormais le pr incipe de sa libération est 1ä. On vient d’en avoir la preuve dans la g guerre des Etats-Unis contre l'Angleterre : ils ont pius tourmonté l'Angleterre qué toutes les marines de l'Europe réunies ensemble ne l'ont fait. La raison en est bien simple; l'éloignement delAngleterre. A cettedistancedusiége desa puissance, clle perdune partie des avantages qui la rendent si formidable en Europe; par conséquent, plus il y aura en Amérique d’états semblables aux Etats-Ums, plus il.y aura d’alliés pour l’'Eu-
rope: Car tous cesétats, comme les Etats-Unis, étant essentiellement navigateurs | possédant un nombre infini de portset de flenves qui ap- Pelient la navigation et le Commerce, auront le plus grand intérêt à la liberté des mers, à Val. iance avec:les faibles sut mer, contre les forts, Oppresseurs naturels des premiers ; par conséquent tout drapeau de liberté, élevé en Amérique, couvrira d’un ombrage tutélaire les mers de l'Europe. Supposons en Amérique quelques états libres conrme le Brésil » Fes Etats-Unis, le : Mesique; et sur l’autre revers de cette contrée le Pérou et le Chili, dans cet état de Hberté qui ne peut leur échapper tôt où tard. Ne voit-où pas s'élever avec eux autant de rivaux contre l'Angleterre, autant de chantiers » autant d’arseHaux qu'on en compte aux Etats-Unis . et tous au service de l'Europe contre lennemi commun , ke maître de la mer, quelque nom qu’il porte? car, dès qu’il est maître il est l’ennemi de tont ce qui est plus faible que Ini, et tous le sont ansside lui. Ne voit-0n pas s'élever, avec les moyens de la soutenir » une lutie générale pour Pindépendance des mers, lutte qui,
dans ce cas, ne pourra manquer son effet, favorisée qu’elle se trouvera être par la position des parties qui y prendront part, tandis qu'il est possible à l'Europe seule d’en établir une pareille, précisément à cause de sa position et ‘ de sa proximité avec l'Angleterre? Cest.un ennemi que l’on ne peut affronter qu’après l’avoir attiré au loin , et l'avoir forcé de partager ses forces. Lorsque l’Angleter: ? aura à bloquer à la fois toute l'Amérique et toute l’Europe, ses ‘blocus, au lieu d’étreune chaine de fer que l’on ne peutrompre, comme on l'a vu dansles vingt dernières années , ne seront plus que des toiles d’araignée que l'on percera à volonté. Lorsque ses vaisseaux auront à garder des stations éloignées de PAngleterre de plusieurs milliers de lieues, sans relches assurées , lorsque son commerce, exilé des deux continens, poursuivi par des essaims de corsaires, tendra vers la métropole des bras décharnés etsupplians pour la paix; alors sera rétablie pour l’Europe une Liberté maritime, qu’elle ne peut plus obtenir par ses propres moyens. Disons-le sans balancer : sans l'indépendance des colonies, l'Europe
n’a rien de mieux à faire qu'à brûler tous ses vaisseaux ; çar il n’y en à pas un seul qui ne soit destiné à être traîné en triomphe à Londres(1), huit-jours après qu'il aura osé mettre en mer : sahs Pindépendance des colonies ) tous
(1) Pendant les dix-neuf années de guerre qui ont eu lieu entre la France et l'Angleterre , depuis 1793 jusqu’en 1814 , et qui ne furent interrompues que par les deux années detrève, appelées la paix d'Amiens , l'Angleterre prit ou détruisit., aux différentes marines qu’elle eut à combattre:
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Frégates et autres bâtimens inférieurs, plus de. "peneititrn lol aus es pe 000
La flotte qui porta l’armée en Egypte .périt tout entière ; deux vaisseaux seulement > échappés du combat , furent pris dans des rencontres particulières : jamais désastre ne fut plus complet.
. Les vaisseaux échappés de Trafalgar éprouvèrent le même sort aux attérages de France.
Que ces déplorables exemples servent donc de le- Sons, et entrent pour quelque chose dans les élémens des calculs d’après lesquels on forme des plans.
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les vaisseaux de guerre de l’Europe seront pris ou pouriront dans les ports ; tel est l'arrêt du sort dont l'Angleterre est le ministre.
Ce fut là l'erreur capitale de la politique de Napoléon; il voulait affranchir les mers par l'Europe, et ce n’était que par l'Amérique que cela pouvait être fait : il tournait le dos à son but en allant le chercher en Russie, où sürement il n’était pas.
Telle est encore l'erreur de l'Espagne : elle ne s'aperçoit pas qu’en travaillant à rétablir la dépendance de l'Amérique à son égard, elle ne fait que confirmer sa dépendance propre à celui de l'Angleterre, qui pourra disposer contre elle de toutes les forces dont clle aurait besoin contre l’ Amérique.
La France n’agit pas plus sagement, en ne ‘s’occupant pas de se préparer un avenir Moins servile que l’état auquel elle est descendue.
Une proposition aussi nouveile que celle qui vient d’être énoncée ne peut manquer d’exciter beaucoup de cris : la chose est facile à prévoir, et surtout à expliquer, d’après les intérêts qu'elle atteint. Mais que font les cris
contre la vérité? C’est précisément parce que cette vérité est neuve qu’il faut la publier. Poursuivons donc notre route > €t faisons à la France l'application de ces principes. Demandons à quoi, dans l’état actuel, lui sert sa marine. Elle à deux objets , le commerce et la politique, v’est-à-dire la richesse et la puissance. On protége son commerce avec ses vaisseaux de guerre; avec eux encore on combat, on écarte, on humilie son ennemi. Il s’agit donc, pour juger de l’intérét que la France peut avoir à conserver une marine militaire, d'examiner jusqu’à quel point celle-ci remplit cette double destination.
1° La marine militaire de France ne peut pas protéger sa navigation marchande; car il faudrait pour cela quelle en eût une, et la sienne est si petite, qu’elle ne paicrait pas les frais de Sa protection. D’ailleurs, pendant la paix, la marine marchande va toute seule; ce n’est que pendant la guerre qu’elle a besoin d’escorte : or, pendant ce temps, où irait cette marine, séparément ou bien ensemble ? Séparément, il
n'y a pas un vaisseau qui pit échapper aux
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croisières ou aux corsaires ennemis; ensemble, il faut de grandes réunions de vaisseaux avec des destinations assurées , sous la protection de grandes escortes. Mais d’abord la France w’a plus ces grandes destinations de ses anciennes floues marchandes ; elles se trouvaiént principalement à Saint-Domingue, et Saint- Domingue ne lui appartient plus. La France entretiendro-t-elle une grande marine militaire pour les convois de la Martinique et de la Guadeloupe ? car c’est tout ce qui lui reste. La recette ne vaudrait pas la dépense; mais, deplus, ces grands convois , dont Ja réunion , le point de départ, la route, la force et lescorte sont connus long-temps à avance, ne sont-ils point par là mème l'objet cles spéculations de l'ememi? Si, lorsque les forces navales de l'Angleterre étaignt très-inférieures à ce qu’elles sont devenues , les annales de la marine française ne comptent presque AUCUN de ces grands convois qui nait été attaqué et endommagé, que serait-ce aujourd’hui , où la marine anglaise joint la supériorité des positions maritimes à Favantage du nombre? Les convois français
iraient-ils dans le Levant? Il faut affronter Gibraltar et Malte, Dans le Nord, il faut passer sous tous les canons de l'Angleterre et devant Héligoland. Dans l'Orient, comment franchir en sûreté les passages du Cap et de Ceylan? Il n’y a donc plus de routes nulle part, et désotmais partout on ne rencontrera que piéges ct que barrières. Il en est de la France comme de toute puissance inférieure en mariné. Pendant la guerre, le pavillon ést amené, il n’y a plus de Commerce maritime pour elles que par les neutres ; on perd le fret, mais 6n épargne l'assurance, et l’on sauve la cargaison : c’est la sauve garde moderne du commerce que l’on tient des neutres, et qui doit en faire désirer la multiplication. Par conséquent la marine militaire de France, pendant la guerre, est nulle pour le commerce; pendant la paix , elle est superflue : elle n’est donc bonne ni en paix ni en guerre. À quelle époque se rapportent donc ses ser. : vices ?
2° La marine militaire ne défend pas les côtes de France : ce sont ses bataillons qui les. protégent. La marine française ne peut pas se.
mesurer avec la marine anglaise. Quelque affligeante que soit cette vérité, on ne peut 8e la déguiser. Egalité de courage et de talens, nous admettons toutes ces qualités dans les marins français à l’égal des anglais : aussi n'est-ce pas de la comparaison des individus dont il peut être question , mais seulement de l'évaluation de ce poids immense de puissance qui appartient à l’Angleterre dans un degré incomparable avec tout ce qui existe. Cc n’est pas d'homme à homme, mais de puissance à puissance que se trouve la différence. Si donc les choses sont dans un état que Pon ne peut ni rompre ni contester, tout appareil maritime de la part de la France est inutile pour son commerce, sans objet pour la défense de son sol, funeste pour sa gloire, en lui créant des côtés faibles qui ne peuvent offrir d’avan-
tages qu’à ses ennemis. Lorsque la France ne Tancera plus ses escadres sur les mers, elle enlevera à PAngleterre la matière première de ses triomphes. En n’ayant plus de marine, elle annulera en quelque manière celle de PAngleterre; car alors ayant rien à combattre, à quoi
servirait-elle? Les vaisseaux anglais ne viendront pas conquérir les provinces de France; et, s'ils ont à le faire, ils y réussiront aussi bien après avoir battu, coulé à fond, ou bien amené à Portsmouth les vaisseaux francais, qu'ils l’auraient fait sans leur inutile opposition. La France écouterait les conseils d’une bien fausse politique, en se créant à grands frais des côtés faibles, lorsqu'il lui est si facile de n’en avoir que de forts. A quoi bon aller se faire battre sur l'Océan , lorsqu'on est à peu près sûr d’être toujours battant sur le continent? Malheureusement c’est ce que la France a toujours fait. On l’a vue constamment compenser ses conquêtes continentales par sœ pertes maritimes , et se retrouver, à la fin de la guerre, moins les frais, comme elle était an commencement ; 1l eût mieux valu ne pas commencer. Les flottes françaises ont-elles, dans la guerre de 1756, empêché les Anglais d’attaquer Pile d'Aix , de prendre Belle-Ile, de descendre en Bretagne ? Sont-ce elles ou les bataillons français qui les culbutérent à Saint- Cast? É
ne
La France fera donc bien de garder l'argent que lui coûteraiet d’inutiles flottes, et de s’occuper des remparts et des bataillons qui inter- | dissent l'approche de son territoire, ou qui la feraient payer cher à qui la tenterait.
C’est ici le cas de placer les calculs de la recette et de la dépense de la marine française.
Avant la révolution, elle coûtait quarante millions par an ; dans l’état actuel, environ cinquante. |
En guerre, ellene peut se passer d’une somme double; pendant la guerre d'Amérique , elle dépensa annuellement plus de cent cinquante millions. Le fameux déficit venait en parue de là.
Dans celle qui a suivi la rupture du traité d'Amiens et duré onze années, la dépense annuelle a dépassé trois cents millions, en y comprenant l'expédition préparée à Boulogne.
A dater de 1688, époque des guerres marimes de la France contre l'Angleterre, on compte cent vingt-six ans, dont cinquante-sept de guerre. En supposant une dépense moyenne
de 70 millions par an, ce qui n’est pas trop,
si l’on y comprend, comme on le doit faire, les
ame
elle ante rtie
raité
constructions des ports et arsenaux., et que l’on se souvienne que Colbert appelait Rochefort sa ville d’argent par allusion à ce qu’elle coûtait, en y ajoutant Cherbourg, et mille autres points forufés, lon ne trouvera pas cette évaluation trop forte; alots on a la dépense totale de huit milliards huit cent vingt millions : on cherche ce qu'ils ont produit. D’après ce calcul, que l’on croit plutôt modéré qu’exagéré, la France doit compter une $omme.annuelle de cent millions pour sa marine, en balançant les années de paix par lesannées deguerre, et la balance est presque égale entre elles (1). De plus, il faut observer RS
(1) Tableau des guerres de la France et de lAngle. terre depuis 1689,
1689 à 1697, 8 ans.
1701. à 1712, 11 1742 à 1748, 7 1756 à 1761, 7 1778 à 1782, 1793 à 1801, 1803 à 1814, 126 57 Années de guerre. . . . 57 de paix. .... 69
que les fournitures de la marine, provenant'en grande partie de l'étranger, font sortir de la France des sommes beaucoup plus fortes que les arm. mens des troupes réglées, dont la matière première existe en plus grande abondanee dans l'intérieur de la France. Aussi, les guerres maritimes de la France étaient-elles des époques de richesses pour le nord, source des approvisionnemens de mer, ainsi que pour l'Amérique, qui, dans tôute guerre aux colonies, sera leur fournisseur nécessaire et cehu de leurs défenseurs. Il suit de cet exposé, que la marine française est inutile et ruineuse tout à la fois; ce qui esttrop dela moitié, qu’elle nesert pas la France et qu’elle l’appauvrit, et par conséquent qu’elle ne peut plus être maintenue que sous deux rapports : le premier, celui qui fait le sujet de ce chapitre, la coopération avec les marines de l'Amérique et de l’Europe; le second, la routine qui lui assigne une marine , parce que d’autres en ont une, et parce qu’elle-même en a eu, sans tenir compte ni des temps ni des circonstances qui la faisaient tolérer à une époque, et qui doivent la faire proscrire dans une autre.
Cet art de vérifier les dates est si essentiel dans l’art de gouverner.
Nous sentons combien il est dur d’avoir à adresser de pareïls conseils aux fondateurs, aux maîtres d’établissemens, tels que Brest, Toulon, Rochefort. Comment renoncer à ce qui est si grand, à ce qui a coûté si cher, à ce qui honore par Pappareil de la grandeur, à ce qui brille encore d’un crépuscule de gloire? Hélas! nous le savons assez; mais les intérêts des peuples ne se mesurent ni sur des souvenirs, ni sur des regrets, mais d’après les calculs seuls que la raison peut avouer, en prenant pour point de départ les iemps et les circonstances. Parce qu'un établissement respire la grandeur, faut-il donc se ruiner pour l'entretenir, lorsqu'il a cessé de servir ? Les Etats vivent-ils donc de ruines, et les peuples de monumens ? Serait-il donc de la destinée de certains établissemens de devoir ruiner par leur conservation, après avoir ruiné par leur construction? Il vaudrait mieux neles avoir jamais eus. Les établissemens maritimes français ressemblent à Versailles, qui, après avoir ruiné la France pour sa cons-
truction, a menacé de la ruiner de nouveau par sa réédification , et qui la ruinera bien plus sûrement s’il est jamais habité; car il faudra monter toutes les dépenses sur l'échelle de ce géant des palais. On me voit pas ce qu'a valu et ce que pourrait valoir, par elle-même, la marine à la France : on sait bien ce qu’elle a valu à l'Angleterre, l'empire du monde qui ne schète jamais trop cher. Mais on découvre à cette même marine française une utilité certaine et immense, en l’alliant avec le système de lindé-
endance’ des colonies, système qui donne à > SY q
toutes les marmes de l'Europe des auxiliaires qui les affranchiront de la suprématie de PAngleterre, dont elles sont impuissantes à se délivrer elles seules. Sûrement ce sera un étrange spectacle que celui de l'Europe débloquée par l'Amérique ; mais, dans ce moment, Buenos- Ayres bloque bien Cadix ; maïs, dans l’état où la supériorité de la maine et celle des possessions coloniales de l'Angleterre a placé les choses, il est bien évident que l’Europe maritime ne peut être émancipée que par l'émancipation de l'Amérique , d’où sortiront des légions de défen-
seurs des libertés del Europe, pour assurer celles de PAmérique même : car ces deux libertés se tiennent par la main ; et, si PAngleterre continue d’asservir PEurope maritime, par là même elle asservira l'Amérique. Si, au contraire, l’Amérique est affranchie, elle formera avec l’Europe un faisceau dont la réunion fera la liberté commune, celle des deux hémisphères. Sûrement l’on ne verra pas les Etats-Unis seconder la marine anglaise : quand ceux-ci auront cin- Guante vaisseaux de ligne, ils seront au service de toutes les puissanc:s maritimes de l'Europe: il y a alliancenaturelle entre eux et elles ; iln’est pas besoin qu’elle soit écrite dans les traités ; elle l’est dans la nature des choses. Il en sera de même du Brésil : ami de PAngleterre à Lisbonne, où elle le protégeait, le souverain de ce pays est l’ennemi de Angleterre à Rio-J aneiro, où il n’a plus besoin que d’être libre : il n’y a pas d’offenses , mais supériorité de puissance , et cela suflit. Au nombre des faibles sur mer, il est l’allié des faibles comme lui contre celui qui, seul, est nlas fort qu'eux tous. Les stipulations de cette alliance sont toutes formées par
un seul sentiment, celui de la liberté et de indépendance, qui porte les Etats, comme les particuliers, à se réunir contre qui peut opprimer. Etendons par la pensée ces principes à tous les états coloniaux ; il en résultera une masse énorme de forces, auxiliaires nées de celles de l'Europe, dont l'existence leur rendra l'action, dont l'absence les laissera dans leur paralysie actuelle.
Dans le premier cas , et c’est le résumé de cetie discussion, l'Europe peut et doit s’apphquer à la marine; dans le second, elle doit yÿ renoncer, micux conseillée de conserver son argent, que de le dépenser pour préparer de nouveaux trophées à l'Angleterre, et pour recevoir d’elle des blessures qui ne lui laïsseraient pas même la consolation d'imprimer quelques cicatrices sur aucun des membres de son toutpuissant ennemi.