CHAPITRE XXIV
Que doivent faire, pour leurs Colonies, . les Puissances inférieures en Marine?
Rien : cette réponse est écrite dans le tableau comparatif des moyens d'attaque et de défense, qui menaçent où qui protégent ces établisse= mens. Remontons au principe de l’ordre colonial relatif à la défense des colonies : comment peuvent-elles être défendues? Est-ce par des vaisseaux ou par des bataillons ? par des vaisseaux qui portent des rafraîchissemens aux bataillons chargés de leur défense, ou par des bataillons privés de ces rafraîchissemens à défaut dé vaisseaux qui puissent entretenir la communication avec la métropole ? Les places à l'épreuve du canon ne sont pas à l'épreuve des blocus que l’on ne peut pas faire lever : avec le temps il faut qu’elles tombent. Il en est de
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même pour les colonies : quels que soient la force de leurs remparts, le nombre et la bravoure de leurs défenseurs, à quoi servent -ils hors d’une communication toujours ouverte avec la métropole? Des Luxembourg, des Mantoue, des Gibraltar aux colonies suc-
comberaient , s'ils n'étaient ravitaillés, et l’en-
nemi établi dans leur enceinte n’en pourrait plus être débusqué sous la sauvegarde de sa marine : dans ce cas , la perte de la colonie n'est-elle pas inévitable, et ces remparts destinés à repousser l'ennemi étant conquis, ne deviennent-ils pas pour lui le moyen de s’affermir dans sa conquête ? Ainsi lorsque, dans les guerres de 1756, et de 1795 à 1614, les Anglais se sont emparés de la Marunique, Phabileté des ingénieurs qui Pavaient fortifiée, le courage des soldats qui la défendirent , furent insuffsans pour la soustraire à un ennemi qu, protégé par une marine supérieure, ne pouvait être troublé, ni dans son attique, ni dans £a conquête. À toutes les époques ce n’est point par la guerre, mais seulement par la paix que la France a pu y rentrer. Îl en à été de même
pour la Havane, lorsque les Anglais Les forteresses n’y
ainsi, qu'aux Philippines î les attaquérent ‘en 1762.
manquaient pas, mais bien les vaisseaux pour chasser les assaillans, pour ravitailler les défenseurs, pour lier les se cours de la métropole avec la défense de la colonie, Toute forteresse
» tout armement aux colo+ nies,
hors de la supériorité où du moins de légalité maritime, ne sert donc de rien )nià la métropole ni à la colonie : ils sont onéreux pendant la paix, inutiles pendant la guerre,
dangereux par la facilité qu’ils donnent à en nemi de s'établir , et funestes à la colonie au sein de laquelle ils font porter le théâtre de la
guerre, Ce qui est directement contraire à la nature des colonies.
de maître sans avoir à souffrir de de l’ennemi
Une colonieouverte change la présence » qui loccupe sans coup férir ; mais lorsqu'il faut combattre » assiéger des villes, les bombarder , les incendier » alors la scène Change, et les dommages arrivent en fowe. La colonie n’en subit pas moins le sort qi lux était réservé; elle n’en échappe pas moins à la
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th DES COLONIES.
métropole : on a les dommages de plus, et l’on n’a pas conservé la colonie.
Revenons aux exemples cités ci-dessus.
. Les Anglais attaquent des îles sans défense; elles leur: restent sans combats. Le maître est changé, mais personne n'a souffert. À la Martinique, à la Havane, il faut des siéges : voilà des villes en cendres, des plantations saccagées, les arsenaux formés par la métropole servant à l'ennemi, les remparts qu’elle avait bâtis, destinés, dorénavant à la repousser et à exclure. À la paix, 1l faut les racheter au: prix des conquêtes. que:lona pufare, et, à leur défaut, s’humiliér pour y-rentrer. Telle est, en deux mots, l’histoire: de:toutes ces forteresses coloniales,élevéesà grands frais, lorsqu'elles ne sont pas soutenues par la puissance maritime. Dans ce cas, quel sont les véritables intérêts des métropoles dépourvues: de forces navales ?'Est-ce de continuerentretenir, avec de grands frais, pendant la paix:, des murailles que l’on: ne pourra défendre pendant laiguerre , ‘et.d’où il faudra déloger l’ennem:., de former des:arsenaux qui. finiront par tomber'entre ses mains,
d'entretenir des bataillons destinés à être exterminés où à rester captifs ? car jamais troupe coloniale n’a fini autrement. À Pondicheri, à l'Ile-de-France, à la Martinique, au Canada , les troupes françaises, dépourvues de l'appui de la marine, ont-elles jamais eu un autte sort ? Dupleix, Bussy, Montcaltn ont - ils pu faire obtenir une autre récompense à leurs valeureux et inutiles efforts? Cependant les chefs et les troupes étaient dignes les uns des aûtres; mais à quoi servaient leurs talens et leur valeur, loin d’une métropole qui ,séparée d'eux, ne pouvait plus leur offrir queson ädmiration etses regrets? Û RE Î Si Persdma dextré Deféndi possent , etiam hâc defensa fuissent. Que ces désastres servent donc d’enseigne-.
ment ; que, dans un résultat aussi uniforme F dans üné expérience faite sûr une si grande
| éthéllé, on lisé enfin lé principe de conduite
que l’on doit tenir dns les colonies, lorsqu'elles : sont dépourvues de l’appüi certain de la mafine. :
. Elle se borne, 1° à cesser tous ces inutiles äppareils militaires: . EE
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276 DES CULONIES.
a° À n’entretenir que le nombre de tioupes nécessaires pour le maintien de l'ordre intérieur: dans la colonie. R no slot 8°.A: faire acquitter par la colonie tous les : frais de gârde-et d'établissement , de mamière à ce que la métropole u’y dépénse rien pourson. compte , au delà de ce qu’elle en retire par les droits dela souveraineté. Les: garnisons.; les’ états-majors , la marine militaire, les arsenaux ; les forüficationé, coûtent à la métropole des: sommes immenses. À quoi lui sert tout-cet at-: trail? Sila colonie le trouve bon, qu’elle:le paye; personne n’a le droit dele lui contester ; mais on ne voit pas à quel propos la métropole consentirait à en rester: chargée: Il est superflu en temps de paix , inutile en temps de guerre: à quoi. sert-il donc à la métropole et à la colonie ?. Il en est de même des établissemens français dans l'Inde; ne pouvant être ni attar quans, ni défendus, ils doivent être réduits à l’état de simples comptoirs : en temps de guerre, ils appartiennent de droit à l'ennemi; en temps de paix leurs fortifications ne servent à rien : à quoi donc se rapporte la dépense qu'on y fait. ?
Quand lennemi ne sera pas établi dans des Postes qui semblent avoir été fortifiés pour lui, il pourra être chassé plus facilement. On n’aura pas bâtü pour lui, entassé pour lui des appro- Visionneméns ; la colonie ne souffrira pas d’une guerre sans but; et lorsqu'on y rentrera > On n’aura pas à regretter les désastres de la guerre, ni à renouveler des magasins destinés encore à être pris. | | +. Ces principes s'appliquent aux colonies de toutes les puissances inférieures .en marine, Leur position étant la même » leur manière de s’y gouverner doit l’étre aussi ; la France n’a été que le nominatif de cette question ; tout ce que Pon a dit d'elle, peut être dit au même titre des autres puissances inférieures en marine, qui, étant sujettesaux mêmesin convéniens, doivent se régir d’après les mêmes principes.