DES COL NICE
ses forces : tout ce qui est donné anx autres c0lonies où il no sert à rien, est dérobé au Bengale où il serait si bien placé,
Les peuples du Nord, et ceux qui bordent la Baltique, sont devenus navigateurs ; ils ont en partage la sobriété, la force, la tompéranco dans la poursuite do chaque gain particulier, et savent que lo profit consisto non pas à être grand, mais À être répété souvent, Los côtos de la Baltique sont couvertes de villos commorçantes, pouplées d'hommes éclairés ot luborieux, La Suède et le Danemarck ont tourné leurs vues sur la mor; la Russie, qui n'a pas encore débouché de la Baltique et de Ja mer Noire, et qui a passé tout le dernier siècle à étendre et à fixer le cadre de su puissance ter ritoriale, parvenue à des limites très-difficiles à dépasser, n’a plus qu’à se livror aux OCOU paons commerciales et maritimes, Tous los pouples du Nord n’ont noïnt de colonies , Ct'no peuvent en avoir; à ne leur reste done qu'un moyen de prendre part au grand mouvement du commerce du monde, et c’est on s’associunt à celui des colonies qu'ils peuvent y atteindre :
le changement qui s’y opérera les leur ouvrira toutes. Dans les courts instans pendant les- ‘quels les colonics espagnoles restèrent ouvertes aux neutres, en vertu d’une cédule du prince de la Paix , en 1797, le commerce des villes anséatiques avait pris cette route, et y faisait de grands pas : que sera-ce lorsqu'on pourra aborder au Mexique, au Pérou, à la Havane, comme on le fait à Cadix et à la Corogne? Les mers se couvriront de vaisseaux qui, partis des rivages du nord de l’Europe, cingleront vers l'Amérique, comme elle est couverte de ceux des Etats-Unis cinglant de l'Amérique vers l'Europe, et vers toutes les parties du monde.
La France n’a presque plus de colonies, ou plutôt elle n’en a plus du tout : ce qu’elle pourrait en compter n’est pas déstiné à lui appartenir long-temps, et doit avoir le sort des colonies qu’elle a dejà possédées. La France n’ayant
rien à perdre, n’a donc qu’à gagner, et, pour deux ou trois comptoirs dont elle laissera tomber les clés, elle gagnera les colonies du monde entier : ainsi, le néant peut lui donner l'immersité.
* L'Europe en masse a donc tout à gagner à ce changement.
Reste l'Espagne, qui a l'air de faire senle tous les frais. Il est à propos de rechercher si le mot perdre s'applique à cette puissance dans cette acception effrayante qu’on lui attache toujours, et que l'Espagne y voit sûrement.
Montesquieu a dit que les Espagnols et les Turcs étaient les deux peuples du monde les plus propres à posséder inutilement des empires, et il avait raison. Ces deux Etats sont deux grands corps dépourvus, au même degré, de mouvemens et de principes d'administration et de vie. L'Espagne administre l'Amérique à peu près comme la Turquie administre l'Egypte et la Syrie : d’un pachalik à une audience des colonies espagnoles , il n’y a loin que sur la carte de géographie. L'Espagne peut se complaire dans le dénombrement des couronnes qui ombragent son front , dans la pensée qu’elle est partout où luit l’astre du jour, et qu'il ne s’absente jamais de ses domaines. Tout cela est trés-glorieux, maïs n’a rien de solide ; car dans ce nombre de colonies dont se
glorifie Espagne, il n’y en a qu'une seule productive pour elle, le Mexique, qui sert à soutenir les autres. Les Philippines, la Havane, Porto-Ricco, Saint-Domingue, les Florides, le Chili, le royaume de Terre-Ferme, ne lui rendent rien, et sont obligés, pour subsister, d'emprunter des secours à la grande colonie du Mexique. L'Espagne gagnerait infiniment à les abandonner, car alors elle jouirait de la totalité des produits du Mexique. Le Pérou atteint à peine un produit annuel de cinq millions; Buenos- Ayres, avec fine étendue de cent quarante-trois mille lieues carrées, ne produit pas trois millions.
Le produit général des colonies espagnoles pour le trésor du roi, à Madrid, s'élève à. . . . . . . . . . . . 4b,000,000 f.
Il faut y joindre les droits de douanes, auxquels le commerce avec l'Amérique donne lieu. . . 15,000,000
Total. . . . . . 60,000,000 f.
Voilà la somme que l'Espagne craint de
perdre. Examinons la réalité et de la crainte et de la perte. D'abord, quant au moment présent, al n’y a plus rien à perdre; car l'Espagne ne possède plus l'Amérique : elle combat, elle dépense pour rentrer en possession de ce bien contesté. Le Mexique, troublé, n’envoie plus rien : le commerce, arrêté, n’alimente plus les douanes d’Espagne; c’est au point que le‘commerce de la Véra-Cruz, qui fait chaque année un mouvement de plus de. . . 100 >000,000 f.
en 1805, n’a pu envoyer en Espagne que la chétive somme de, . . .......6o,o0oof.
On peut tenir à P'éaphgne de ses Amériques le même compte qu’à la France de Saint-Domingue. Aie, on serait légitimement admis à opposer à \ Espagne une fin de non recevoir celle qu’elle a déjà tout perdu; et qu’ainsi il n'est plus temps pour elle de parler de ce qu’elle a encore à perdre.
Mais admettons la réalité de cette perte.
Il faut d’abord en défalquer les produits des douanes ; car, pour changer de domination, le commerce ne continuerait pas MOINS; et, comme il est inévitable qu'il ue prit d'immenses accrois-
semens , non seulement il n’ÿ aurait pas de perte, mais il y aurait encore du profit, et peutêtre, qu'avec le temps, les seuls produits de ces douanes attcindraient ou surpasseraient même lensemble de la perte que l'Espagne craint. On en a la preuve dans l'accroissement des produits de ces mêmes douanes , qui doublèrent en dix années, lorsque la liberté du commerce fut établie entre l'Espagne et l'Amérique, de 1778 à 1768.
Allons plus loin, et supposons comme certaine la perte évaluée plus haut à 60,000,000 f. Serait-1il donc impossible ou même difficile d’y parer, avec des pays aussi opulens que le Mexique et le Pérou ? Pense-t-on que de pareils Etats croiraient avoir acheté trop cher leur hberté, et les avantages qui la suivraiert, en consentant à payer à l'Espagne, pendant un nombre d'années déterminé , soit en totalité, soit d’une manière dégradauve, une somme
équivalente à celle du revenu auquel elle se verrait forcée de renoncer ? On doit, à l'appui de ce calcul, faire observer deux choses ; 1° que l'Espagne gagnerait Les frais de ses guerres d'A-
mérique, dont il n’est pas une qui n’absorbé plusieurs années de son revenu ;
2° Qu'il est très-probable que la force ne procurerait pas ce qu’un arrangement amiable produirait. Voilà pour l'Espagne comme souveraine.
Passons à l'Espagne commercante.
Elle commerce de deux manières , avec ses * produits propres, et avec ceux de l'étranger auxquels elle donne passage. Les premiers lui appartiennent en propre; les seconds sont la propriété d'étrangers avec lesquels l'Espagne ne fait pas d’autres profits que ceux du loyer des
maisons qu'ils occupent, et celui de leurs con- ‘ sommations journalières. Voyez l’état du commerce dé Cadix : les trois quarts des maisons de commerce de cette ville sont étrangères à l'Espagne, et les marchandises le sont aussi. Il n’y a donc de bénéfice pour elle que le transit. ‘
Quant à ses produits propres , rien nepeutfaire craindre à l'Espagne d’en perdrela vente. Est-ce que l'Amérique, en devenant libre, cessera de aonsommer les objets dont elle aura contractéle
goût ou l’habitude ? Est-ce que les Etats-Unis, en se séparant de l'Angleterre; ont renoncé à l'usage de ses produits ? Mais l’Amérique consommera moins. Au contraire, encore , parce que, devenant plus florissante, elle aura plus de moyens de consommer et de demander à la métropole : là revient encore l'exemple des Etats-Uunis, qui ont consommé à mesure qu’ils ont prospéré, au point de vider les magasins de l'Angleterre. C’est à défaut de fixer la question sous ce point de vue, que les métropoles s’égarent : elles craignent de perdre, là où elles apercevraient des avantages multipliés, si elles y regardaient de plus près ; erreur qui malheureusement est commune à toutes.
Quant au commerce des produits étrangers, dont l'Espagne est le passage ou l’intermédiaire, ilne perdrait pas davantage; il gagnerait même, et toujours par la même raison, celle de Paccroissement de la prospérité de l'Amérique, qui produirait un nombreinfiniment plus grand de demandes de ces mêmes objets ; l'esprit de stabilité, qui est celui du commerce, conser: verait encore long-temps à l'Espagne ses rela-
DES COLONTÉS, Sat tions: 1e éommercs ést ami de Phabitude , il y renonce difficilement,
On peüt; doñc'assigner, pour PEspagne, des dédommagemens faciles » ou dissiper avec encore plus de facilité les craintes qu’ellé peut concevoir; la situation de l'Espagne , avec ses colonies , ne lui laisse pas la liberté du choi de..ses’ actions; elles. sont: perdues pour élle lea colonies ne pburraient lui revenir que par la conduête:;: désormais imposible. Dans cet état l'Espagne ne peut nine doit être regardéd cOmme un obstacle à un bon'arrangement co:
lonial. Toutes les autres parties de l'Europeont le plus. frand intérêt À SON exécution! I] n°ya dône plus ‘d’obstacle: réel: à la naissance d’üri jour quisserdile phis heureux: de tous ceux'qui ont encore lui sur le monde. SHRAD FAR
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