CHAPITRE XXX
Que deviendront les États-Unis?
Lxs Etats-Unis sont reronnus libres et indépendans depuis trente-quatre ans, et voilà qu’ils se sont accrus en territoire, en population, en richesse , que leur essor est devenu si rapide, qu’il embrasse un si grand espace, que le principeoule ressort qui produit et qui pousse cette croissance continue, en un mOt que ses progrès sont tels que l’histoire ne présente rien de pareil parmi les peuples naissans , soit de l’an tiquité, soit des temps modernes.
Il ne peut donc qu'être très-intéressant de rechercher les résultats probables de ces accroissemens.
Au premier coup d’œil, on reconnaît comme leur premier effet, qu'ils tendent à partager l'Amérique entière en deux parties, dont lune,
celle du nord, sera de la même nature que les Etats-Unis et les peuples. du nord de l’Europe ; et l’autre sera de nature espagnole et de celle des peuples méridionaux.
Le Canada et l’Acadie appartiennent aux mœurs anglaises. Les Etats-Unis eux-mêmessont une Angleterre en Amérique, et même quelque chose de plus que PAngleterre; car, établis plus tard qu’elle, ils ont pu, en profitant des lumières de leur temps, s'établir sur de meilleurs plans que ne l’a fait l'Angleterre, dont les établissemens, quoique les meilleurs de l’Europe, sont cependant-le produit de temps moins éclairés que ceux qui ont vu former les Etats- Unis. Cette grande division de l'Amérique septentrionale agira donc sous l'influence des mœurs et de la civilisation des peuples du nord de l’Europe. De son côté, toute la seconde division , peuplée par les méridionaux de l’Europe, restera sous l'influence morale du midi de l'Europe. La domination aura changé, mais les mœurs auront resté, et, à la longue, ce sont les mœurs qui font la destinée des nauons. L'Amérique sera donc partagée en deux
zones de mœurs, comme l’Europe l'est en deux zones de climats, de mœurs et de religion.
Depuis 1778, le térritoire des Etats-Unis a quadruplé , la population a triplé, le commerce et la navigation ont reçu des accroiïssemens encore plus considérables : le pavillon américain est partout. Hors celui de ’Angleterre, il le dispute dans leurs propres ports à ceux de tous les peuples de l’Europe. C’est une invasion véritable.
La population des Etats-Unis, au 1°* octobre 1816, était de Blancs. . . . . . . . . . 7,000,000 Noirs . . . . . ..... 1,650,000 Les exportations qui, en 1794, étaient de. . . . . . 33,026,123*"*" S’élevaient, en 1805, à . 101,536,960 Celui des navires de commerc@ñ..:......, 12,000 Le revenu. . . . : . . . 2b,000,000 d. La dépense annuelle. . . 19,500,000 d.
Excédant . . . . . ... 5,500,000d.
Si un peu plus de trente-six ans ont suffi pour
produire ce résultat, .que: sera-ce au-bout.de cent , de deux cents ans ? L'avenir. de l'Amérique est incalculable ; elle est évidemment des-: tinée à changer la face du monde. . hi
: D’après les calculs de Franklin, calculs qui ont été réalisés , la population. des États-Unis doit doubler tous les vingt-deux ans. Que l’on. calcule, si l'on peut, léffet. dans quelques siècles de cette progression: il faut, compter: par centaines de millions d'hommes (1).Rienne peut
(1) Tableau de l'accroissement probable de La popu
… dation dans les Etats-Unis durant. uné péridde:
1 de soixante-neuf ans ’ qui est égale à, deux
générations. Le | “
; Ena617... 1, +. : 8,650,000 bormmes.
UN 180. Co : + + 17,800,000 .
A ce 34,600,000.
NT np 69,200,000 … … …
En continuant, on trou-
verait, pour 1919. . . 138,400,000
ou les quatre cinquièmes de la population de
l'Europe. Fe RES
L’accroissement annuel des Blancs est de 210,000,
IT. 23 w
l'empêcher : le mobile qui a créé le premier million crééra !: dernier, la facilité des subsistanées ; ét les oécupations commerciales et industrielles qui #aocroftront de tout ce que gayneront tous les peuples de Panivers. Car par les lois do fa communication établieentre eux, chaque avantage, que chacun acquiert, devient commun à tous les autres. Ainsi, lorsque l’indépendance aura vivifié l'Amérique espagnole, les Etats-Unis s’associeront à sa prospérité, en prenant part à son commerce, et dirigeront vers elle des milliers de vaisseaux que la dépendantcé actuelle en exclut. Par exémple plus 1e Russie prospéreræ, plus les Etats-Unis ÿ porteront et en üireront , et prospéreront avec elle : c'est cette action et cette réaction , ce flux et ce réflux dé relations et d'échanges qui multiplient le mouvement et par lui la population
et provient uniquement des causes intérieures; car les émigrations amènent annuellement à peine 4000 âmes aux États-Unis, et il en sort un nombre à peu près égal, qui vont s'établir dans le Canada ou dans d’autres contrées.
et la richesse. Les Etats-Unis s’accrôftront donc du bontieur du monde entier , ét sauront le mettre à profit; on peut s’en rapporter à eux. La sourcé, comme on le voit, est large et abondante. ; ;
Si le monde à bien de la peine à supporter le poids de dix:huit millions d’Anglais poursuivant partout la puissance conime moyen de commerce, et le commerce comme moyen de puisance, que fera-t-on sous le fardeau d’un nombre indéterminé d’Américains, mis en mouvement par les mêmes mobiles, placés hors des atteintes répressives de l’Europe, ainsi qu'affranchis de la plus grande partie dés listé. res, ou des idées qui ÿénent le développement parmi les Européens. L’Américain n’est pas un Américain d'Amérique, mais un Américain d'Angleterre; un Anglais pur et épuré , ayant retenu, dans l'éloignement de sa patrie, le courage, Yesprit, l’activité, l'aptitude au travail ct aux affaires qui distinguent en Europe le sang dontil estissu. Américain s’est tourné commé par instinct vers l'Océan, vers le commerce et la navigation ; et Cest à que s’ouvrént les
grandes carrières ; il a obéi aux impulsions.na tives de son sang, qui le portaient vers toutes les occupations maritimes et commerciales.
Que l’on continue LADLORYEr des besoins et de consommer, l'Américain n’en demande pas davantage, et l’on peut dire de lui ce que l'on: dit
des Hollandais : « Que le commerce croisse; »
et il croîtra des Hollandais.
. Les Etats-Unis ont acquis la Louisiane; ils
se sont prodigieusement étendus derrière les Apalaghes , et tendent à; parvenir jusqu'aux côtes de la mer du Sud. Par le nord, leurs établissemens tournent le Mexique ; il n’est pas douteux qu'ils chercheront à porter au grand fleuve. del Norte leurs frontières de la Louisiane. Lorsque PAngleterre possédaitles Etats- Unis, elle avait eu soin d'y joindre lAcadie par la paix d’Utrecht en 1715, et la Floride par celle de 1763. Par cette double. réunion l'Angleterre complétait l'occupation de tonte la côte orientale de l'Amérique, depuis le golfe du Mexique j jusqu’au fleuve Saint-Laurent, et à la même époque.elle entr ait en possession du
Canada. Elle avait paré ainsi à à l'inconvénient
DES COLONIES. 557 d'avoir, sur lés deux flancs dé sa colonie, des possessions étrangères ou ennemies ; elle avait rattaché'ces deux bras au, corps de ses domaines , êt rempli le vœu tracé par la nature.
Le mèche plan n'échappera pas à la vigilance des Etats-Unis. Ils ont déjà commencé des’occuper des Florides ; pour l'Acadieet le Canada, lés Etats-Unis tendront tou; ours à deux choses, leur séparation ‘de l'Angleterre comme indépendänce ou comme conquête. La faible population des Etats-Unis a jusqu'ici préservé ces deux posséssiôns ; mais lorsque son. accroissement aura placé à leur porte une masse énorme de population américaine, comment l’Anglcterre les défendrait-elle con tre eux 7 Le jour où les’ Etats-Unis pourront mettro sur pied, une armée de cinquante mille hommes, l'Acadio et le Canada auront cessé d’appartenir aux Anglais. Ceux-ci se trouveront, à l'égard des Américains , dans une position éq ivalente à celle où jadis ils se trouvaient Bree Les An:
blaïsiséront én Canada, comme ils Pétaient en France, pendant qu’ils occupaient la Güyenne où k' Norinändie ; comme les Suédois étaient
en Finjande, ‘depuis qu'il existait un Pétersbourg; mais avec cette différence que la Guyenne et la Finlaude sont situées à quelques lieues de l'Angleterre et de la Suède, au lieu que ce sont les Etats-Unis qui sont à la portée du Canada, et l'Angleterre qui en est à mille lieues.
- I] faut ajouter à cette première considération celle de la dépense relative que cette guerreentraîncrait pour les deux PAYS : il est bien évident que toute guerre en Amérique, en Canada, coûtera à l'Angleterre infiniment plus qu'aux Etats-Unis. IL serait curieux de savoir ce qu'a coûté à l'Angleter re ka dernière guerre du Canada.
Il est donc démontré qu'avec un peu plus ou un peu moins de temps, les Etats-Unis ou Ja fédération américaine dominera tout le nord de PAmérique.
Dans cet état que deviendra +-elle ? Resterat-elle unie et république ? ? Est-elle destinée à démentir les principes antiques qui assignent le terme de l'existence de toute république à à ga trop grande étendue ? Le gouvernement qui sadaptait fort bien à une population de
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