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DES COLONIES. 55q
quatre à huit millions d'hommes, à un territoire uniforme .et: resserré, conviendra-t-il également à une population et à une-étendue beaucoup plus grandes? Lorsqu'une trés-grande partie de union se trouvera placée derrière de vastes chaînes de montagnes , telles que les Apalaches , tout ce qui existera sur un des revers de ces montagnes ne voudra-t-il pas exister ensemble et vivre indépendant de la partie qui occupera le revers opposé? Le rapprochement des Etats-Unis dans leur première formation , leur situation sur la mer, qui facilitait leurs communications réciproques , ont beaucoup coutribué à leur réunion. dans un seul corps d'état; mais à présent que ces mêmes états s’enfoncent dans les terres » que les distances sont devenues immenses , que pour communiquer 1l faudra franchir des montagnes d'un accès difficile, les états de l'union seront entre eux comme le sont l'Italie et l'Espagne à l’égard de la France. Alors leurs liens mutuels se relâcheront par la force des choses : quelque fort que soit un câble, fût-il de fer, il s’affaisse dans son centre , dès qu’il est trop étendu. Les
Etats-Unis ne sont point un état fixé ni formé ils croissent : c’est tout ce que ’n peut dire d'eux avec certitude ; mais où atteindra cette croissance , et que produira-t-elle ? Qui pourrait le déterminer? La population américaine se déplace avec facilité , se porte sur des espaces vagues; elle interroge, pour ainsi dire, tous les points du territoire qw’elle peut atteindre, pour connaître celui qui lui convient le mieux, et où eile pourra se fixer. Son cadre n’est pas éncôre fait; mais 1l se fera, mais il se remplira, et c’est lorsqu'il sera rempli qu'il se partagera. Des espaces aujourd’hui déserts verront s'élever des cités rivales de Philadelphie, de Boston : elles se formeront comme firent celles-ci, il y a cent cinquante ans, sur les bords sauvages de l'Amérique. Les habitans des dernières, trouvant dans leur enceinte tont ce que les habitans des premières trouvaient dans leur sein lorsqu'ils voulurent se séparer de l'Angleterre, se sépareront de Philadelphie, comme Philadelphie se sépâra de Londres : on ne va pas chercher au loin :ce que lonà sous la main, Les trop grands états , comme la Russie, PAméri-
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qué ‘espagnole’, les'Etats- Unis ;'né restent unis que parce qu'ils soñt déserts : péuple Les is se divisent ! Quel est le gouvernement:qui peut suffire aux affaires de cent millions d’hommes ? Où est l'œil capable de suivre le mouvement d’une pareïllé masse, la tête assez vaste pour la diriger, et le bras assez fort pour la contenir (1)? Le jour où la Russie les comptera , elle se divisera, et les grands pas qu’elle fait dans PEurope et dansla civilisation ne font que préparer sa séparation en plusieurs états (2).
ni
(1) La Chine ne. fait exception à cette règle que parce que ce pays fait exception à tout.
Le Gouvernement est plus dans les mœurs que dans les hommes, dans les cérémonies que dans les lois positives ; et, à la Chine, on fait plus par imitation que par'ordre.
. (2) Nous'aimons à fortifier ces: conjectures par .le témoignage d’un écrivain qui vient.de faire paraître un ouvrage dans lequel l’auteur , en ‘peignant les vertus et les talens qui ont honoré les fondateurs.et les premiers agens, de Ja république américaine, a retracé les siennes propres.et les qualités d'un caractère qui semble appartenir aux temps antiques. Voici ce qu'où
Dans le cas extrême et contraire à tonte vrai semblance de la conservation de Punion , sûrement le gouvernement changerait, ou bien ce
lit dans l'écrit intitulé : Complot d' Arnold contre les Etats-Unis.
.… “On voudrait en yain se dissimuler Popposition qui existe entre les intérêts des divers Etats, et il ne sera pas toujours facile de la faire cesser. Ceux du nord sont peuplés par une race entreprenante , robuste, familiarisée avec le mavigation et les dangers de la mer; ils s’enrichissent par le commerce, et le regardent comme la base la plus solide de leur prospérité. Les peuples du Midi, moins économes , plus habitués aux jouissances du luxe , plus généralement adonnés à l’agriculture, font peu de cas du commerce, et les maximes qu'ils suivent dans le gouvernesuent des affaires sont plus éleyées. Ces discordanres peuvent avoir des conséquences fâcheuses pour l’intérci public. Les uns voudront la guerre, quand les autres demanderont la paix: et réciproquement, enfin, on ne les verra jamais tendre uniformément au même but : et cette divergence pourra souvent ralentir et eniraver la marche des affaires. Mais la diversité des intérêts est ua mal inhérent à la grande étendue des Etats
seraient les notions de tout .çe qui gouverne es hormmes quiauraient changé; et il parait conforme à toutes les règles de probabilité que les Etats-Unis feraient çe qu'aurait dû faire PAngleterre, en, élevant un trône sur PAmérique, au lieu de dépenser gent mille hommes et deux milliards pour ÿ conserver le sien propre, contre toute raison et vraisemblance. Il est très-apparent que les Etats-Unis feront ce qu'aurait dû faire, à son tour, la France, en établissant au Canada un prince français, au lieu de le faire anglais, en voulant le conserver français. 11 sera donné ayx Etats-Unis de réparer ces deux grands oublis. Les Etats-Unis ont mis la royauté en grand danger, par l’imitation de leur congrès , qui s’étend sur toute l'Amérique : elle peut y faire naufrage aver l'Espagne , et ce grand spectacle, éclatant aux yeux de l'univers, donné parle pays mêmedont il reçoit sa richesse, est de nature à faire sur Pesprit des hommes une impression que toutes les règles de la sagesse ordonnent de prévenir, ei à tout prix.
II faudra voir comment ceux qui ont su si
peu prévoir) sauront répärér) qhand l'événement aura lieu ; mais alors l’on n’élevera ! pes moins de cris dub sil eût été sous la sauvegarde de l'impossibilité même. al
S'il est À Le chose de plus étonnant que cé: spectacle, c'est Pimmobilité ‘de ceux qui ÿ assistent, sans avoir re st A rien comprendre.
CAN AAAAUMUUUR