‹ Des colonies, et de la révolution actuelle de l'Amérique [microforme]Chapitre 46 sur 49 · CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI

Établissemens Coloniaux.

Après avoir ditcequ'il faut faire des colonies, est-ce pas le cas de dire aussi ce qu'il faut faire pour elles; et cet ouvrage ne serait-il pas incomplet sans cet article, pour la conclusion duquel la nature dusujet semble lavoir réservé: ainsi le peintre et l’artiste réservent les ombres et les ornemens pour les derniers traits de leurs ouvrages.

. Les étabhissemens européens se ressentent tous de l’époque deleur formation; alors les'arts étaient, dans l’enfance, surtout ceux qui se rapportent aux jouissances de la vie ou bien à l’économie domestique. Ainsi dans ces temps re-

culés , les hommes vivaient séparés , habitant des cités hideuses , destinées plutôt pour leur. défense contre l'ennemi que pour leur commo-

dité. Aussi les atitiennes villes présentent-elles

presque toutes un aspoct hideux. Il n’y a de

vraiment beau en Europe que les nouvelles constructions : ce qui fait qu’elles présentent presque partout des faubourgs charmans à côté de villes très-laides ; leur rapprochement fait mieux ressortir la différence des deux âges, et leur sert , pour ainsi dire, de médaille. Ce qui sè passait dans l'ihléfieur des habitations de l'Europe avait encore lieu däns tout le reste ; aussi tout y était-il informé et grossier. Elle trans porta Son ignorance ét son manque de goût dans ses colonies ; elles furent donc organisées sur dés plans dféctagu comrhe étaient leurs modèles. Un douveaujour a lui sûr l'Europe ; les arts ont chassé l’ignorance; lé goût à remplacé la bärbarié, et tout ce qui date dé cent à ceñt cinquante an est marqué par des degrés successifs de goût , d'élégance et dé commodité. Voilà ce qu'il faut à son toùr transporter das les États coloniaux ,‘commié on y avait transporté d'abord le mauvas goût du temps, L'un ne coûtera pas plus que l’autre; les nouveaux Etats en ont deux modèles dans le noù-

DES COLONIÉS. 367 Veau monde lui-même : le premier sur le continent espagnol, le second aux Etats-Unis. Les Espagnols, en arrivant en Amérique , ne trouvêrent point d'habitations quileur convinssent, rien qui léur rappelât leur patrie: car il faut rejeter bien loin les descriptions mensongères, les récits fabuleux sur la somptuosité des moñumens du nouveau monde, sur lesquels Pen flure espagnole s’est donnée libre carrière. La vérité est qué les Mexicains et les Péruviens étaient égaleinéntignorans, également dépourvus de monumens et de moyens d’en éléver ; puisque, semblables à tous les peuples sauvages ou dans l'enfance, ils n’avaient pas la moindre notion des instrumens les plus communs, ils ne connaissaient pas même l'usage de la scie et dé la haché, sans lesquelles iln’yaniarchitectesni édifices. Les Espagnols dûrent donc bâtir les villes qu'ils habitent aujour@hui ; ils profitèrent du vide et delabséncé dés constitutions anciennes pour en établir à leur usage , en suivant des plans uniformes: c’est ce qui a valu aux villes du continent espagnol plus de régularité, de commodité, et des situations plus

heureuses qu’elles n’en ont ordinairement en Espagne. Les conquérans cherchèrent à fixer et à généraliser par des lois, dans leurs nouvelles possessions, ces dispositions bienfaisantes , et il n’y a pas de doute que si.elles enssent été ponctuellement exécutées , l'Amérique ne présentât l’aspect le plus satisfaisant par sa régularité et par sa décoration. Les Etats-Unis ont aussi déterminé À 'emplacement et les plans des nouvellesvilles destinées à s'élever. sur leur sol; ils ont fait tous les réglemens nécessaires pour procurer à la fois à leur patrie beauté, commodité, élégance: rien n’y a été oublié ; et, par le laps du temps, les Etats-Unis présenteront le spectacle i inouï d’une immense contrée. ne pour ainsi dire au cordeau.

Les nouveaux Etats devrontsuivre ces. exemples; n'étant pointe embarrassés par d'anciennes, constructions qui gênent toujours dans létablis-

sement des nouvelles, ils pourront déployer sur. un sol libre le génie de l’Europe, son goût et ses arts: : ils ont la faculté de choisir des, mo-, dèles en tout pays, d’en faire chez eux l’applica-. tion la plus convenable aux localités , de géné-

aux autres peuples, c’est sa source; elle leur aps partient comme à lui, et lon ne peut être humilié par Ja comparaison, lorsque, pour égaler, il ny a qu’à imiter.

Ï fut un temps où lés noms de France ct de colonies S’unissaient par les liens les plus doux, par le plus heureux accord... Hélas ! cette source de bonheur est devenue une source de larmes! La France n’est plus rien colonialement parlant ; elle est au dernier rang dans l’ordre colonial : il n’y a pas un siècle, elle était au premier, à celui-là même d’où l’heureuse Anglcterre domine l'univers, La France possédait alors le Canada, P'Acadie, Terre-Neuve, la:

Louisiane, la Guÿanne, une partie des Antilles , les Sénégal, Madagascar, l’île de France et Bourbon, enfin l’Inde , presque dans le même degré que le fait aujourd’hui PAngleterre; car Dupleix et les autres chefs français de l'Inde semblent avoir tracé les plans et aplani les routes qu'ont suivies lord Clives, Hastings et les autres conquérans civils ou militaires que l'Angleterre compte dans Inde. Siam, la Cothinchine, la Chine, étaient ouvertes au com-

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