‹ Des colonies, et de la révolution actuelle de l'Amérique [microforme]Chapitre 47 sur 49 · WEBSTER, N.Y · texte numérisé non relu

WEBSTER, N.Y

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merce de la France : qu’a de pius l'Angleterre? Qu'est devenu cet opulent et brillant édifice ? Qui l’a détruit ? Sûrement ce n’est pas, comme en Portugal , le défaut de population; ce n’est pas, comme en Espagne, le défaut d'industrie, l’aversion du mouvement et du travail : il y a donc d’autres causes, et où les trouver, sinon dans l’inobservation des principes posés plus haut pour l’ordre colonial? La France à voulu des colonies, sans vouloir ce qui donne les colonies et ce qui les conserve, la marine; elle a bien voulu leffet, mais non la cause; elle a bien senti le prix des çolonies, mais elle n’a pas ‘eu Pair de savoir à quoi elles tenaient ; elle voulait les fruits, et détournait les yeux del’arbre auquel ils étaient attachés. De plus, la France a toujours régi ses colonies sans elles, et souvent malgré elles ; elle-même manquait de ce qui pouvait faire le ciment de ces précieuses propriétés avec elle. En fallait-il davantage ur l’amenér à l’état de dénument dans lequel elle est tombée, et la faire passer du premier au dernier rang de l’ordre colonial ?

Loin de nous la pensée d’affiger la France

bar le tableau du changement qu’elle a subi;

mais l'intérêt du sujet est trop grand pour ne

pas nous servir d’excüse pour les détails dans

lesquels il nous force d’entrer.

De tous les Européens , les Frangais étaient

ceux qui pouvaient le moins ressentir les incon-

véniens d’une grande exténsion coloniale, parce

que l'étendue et la population de la France sur-

passaient celles de tous les peuples qui avaient

des colonies. Elle avait en elle- même des

moyens abondans d’y pourvoir ; elle comptait

Ving-cinq millions d’habitans » pendant que, l'Angleterre, avec les trois royaumes, attei-

gnait à paine à douèe millions, l'Espagne à dix,

et le Portugal à trois. H y avait là un riche fonds

pour une bonne et solide colonisation ; mais la

France ayant négligé sa marine, les membres

sont restés séparés du corps, ses bras n’ont pu

le défendre, et les rameaux ont été séparés du à tronc avec lequel ils cessaient de Conimuniquer.

La marine est le canal par lequel doit circuler la séve coloniale, et lorsque cette circulation vivifiante est interrompue, la mort » C’est-àdire, la séparation, ne peut manquer d'arriver.

Or voilà ce qu'a éprouvé la France par une:

mulutude de causes.

C’estun pays vaste, d’une grandeépaisseur, et dans lequel, quelle que soit J’étendue des côtes; la plus grande partie de la population vit loin de la mer, en a plus de peur que d’envie, effrayée qn’elle est par le récit des naufrages et des dangers de la navigation, bien plus qu’atürée par l'exposition de ses avantages. La capitale est située au centre de l'Etat, loin de la mer ; les marins y paraissent peu; les distinc- . tions n’y sont pas pour eux : dans l'intérieur dés provinces, ils étaient rares et hors de’celles qui forment le littoral de la France, ils ne se montraicent jamais en grand nombre. Le: gouvernement portait son attention et ses. faveurs sur le militaire de terre : c'était la suite de son système continental, et un pays ne poursuit pas deux. systèmes à la Fe La marine s’est donc toujours ressentie en France de cette assignation à un rang inférieur, comme en Angleterre V’'ärrnée de terre se ressentait d’une position semblable, parce qu’en tout pays chaque cause agit d’après sa nature. L'histoire ne nous mon-

‘tre dans aucun temps les Français occupés sérieusement de marine. Dés le temps des Croisades’, ce sont les flottes de Veniseet des répahllisnes d'Italie qui les conduisent vers les tombeaux qu'ils allaient chercher en Syrie et en Egypte. Depuis ce temps on les voit occupés de guerres contre les Flamands , contre les Anglais, contre l'Autriche, contre les souverains d'Italie, contre les péotemianas mais, dans ce. long espace de temps, il n’est guère question de marine parmi eux. Louis XIV ca veut une, et Colbért l'a créée à sa voix; mais si cette créa tion eut la-rapidité des éclairs, élle en eut aussi la courtedurée. Méégrabtillens: mais passager, la marine française périt à la Hogueet à Vigo : quelques actions heureuses ou éclatantes ne la: relevèrent point, parcequ’une branche de puissance ne se compose pas. de quelques actes sans: liaison et sans suite. Le monarque français ÿ occupé à repousser l’Europe de ses frontières envahies et de sa capitale menacée, n'avait plus d'attention à douner à sa marine. La régence, partagée entre la débauohe, la ‘banqueroute, . les querelles du parlement et de la bulle Uni-

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genilus ; n’était guère propre à la relever. Le cardinal de Fleury, en quittant Fréjus, avait oublié Toulon, et n’eut pas l'air de savoir qu'il existât des ports en France : d'ailleurs, il gardait trop de ménagemens avec l'Angleterre pour rendre la vie à l’objet de ses ombrages. Aussi, lorsque les guerres de 1740 et de 1756 éclatèrent , l'Angleterre, qui s'était occupée de la marioe en proportion de ce quesa rivale la né: glrgeait, n’eut pas de peine à la chasser de toutes ses colonies, et lui fit acheter, par la renonciation à ses grands établissemens . la restitution de quelques colonies , dont elle lui céda l’usufruit en attendant l’occasion favorable pour les lui reprendre, comme il vient d'arriver. Si la France n'a pu conserver l'Inde, l’Acadie, k Canada, est-ce à défaut d’armées nombreuses ou habiles? Qu’étaiënt alors les armées de l'Angleterre en comparaison des siennes ? Est-ce même à défaut d’habileté ou de dévouement dela part de ses marins ? Combien ne compte-t-elle pas de

noms illustres dans cette carrière ; les fastes

.mêmes de la marine anglaise en présentent-elles que l’on puisse placer au-dessus de ceux de

Tourville et Duquesne? Dans les combats par ticuliers, un vaisseau français a-t-1l jamais craint de se mesurer avec un vaisseau anglais? Dans la guerre d'Amérique, la marine, relevée par Louis XVI, n’a-t-elle pas reparu avec honneur sur les mers étonnées de sa présence inattendue; mais tous ces efforts , ou plutôt tous ces essais, salisfaisans pour l’honneur naonal, étaient insuffisans pour la protection efficace de grandes colonies. En voyant l'An+ gleterre ne pas s’écarter de la règle fondamentale des praportious entre la puissance coloniale et la puissance maritime, la France apprenait ce qu'elle avait à faire : l’exemple était L, il fallait le suivre; en ayant des flottes comme l'Angleterre, elle aurait eu des colonies comme elle. Non, ce ne sont n1 Clives ni Wolf qui ont chassé les Français du Canada et de l'Inde, mais les amiranx et les flottes de l’Angleterre qui, par leur habileté et leur nombre formaient entre elle et ses armées agissant aux colonies, nas chaîne que rien ne pouvait rompre, tandis que les colonies et les armées de la France, toujours séparées delle par l'abandon de ses floues, f-

nissaient par succomber sous un ennemi rafraîchi sans obstacles par le secours de la métropole.

La France s’était aussi mépris sur deux articlés importans qu’elle-regardait alors comme le supplément de ce su manquait à sa marine. !

1° Elle comptait sur.la coopération de la mariné espagnole, cooptration embarrassante, à la fois bonne pour tout paralyser par le défaut d'action , ou pour tout perdre en agissant comme à Trafalgar , au Ferrol. Les trois dernières guerres ont bien dû en faire ressentir le danger et le vide. ns |

2° La France s’appuyait aussi pour la garde de ses colonies, sur les forteresses dônt elle les garnissait : défense insuffisante , puisque la marine ne pouvait les soutenir; ce défaut d'appui les. livrait avec le temps à l'ennemi , auquel il est énsuite plus difficile de les enlever: Le gouvernement français avait montré un défaut de jugèment dans cetté transpositioni aux colonies du système défensif qui est propre à la France. Les: forteresses protégent très-bien ce pays,

parce qu’elles sont à leur tour protégées par les armées françaises qui sont toujours présentes sur les lieux, au lieu que les flottes françaises étaient presquetoujoursinsuffisantes etabsentes des lieux qu’elles devaient défendre. Comme il n’y avait aucune parité entre les deux objets en eux-mêmes, il ne devait pas y on avoir davantage entre les accessoires auxquels on les rapportait si mal à propos. C’est cet ensemble de négligences, d’oublis, de fausse confiance et de faux jugemens qui ont amené la catastrophe coloniale de la France, pendant que l'Angleterre n’a pas fait un faux pas dans cette même carrière. | !

Les colonies françaises étaient régies comme les provinces de France, par des préposés envoyés de la métropole, et donnés par elle. Il était à peu près de règle de n’admettre les colons qu'aux emplois les plus subalternes : cet ordre était très-pénible pour le colon, et trèsdéfavorable à la colonie par les raisons que nous exposerons plus bas.

De plus, la France n’ayant jamais eu de gou-

vernement régulier, ce que l’on peut appeler

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une Constitution , a participé à tous les iuconvéniens attachés à la mobilité de ceue espèce de gouvernement qui est concentré dans un seul homme, qui commande à quelques hommes de commander en son nom à tous les autres.

En France il y a toujours eu de grands hommes, ctjamais de grands plans ; ceux-ci ne peuvent résulter que de la suite donnée à une idée mére, dont le propre est de formerun système lié dans toutes ses parties. Mais comment aurait-elle pu avoir cette suite dans les idées , lorsque tout était soumis à l'instabilité, apanage ordinaire de Pesprit humain , aux variations qui suivent à leur tour le changement des agens de cette autorité arbitraire , aux révolutions mêmes qui sc font remarquer dans le même homme, suivant les degrés de l'âge, de la santé et de la fortune : car il y a toujours trois hommes dans le même homme, lhonime de la jeunesse, ce-

lui de Pâge mûr, et celui de la vieillesse, qui ne se ressemblent guère à eux-mêmes. Voyez

Louis XIV. En quoi se ressemblent ses trois âges ? Une bonne consuütution peut seule mettre

ä l'abri des malheurs imhérens à ces vicissi-

tudes qui font partie de la nature de l’homme. Une constitution est le lest qui donne de la régularité à la marche du vaisseau, qui l’aide à porter la voile; c’est encore l'ancre qui le fixe dans le port, et qui, le tenant toujours près du rivage, le met à l'abri des mouvemens irréguliers , et de la violence du vent et des tempêtes.

© La France ayant toujours été aussi peu fnvorisée du côté des institutions que l'Angleterre l'était abondamment, a dû perdre. dans les mêmes proportions que celle-ci gagnait Les deux causes produisaient cher les deux peuples les effets qu’elles devaient avoir ; ils rabatssaient Pun , ils agrandissaient l’autre, et la France, livrée à toutes les variations qui suivent de l’absence d’une constitution , disparaissait des. colonies à mesare que l'Angleterre , appuyée sur le terrain solide d’une bonne constitution, s’affercaissait dans ses conquêtes coloniales, de manière à rester maîtresse de toutes les colonies. La France, bien mieux pourvue que toutes les puissances de l’Europe, des moyens de suffire à ane grande colonisation , n’a pu se maintenic dans le haut rang qu’elle y avait obtenu,

pour avoir manqué aux principes sur leqnel : l’ordre colonial repose.

Nous wavons point parlé de lindustric et des capitaux de la France, comme cause de sa ruine aux colonies. Jamais les capitaux et lindustrie ne Jui ont manqué, ni ne lui manqueront, quand on ne leur opposera pas cet ordre de choses qui les restreint ou qui les fait fuir, qui les arrête ou qui les fait disparaître.

Lorsqu'on veut parler de puissance active en fait de colonies, comme de colonies utiles à la métropole, ce sont l’Angleterre et ses colonies qu'il faut citer; lorsqu’au contraire on veut parler de puissance inactive et nulle pour ses colonies , comme de colonies presque nulles pour la métropole, ce sont l'Espagne et ses colonies qu'il faut nommer. En effet, quel spectacle présente cette puissance sur la scène des colonies, dans les deux mondes? Encore plus misérable qu’en Europe, car Y'Espagne d'Europe est un prodige en comparaison de l’Espagne d'Amérique et d'Asie. Cet état de langueur, te marasme universel , proviennent de la disproportion de la métropole avec les co-

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lonies, de l'infériorité de sa marine, et de la nature de son gouvernement, tant en Europe qu'aux colonies,

Aucun pays n’a porté aussi loin que Pa fait l'Espagne , abus de l'étendue :coloniale. Elle n’a en Europe que vingt-cinq mille lieues carrées ; dans ses colonies elle en Rossi cinq cent mille, ou vingt fois plus sa Europe : cela dit tout.

1. Le peuple qui, en Europe, erre sur une surface presque solitaire , quoiqu’elle n'ait pas plus de deux cent quarante licues de long, et deux cents de large; le peuple qui, en Europe, voit ses villes désertes , ses ateliers abandonnés, sés campagnes sans culture ; lui demandant des bras qu’il ne peut lui fournir ; ehbiend ce peuple a eu l’audacieuse irnétipnion d’envahir, de retenir, de parsemer de sa population, des contrées dans lesquelles lui-même tout entier serait encoré, comme perdu. Il a eu l’inconsidération de charger ses enfans, déjà si rares dans l’ancien monte, de peupler à eux seuls le nouveau ; et, partageant ainsi son Sang et ses mêmbres, il n’a pu former, de parties affaiblies,

qu’un corps languissant et également sans énergie partout. Et dans quel temps encore S'Espagne s’est-elle livrée à cette désastreuse avidité? C’est après sept cents ans de guerres contre les Maures ; après leur expulsion au nombre de quetre cent vingt-neuf mille trois cents, suivant Bleda; au milieo de guerres sans cesse renaissantes ; et de possessions éparses sur toute la surface de l’Europe, sans liaisons entre elles, pas plus qu'avec PEspagne même, stériles ou onéreuses pour elle la plupart du temps, toujours mal défendues et encore plus mal administrées. L'Espagne possédait alors les Pays-Bas, la Franche-Comté, la Sardaigne, la Sicile, le Milanais, Naples et le Portugal. Une pareille domination était une cause continuelle de guerres ; la guerre était alors l'état à peu près habituel de tous les peuples ; et cette prodigieuse diffusion de puissance, en mettant PEspagne à la porte de tout le monde, devait aussi la mettre aux prises aves tout le monde. Aussi n’y a-t-il pas une seule page de l'histoire d’Espagne qui ne suit teinte de sang, pas une seule époque de ce temps malheureux qui ne soit

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