‹ Des commencements de Montréal [microforme]Chapitre 2 sur 3 · L'ABBÉ VERREAU · texte numérisé non relu

L'ABBÉ VERREAU

mis, les Iroquois. Prenant le nord du lac Huron, ils descendaient par le lac Nipissing, l'Outaouais et la rivière des Prairies. !

Suivant les circonstances, ils s’arrêtaient à son embouchure, * ou poussaient jusqu'à Trois-Rivières. Les Français qui montaient vers les contrées de l’ouest suivaient aussi le même chemin.

I suffit de parcourir les Relations — de 1633 à 1640 — pour constater ces faits. La Compagnie des Cent-Assbciés ne pouvait les ignorer,

Elle n’ignorait pas non plus que le port de Montréal était d’un accès difficile, même du côté nord-est, c'est-à-dire pour les bâtiments qui montaient de Québec, plus où moins

(=) d'autres moyens de navigation que la force des rameurs où celle du vent, L'on ne

chargés® Cet inconvénient devait paraitre très grand à une époque où l'on n'avait pas

pouvait alors soupçonner les changements que la vapeur apporterait un jour à la prospérité d'un grand nombre de villes. Ajoutez à cela les inondations qui se produiraient presque tous les printemps et quelquefois l'automne. Ceci était assez pour qu'on cherchât un endroit plus convenable afin d'y jeter les fondations d'un établissement solide. D'un autre côté, Champlain, pendant son séjour en France, de 1629 à 1633, avait dû renseigner la compagnie sur toutes les ressources du pays; il avait dû faire connaitre la nature du sol, les facilités et les inconvénients que les différents endroits présentaient soit au commerce, soit à la colonisation.‘ Il est certain que M. de Montmagny le fit après Iui.* C’est d'après ces renseignements que les associés arrêtérent leur ligne de conduite. Ils n'ont certainement pas agi en aveugles. Les endroits qui pouvaient facilement se peupler et se eultiver avec profit furent concédés en seigneuries. On réserva les postes avantageux au commerce ou nécessaires à la défense du pays ; il semble même que l’ordre des concessions se combine avec le plan de défense. Aïnsi la première seigneurie accordée par la Compagnie des Cent-Associés est celle de Beauport, * près du fort de Québec ; la seconde est celle des PP. Jésuites," à Trois-Rivières, près de l'endroit choisi pour le fort dont la construction avait été décidée dès 1634. °

Du côté de Montréal on voulait aussi élever un fort et commencer une ville: c'est de

ce côté que la compagnie accorde la troisième seigneurie, /« Citière, et celles qu'on peut

Ce nom, dans les Æeations, désigne le plus souvent la branche de l'Outaonais qui coule au nord de l'ile de Montréal; mais quelquefois il semble s'étendre encore à la rivière des Mie-Iles, où rivière Saint-Jean; quelque fois aussi, il désigne un endroit spécial, situé près de l'embouchure de cette rivière

* On se rappelle que les PP, Récollets y célébrèrent leur première messe en Canada le 24 juin 1615.

# “Les gros bâtiments marchands mouillent au pied du rapide Ste-Marie entre l’isle Ste-Hélène et la terre du “nord. Les goélettes, qui sont les bâtiments ordinaires de cette navigation, montent jusques à Montréal où il y a ‘un bon mouillage entre une petite isle et la ville. Mais ils (sie) sont quelques fois obligés d'attendre quinze jours ‘et même un mois un vent de nord-est, assez frais pour refouler ce rapide qui est plus fort que le courant du Rhone ‘ou du Rhin.”

Mémoire sur l'Amérique Septentrionale, 8e cahier. Manuscrit acheté avec d’autres papiers provenant de la bibliothèque du géographe Danville.

! Iest bien vrai que Champlain, en 1611, avait été frappé de la beauté et de la richesse de l’île de Montréal; mais les observations faites à la Place-Royale, pour s'assurer de la hauteur des inondations avaient dû le convaincre qu'il y avait 1à un obstacle très sérieux. D'ailleurs, c’est l'ile Sainte-Hélène qu’il indiquait dès lors comme l'endroit le plus convenable pour bâtir une ville.

5 Voir entre autres le titre de concession de l’île des Ruaux. Pièces et documents relatifs à la tenure seigneuriale.

6 En 1634, à Robert Giffard. ‘ Même année.

# Mercure Français, t. 19, p. 819. * Le 15 janvier 1635.

désigner dans le numéro d'ordre des concessions, ! comme la quatrième et la einquière, à savoir l'ile de Montréal et l'ile Jésus.

La Citière était simplement un petit royaume s'étendant, dans le sens de la longueur, de la rivière Naint-François à celle de Châteauguay, et, dans la profondeur, des rives du Saint-Laurent à celles de l'Atlantique: c'était la partie la plus belle et la plus fertile du pays. Cette seigneurie, avec celles de Montréal et de l'ile Jésus, dont la position est parfaitement connue, formait une espèce de ceinture où les premiers établissements auraient pu se grouper assez près les uns des autres, se protéger et être protégés par un fort élevé au centre de la courbe,

En ellet, le lieu choisi pour la ville future parait avoir été la partie de la terre fer'ne comprise entre le fleuve, la rivière de l'Assomption et l'embouchure de la rivière des Prairies.

Un fort, en cet endroit, pouvait commander la navigation du Saint-Laurent et des branches de l'Outaouais. Le besoin de protection et le motif du commerce auraient engagé les premiers colons des trois seigneuries à s'établir aussi près que possible de la ville future, par exemple aux extrémités est des deux iles, et au cap St-Michel sur la rive sud du fleuve. *

À ces considérations il faut joindre les avantages de communication et d'un accès facile pour tous les bâtiments, l'absence de ces inondations qui convraient régulièrement la Place-Royale, un port magnifique à l'abri des vents : les rivières qui venaient s'y réunir formaient les voies naturelles de communication et devaient permettre à la colonisation de s'étendre en rayonnant autour du point central, et non pas sur une simple ligne indéfiniment allongée.

Sans grands efforts d'imagination, Champlain, et, après lui, le chevalier de Montmagny purent faire comprendre à la compagnie combien ce poste serait plus utile à leur dessein que celui de Montréal.

Que ce lieu ait été choisi du temps de Champlain, et, par conséquent, d'après ses indications, le fait me parait certain.

Dans l'acte de concession de la Citière dont je viens de parler, on voit que Champlain avait dressé le plan de cette seigneurie; l'acte est du 15 janvier 1635 ; le plan à dû être fait en 1634. Il parait assez naturel que Champlain, qui observait et décrivait les lieux avec tant de soin, n'ait pas borné ses études à la cote sud du fleuve KNaint-Laurent. De plus, on lit dans l'acte de concession de l'ile €: Montréal à M. Girard de La Chaussée que “les appellations du juge du dit lieu ressortiront par devant le prévost ou baillif qui “ sera établi par la compagnie à la rivière des Prairies.” Cet acte est du 15 janvier 1656, date où l’on ne pouvait encore connaitre la mort de Champlain, et où, par conséquent,

l’on devait encore agir d'après les renseignements que ce dernier avait communiqués. *

! Les associés, qui s'étaient réunis le 15 janvier 1636, pour régler les affaires générales de la compagnie, érigèrent cinq seigneuries le même jour, deux du côté de Montréal et trois situées près de Québec.

? Cest par l'extrémité est que l'île Jésus commença à être habitée : c’est 1à que la première chapelle fut élevée, Sur la rive sud du fleuve, les premiers colons se placèrent un peu plus haut que Saint-Michel, au site enchanteur occupé aujourd’hui par le village de Varennes.

% LHlistoire de la Colonie Française, t, T, p. 349, insinue que Champlain avait des droits personnels sur l’île de Montréal, dont il semblait avoir pris possession le premier; qu’il avait dessein de s’y établir et qu’il fit même élever un commencement de bâtiment à la Place-Royale. L'auteur ajoute que la compagnie paraît avoir attendu la mort de Champlain pour concéder l’île de Montréal. Il serait bien diflicile de prouver de pareilles assertions.

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