‹ Des communautés religieuses a voeux siimplesChapitre 11 sur 64 · Si nous entrons maintenant dans le fond même de la · texte numérisé non relu

Si nous entrons maintenant dans le fond même de la

de la question , voici d’abord les raisons qui peuvent être alléguées en faveur de la supériorité à vie.

1° Lorsque le supérieur n’est nommé que pour un temps restreint, son autorité n’est pas aussi appréciée; il a moins d’ascendant sur ses inférieurs. S’il manque d’expérience, comme cela arrive d’ordinaire, il n’a pas le temps de l’acquérir; la fréquence des élections donne lieu à des intrigues, à des cabales; l’ambition est surexcitée avec grand détriment de l’humilité religieuse et de la paix si désirable, surtout dans les couvents. Les élections fréquentes causent, d’ailleurs, des déplacements , souvent des voyages très - longs et très - dispendieux , et par là même beaucoup de dissipation et de trouble.

2° Sous un supérieur temporel, la discipline monastique a plus de peine à s’établir ou à se conserver; un pareil supérieur manque plus facilement du courage nécessaire pour la repression des abus : il craint de se faire des ennemis, et d’avoir à souffrir de leur malveillance sous le supérieur qui viendra après, et qui pourrait avoir des vues tout autres que les siennes.

3° Un supérieur à vie, au contraire, est à même de devenir très-habile dans le gouvernement, l’expérience lui apprend tous les jours des moyens nouveaux plus efficaces pour obvier au mal et faire plus de bien. Il parvient a connaître bien mieux sa communauté et ses divers besoins. Il a plus de confiance et de hardiesse dans ses entreprises ; il sait qu’il aura le temps de les mener à bonne fin. Le supérieur temporel, au contraire, n’ose se hasarder dans les œuvres difficiles, surtout lorsque la réussite doit se faire attendre; il appréhende qu’elles ne soient pas goûtées par ceux qui auraient à en poursuivre l’exécution, et que, venant ainsi à échouer, elles ne causent plus de dommages peut-être que de profits à la communauté, et ne deviennent par là même un sujet de confusion pour lui, au lieu d’ètre un titre qui le recommande au bon souvenir de ses inférieurs. D’ailleurs la permanence de l’autorité dans un supérieur permet aux sujets en qui il y a de l’aptitude, de profiter de ses lumières pour se former à l’art de bien gouverner. En un mot , sous un tel supérieur l’autorité est plus forte, plus respectée, l’obéissance plus complète, le bien plus facile et plus durable *.

165. On peut opposer à ces raisons : 1° Que s’il est avantageux d’avoir en permanence un bon supérieur, il est trèsfàcheux d’en avoir à perpétuité de très - médiocres , de peu capables, quoique non absolument indignes. De pareils supé-

1 V. Aiudecta, livr. XL, col. 212, etc.

rieurs ne font pas le bien qu’il faudrait et que d’autres feraient aisément; souvent ils laissent le mal se faire : sous eux la discipline se relâche , les abus prennent le dessus , et ce qu’il y a de plus déplorable , c’est que le supérieur ne pouvant être changé, on ne peut apporter au mal les remèdes efficaces. 11 est donc fort heureux, dans ces cas, qui peuvent être assez fréquents (il est si peu d’hommes doués de ce qu’il faut pour bien administrer ! ), que la supériorité ne soit donnée que pour un temps limité; on a par là le moyen de corriger, sans trop de secousse et assez promptement, les suites funestes d’une élection qui n’aurait pas été faite avec tout le discernement désirable.

2° On peut dire encore, à l’avantage du système de supériorité temporelle, que l’espoir d’ètre réélu peut engager fortement un supérieur à temps à s’acquitter convenablement de sa charge; tandis que, s’il est à vie, l'assurance de garder le pouvoir peut l’aveugler et l’entraîner dans beaucoup d’actes regrettables et bien des abus d’autorité.

166. Après avoir pesé ces raisons et quelques autres alléguées pour et contre, Suarez semble dire que les supérieurs temporels conviennent mieux aux instituts voués à la vie contemplative; tandis que ceux qui sont destinés à la vie active, ayant besoin d’un régime plus vigoureux, sont mieux gouvernés par des supérieurs à vie qui ont plus de stabilité et d’autorité.

167. On obvierait peut-être à tous les inconvénients et on se procurerait tous les avantages en adoptant un système moyen, celui qui est admis chez les Augustiniens et aussi, croyonsnous, chez les Chartreux, où les supérieurs sont élus, à la vérité , pour exercer indéfiniment leurs fonctions , mais avec la condition, qu’à des époques réglées, tous les trois ou tous les six ans, le chapitre général sera appelé à délibérer s’il est à propos de les laisser en charge, ou de les en relever lorsqu’on trouve que leur administration n’est pas tout ce qu’elle devrait être.

168. Quoi qu’il en soit, le saint-siège n’a pris jusqu’à présent aucune détermination générale sur la question que nous venons de discuter. Assez ordinairement les communautés d’hommes ont des supérieurs à vie, même dans les congrégations à vœux simples : Clément X, dans sa bulle Ex injuncto , a voulu que le supérieur des Lazaristes fût nommé à vie; Benoît XIV, dans .sa bulle In apostolicce dignitcitis , a prescrit la même chose pour les Frères des écoles chrétiennes. Les R édempto listes ont également un supérieur à vie, ainsi que les Maristes. Dans la

congrégation du Saint-Esprit , le supérieur est nommé pour un temps indéterminé : tous les trois ans les consulteurs examinent s’il y a lieu de nommer un nouveau supérieur ; et si quatre consulteurs sont de cet avis on en réfère à la Propagande, et si cette Congrégation pense que le changement doit être opéré , on procède à une nouvelle élection.

169. Quant aux communautés de femmes, la sacrée Congrégation, au dire des Analecta ', approuve rarement que la supériorité y soit perpétuelle, parce que, dit le rédacteur de cette publication, c’est toujours une grosse affaire de confier à une femme l’autorité pour toute la vie. Nous voyons néanmoinsque ce régime a été autorisé à l’égard des dames du Sacré- Cœur, ainsi que pour les servantes de la Charité de Brescia1 2. Mais, dit Mgr Lucidi, le régime contraire a été plus fréquemment sanctionné, et avec raison, ajoute-t-il, car à l’expiration du temps déterminé pour la durée de l’exercice de la supériorité, ou la supérieure a bien administré, et, dans ce cas , rien ne s’oppose à ce qu’elle soit confirmée dans son emploi ; ou elle a mal géré les affaires , et il est facile alors de couper court au mal en la remplaçant.

170. Cette observation serait très -juste si Rome approuvait qu’on confirmât ainsi, toutes les fois qu’il y a lieu, les supérieures qui sortent de fonctions ; mais , d’après les observations faites sur plusieurs instituts par la sacrée Congrégation , relatées par Mgr Lucidi lui -même 3, il faut avoir la dispense du siège apostolique pour réélire la supérieure- quia terminé son triennat ou son sexennat. Or, selon les Analecta 4, « la sacrée Congrégation est opposée à cette faculté de confirmer la supérieure; d’ordinaire elle défend de la confirmer et n’accorde d’induit pour cela que lorsqu’il y a unanimité ou quasi - unanimité des suffrages. » Et la raison qu’en donnent les Analecta, c’est que cette faculté offre de grands inconvénients, empêchant la liberté des votes , le respect humain ne permettant pas de refuser sa voix à une supérieure qui est en charge depuis plusieurs années.

Dans cet état de choses il reste douteux encore, ce nous semble, si, même pour les communautés de femmes, la supériorité bornée à trois ou six ans est préféi'able à celle qui est à vie. Il nous semble que, même pour ces sortes de communautés, le système de supériorité pour un temps indéterminé pourrait

1 Livr. L1V , col. 2067 , etc.

2 Mgr Lucidi, De Visit. sacr. liminum, t. II, n°370.

3 Ibid., n° 374, en note.

4 Livr. L1V, col. 2067.

bien en valoir au moins un autre ; mais nous pensons aussi que, dès que les constitutions d’une communauté ont été approuvées par l’autorité compétente , les religieuses n’ont pas à examiner autre chose, et que leur devoir est de se conformer ponctuellement à ce qui est marqué dans leurs statuts.

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