‹ Des communautés religieuses a voeux siimplesChapitre 28 sur 64 · II. — Obligation du vœu de chasteté · texte numérisé non relu

II. — Obligation du vœu de chasteté

508. On sait que la chasteté est une vertu qui modère et restreint dans les bornes du devoir le penchant naturel pour les plaisirs de la chair en matière honteuse Elle s’appelle aussi continence ; on en énumère diverses espèces ou degrés : la chasteté conjugale, celle des veuves, la chasteté ordinaire ou simple continence , et la virginité. La première porte à s’abstenir de lous les plaisirs charnels, en dehors de ce qui est permis dans l’état conjugal, et à n’user même du mariage qu’avec modération. La seconde est celle qui fait prendre aux veuves, après la mort de leur époux, la résolution de garder la continence le reste de leur vie, renonçant pour l’avenir à toute autre union matrimo-

• Bouix , De Jure regular., t. II , p. 570 et 571 ; P. Gautrelet , t. II, p. 05 et 60.

2 Mgr Gousset, Morale, t. I, n°3t6.

niale. La troisième est la disposition d’une personne qui, n’ayant pas été mariée, est résolue de s’abstenir de tout plaisir impur, sans prendre néanmoins l’engagement de renoncer à un légitime mariage. La quatrième enfin est celle des per.-onnes qui, n’aiant, jamais consenti aux voluptés charnelles, sont résolues de s’en abstenir toute leur vie, et même de ne jamais se marier; c’est ce qu’il y a de plus parlait dans la pratique de la chasteté : il est de foi, on le sait, que la virginité, embrassée pour plaire à Dieu , est un état saint et préférable au mariage, bien que celui-ci soit un sacrement et que la virginité ne le soit pas '.

509. Tout le monde est obligé à la continence entendue dans le premier sens; les personnes non mariées sont tenues à la chasteté commune; la chasteté virginale et celle des veuves ne sont pas de précepte, mais seulement de conseil, lorsqu’on ne s’y est pas astreint par vœu.

5 10. On peut vouer la chasteté en tout état, et si le vœu est fait à perpétuité et d’une manière absolue, il est réservé au saintsiège. On s’y engage d’ordinaire en entrant dans les communautés religieuses , et c’est un îles trois vœux que l’on est dans l’usage d’émettre dans la profession. Ce vœu est solejinel lorsque la profession est solennelle ou qu’on s’engage dans les ordres sacrés; autrement il est simple, et pourtant réservé au saintsiège lorsqu’il a les conditions exigées pour ce cas, c’est-à dire lorsqu’il est perpétuel et exempt de toute condition. Le vœu solennel de chasteté émis en religion a la vertu d’annuler le mariage qui l’a précédé, s’il n’avait pas été consommé; il est aussi un empêchement dirimant pour le mariage que l’on tenterait ensuite , qui serait absolument nul , à moins qu’avant de le célébrer, on n’eùt obtenu du pape les dispenses nécessaires. Il n’en est pas de même du vœu simple de chasteté : soit qu’il ait été émis dans le siècle, soit qu’on le prononce en entrant en religion, il n’annule jamais le mariage antérieur; et quoiqu’il rende illicite l’union conjugale contractée sans dispense après son émission, il n’empêche pas qu’elle ne soit néanmoins valide et bien réelle.

511 . Les auteurs enseignent communément que les péchés commis contre la pureté ne souffrent pas de légèreté de matière. A moins donc que l’advertance et le consentement ne soienl qu’imparfaits, ces péchés -ont toujours mortels, même dans le cas du simple consentement volontaire à des pensées ou à des désirs impurs1 2 .

1 Concile de Trente , sess. XXIV , can. x.

2 S. Liguori, lib. III, n°415.

Outre la malice contre la belle vertu, les péchés d’impureté en ont une autre et même deux autres dans ceux qui ont fait vœu de continence; et ces malices doivent être manifestées en confession, si la condition du pénitent n’est déjà connue du confesseur. Ces péchés, dans ces personnes, sont encore contraires à la vertu de religion qui oblige à garder fidèlement les promesses qu’on a faites à Dieu. C’est, en elfet , manquer au respect qu’on lui doit, et lui faire injure, que de fausser la parole qu’on lui a donnée; cette circonstance, on le voit, ajoute au vice de l’impureté la malice de la peifidie. En outre, ceux qui ont fait ce vœu , surtout en religion , ayant par là consacré leur corps au Seigneur, en ont fuit une chose sainle, qui doit être respectée, et, par conséquent, ne pas être déshonorée par des actes honteux et avilissants , tels que le sont ceux qui portent atteinte à la pureté; cette nouvelle malice est encore opposée à la vertu de religion, mais sous un autre rapport, et s’appelle sacrilège ou profanation d’une chose sainte.

11 n’y a pas de difficulté à cet égard quand le vœu de celui qui pèche contre la pureté a été solennel; tous les auteurs s’accordent à dire que la personne qui fait ce vœu, étant réellement consacrée à Dieu, le péché d’impureté qu’elle commet est réellement la profanation d’une chose sainte et un véritable sacrilège. En est-il de même quand le vœu de chasteté n’est que simple? S’il a été émis dans le siècle , plusieurs auteurs refusent d’admettre que la violation de ce vœu soit alors un sacrilège; il n’y a, d’après eux , d’ajouté au péché d’impureté , dans ce cas , que la malice de perfidie ou d’infidélité à tenir la promesse faite à Dieu ; saint Liguori est d’un autre avis, et croit plus probable, d’accord avec les Docteurs de Salamanque, qu’il y a alors encore sacrilège1. Il cite saint Thomas 2; mais le Docteur angélique, dans l’endroit indiqué , ne parait parler que des vierges consacrées au Seigneur par le vœu solennel. — Quoi qu’il en soit, comme on se consacre à Dieu, même par le vœu simple de religion, et qu’on devient vraiment religieux à ses yeux, quoiqu’on ne soit pas réputé tel devant l’Église, lorsque le vœu de chasteté est émis en entrant dans une communauté religieuse, le péché d’impureté commis par celui qui a fait ce vœu peut, à bon droit, ce semble, être regardé comme la profanation d’une chose sainte, et par conséquent comme sacrilège.

512. Les deux malices dont nous venons de parler, jointes à celle qui est contre la pureté dans les personnes qui ont fait vœu

1 Lib. III , n° 4 1.

2 2. 2, q. 99, arfc. 3 , ad 3.

de continence , et qui ont le malheur d’enfreindre ce vœu , sont graves toutes les fois que la malice contre la pureté a ce caractère; elles ne peuvent, comme celle-ci , devenir légères que par défaut d’advertanc.e ou de libre consentement. — De plus, il est très- probable , d’après saint Liguori ', qu’il y a, en outre, péché contre le bien commun, s’il y a danger que la religion soit déshonorée par le crime du religieux qui en est membre.

513. On comprend, du reste, que, quoique celui qui n’a émis que le vœu simple de chasteté, ne pèche pas contre celte vertu en se mariant et en usant du mariage , puisque la vertu de chasteté ne défend pas ces choses, néanmoins il pèche grièvement contre la vertu de religion des deux autres manières, puisque la vertu de religion l’oblige de tenir la promesse qu’il a faite à Dieu, et de ne pas profaner ce qui lui a été consacré.

514. Si tout le monde est obligé de veiller soigneusement pour se conserver pur et chaste, chacun selon sa condition, combien plus sont tenus à prendre ces précautions ceux qui sont astreints par vœu à garder la continence, surtout lorsqu’ils le sont par la profession religieuse. Les moyens à prendre pour cela sont la fidélité à la grâce, la vigilance sur son imagination et sur ses sens'-, le recours assidu à la prière, la dévotion à Marie, la promptitude à repousser les tentations dès le principe, principiis obsta , la fréquentation des sacrements, l’éloignement du monde et des assemblées mondaines, le soin scrupuleux d’éviter les lectures dangereuses, l’abstention des amitiés particulières, et, pour les religieuses, la fidélité à la clôture, et l’attention à ne pas entretenir de correspondance à l’insu des supérieurs. Nous parlerons ailleurs de ces deux derniers points.

515. Disons quelques mots sur les amitiés particulières. Ces amitiés, au dire des maîtres experts dans les voies spirituelles, sont la perte des communautés. D’après saint Basile 1 2 3 , elles sont « une perpétuelle semence d’envies, de soupçons, de défiances et d’inimitiés...; elles donnent lieu à des divisions, à des cabales et à des assemblées secrètes qui sont la perte et la ruine de la religion... On y médit les uns des autres..., on n’y épargne pas môme son supérieur... Enfin ces sortes d’amitiés sont cause que l’on viole beaucoup de règles, et que souvent, pour suivre les mouvements de son ami, on fait plusieurs choses contre son

1 Lib. IV, iv> 37.

2 Un peut voir, dans le eh. xn des Règles de la Visitation , quelle importance saint François de Sales attache à ce que ses filles n'arrôtent pas même la vue sur les personnes du sexe , à cause du péril auquel elles pourraient exposer leur pureté.

3 V. Perfection chrétienne de Rodriguez , lrc partie , 4« traité, ch xvm.

devoir. » D’après le même Père , «. quelque saintes que ces liaisons paraissent, une union si étroite avec. les. uns est une séparation formelle d’avec les autres..., et celui qui aime plus un de ses frères marque clairement, par cela seul, qu’il n’aime pas les autres parfaitement , et par conséquent... (les) ollense et... fait injure à toute la communauté. »

Ces funestes résultats des amitiés particulières ne sont pas les seids : elles créent très-souvent «les dangers très-réels pour la conservation de la pureté , par la raison que souvent elles ne sont établies que sur la chair et le sang; presque toujours au moins elles aboutissent à cela, quand même elles auraient eu d’abord un autre principe; et de ceux qui, sous prétexte de spiritualité , s’engagent dans ces sortes d’amitiés , ou peut dire ce que l’Apôtre disait des G a laies 1 : Apres avoir commencé par l'esprit, ils finissent par la chair.

510. Les religieuses chargées de l’éducation de la jeunesse ont à sc prémunir d’une manière particulière contre ces sortes d’attaches à l’égard de leurs élèves; autrement elles exposent leur vertu et sont souvent un Sujet de scandale pour les enfants qui leur sont confiées: si elles n’y veillent attentivement, il se forme souvent entre «files des liaisons toutes sensuelles, qui se répandent en démonstrations qui sont loin d’être aussi pures qu’elles devraient l’être, et on se fait à cet égard les illusions les plus étranges. Que ces saintes fîmes sachent donc que, bien que les baisers, les embrassements, les serrements de mains et autres témoignages d’amitié ne soient pas des fautes, lorsqu’ils ont lieu dans les circonstances où il y a motif de sc donner ces marques de bienveillance, surtout si en les refusant on manquait à l’urbanité et aux usages légitimement observés, néanmoins, même alors, ils sont réputés fautes s’ils sont pratiqués pour se satisfaire : embrasser les enfants même très-jeunes, dit saint Liguori, est une faute vénielle , quand même on ne le ferait que pour contenter les sens, sans aller jusqu’à la délectation impure ; mais se permettre ces démonstrations par affection charnelle, avec ardeur, insistance, d’une manière passionnée, c’est, au témoignage du même saint, une faute grave2; et l’Eglise a confirmé cette manière de voir, en condamnant la proposition suivante 3 : « On peut regarder comme probable l’opinion qui

1 Epist. ad Galatas, c. ni, v. 3.

2 Lib. III , n» 417.

Est probabilis opinio qnæ dieit esse tantum veniale osculum luibitum ob deleetalionern carnalem et sensibilem quæ ex oseulo oritur, seeluso perieulo ulterioris consensus et pollutionis. ( 40p prop. condamnée par Alex. VII.)

affirme qu’il n’y a que péché véniel à donner un baiser à cause de la délectation charnelle et sensible qui en résulte , pourvu qu’il n’y ait pas de danger de consentir à ce qui peut aller au delà , ou que la pollution ne doive pas s’ensuivre. » Il n’est donc pas permis de se croire exempt de faute grave dans le cas dont nous parlons; et la raison en est que, d’après l’enseignement commun, il n’y a pas , lorsqu’il s’agit de fautes commises contre la pureté, légèreté de matière, même dans les pensées, à plus forte raison dans les actes. Toutefois, lorsqu’on ne se donne ces marques d’amitié que dans les cas où l’urbanité l’exige et avec des intentions droites, on n’est pas coupable, quand même il s’élèverait certaines impressions désordonnées, même charnelles, pourvu qu’on soit prompt à les condamner et qu’on n’y consente en aucune manière 1 .

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