CHAPITRE IV
Anatomie pathologique et bactériologie.
- On peut diviser l’étude de l’anatomie pathologique du rhumatisme scarlatineux en deux périodes. Dans la première période pré-microbienne, on étudie l'anatomie pathologique proprement dite; les lésions de la synoviale, des cartilages, et des tissus péri-articulaires. Dans la seconde, laissant au deuxième plan ces lésions, on s’occupe surtout de l'examen bactériologique du pus et du sang, soit par l'examen microscopique direct, soit mieux par des cultures et des inoculations.
Les lésions anatomo-pathologiques des articulations atteintes, varient suivant que le liquide épanché est séreux ou purulent. Les lésions de l’arthrite séreuse aiguë sont celles de toutes les arthrites spontanées ou traumatiques. La synoviale a perdu son aspect lisse et brillant, elle est injectée, les capillaires s'y dessinent en anses visibles ; cette injection est surtout accusée au niveau des replis et des franges synoviales qui sont augmentées de volume et forment comme un repli chémosique autour du cartilage. Le cartilage lui-même est altéré, il a perdu sa teinte bleuàtre, son aspect brillant, il est jaune, présente par place des ilots ramollis, peut se fendiller, offrir des fissures, et prendre l'aspect pseudo-velvétique. Au microscope, en dehors de la dilatation capillaire, de la diapédèse des globules
RQ blancs, on observe une prolifération des cellules des franges synoviales. Il y a de même une prolifération des cellules du cartilage avec segmentation de la substance fondamentale comprise entre les cellules primitives. Ces lésions sont toujours légères et l’on observe pas dans le rhumatisme scarlatineux cette prolifération exagérée des cellules qui se produit si rapidement dans les arthrites plastiques et ankylosantes. Le liquide épanché en quantité variable est séreux, filant, visqueux et contient parfois en suspension des flocons fibrineux. Les lésions péri-articulaires sont toujours très légères; un peu d'infiltration du tissu cellulaire péri-articulaire, de l’œdème et de la congestion de la peau ; peu de chose du côté des parties fibreuses : le rhumatisme scarlatineux étant surtout intra-articulaire.
Dans l’arthrite suppurée les lésions sont autrement im- - portantes. La synoviale est injectée ; épaissie ; elle peut présenter ça et là des ulcérations, en d’autres points où au contraire on observe des productions villeuses de formes variables simulant parfois de véritables végétations. Ces végétations sont formées par des cellules proliférantes, parfois en vue de dégénérescence, de la fibrine coagulée et contiennent presque toujours des colonies microbiennes. Des anses capillaires de nouvelle formation viennent les irriguer. Ces lésions sont surtout accusées au niveau des franges synoviales. Le cartilage est terne, ramolli par places, ulcéré; en certains points on observe de véritables puits produits par la disparition des cellules qui se sont vidées dans l’article ; en d’autres points de véritables bourgeons. La vascularisation est bien entendu très intense, et tous les tissus intra-articulaires offrent un aspect rougei-
tre. L'article est rempli d’un pus plus ou moins abondant, plus ou moins concret, ou de sérosité louche, rougeûtre, .dans laquelle nagent des flocons fibrineux ou des grumeaux purulents.
Les lésions péri-articulaires sont variables suivant la durée de l’arthrite. Si la mort est survenue rapidement les tissus sont peu altérés : œdème de la peau et du tissu cellulaire, inflammation des gaines tendineuses voisines. Si la maladiea duré longtemps, s’il n’y a pas eud’intervention, on observe une atrophie musculaire considérable, les gaines tendineuses sont le siège d’une inflammation vive purulente ou non, la peau sera infiltrée, œdémateuse. Enfin surtout chez les enfants, on pourra observer de graves lésions du côté des os : Le cartilage épiphysaire aura été perforé, ou détruit; l’'épiphyse enflammée sera le siège d’une infiltration purulente, et pourra être détachée de la diaphyse. Parfois même des fusées purulentes auront perforé la capsule fibreuse et produit dans les muscles voisins des délabrements plus ou moins considérables.
l'elles sont les lésions décrites par les anciens auteurs dans les arthrites scarlatineuses ; les auteurs modernes ont négligé un peu cette étude pour s'occuper surtout des recherches bactériologiques.
Dès le début, pensant que le rhumatisme était une manifestation de l'infection scarlatineuse ; on a cherché dans le pus ou la sérosité articulaire l'agent pathogène de la scarlatine. Ces recherches n'ont pas abouti ; le microbe de la scarlatine reste encore inconnu.
Nous croyons bon de faire brièvement ici l'historique de ces recherches.
PR
Les premières recherches faites sur le sang des scarlatineux par Hallier (1869), Coze et Feltz (1872); Riess (1872), Klebs (1876) donnèrent lieu à la découverte et à la description de bätonnets et de microbes tels que le bactérium termo, et la tilletia scarlatinosa. Mais l'insuffisance de la méthode et de la technique ne permettent pas d'accorder quelque valeur à ces découvertes. | | ARE
En 1887, Edington procéda avec une méthode meilleure et plus sûre. Il recherche le microbe pathogène danslesang et dans les squames en prenant toutes les précautions nécessaires pour empêcher l’apport sur la peau de micro-organismes étrangers. Le sujet est baigné dès le 2° jour, puis frotté avec une pommade phéniquée jusqu'au 18°. À ce moment on entoure la jambe d’une épaisse couche d’ouate stérilisée que l’on laisse en place jusqu’au 30° jour ; époque à laquelle on essaie les cultures. Elles réussirent deux fois sur sept. Edington trouva huit micro-organismes différents. 11 en retient deux qui pour lui seraient pathogènes. Le diplococcus sanguinis scarlatin®, et le baccillus scarlatinæ.
Malheureusement peu à près Smith montra que les squames d’une dermite quelconque donnent naissance à des colonies identiques à celles décrites par Edington.
La commission nommée par la Société de médecine d'Edimbourg pour vérifier les découvertes d'Edington ne trouva pas constamment le micro-organisme soi-disant pathogène ; et Duclaux a bien montré combien les précautions d'Edington étaient insuffisantes pour aseptiser là peau des scarlatineux en expérience.
Au moment de l’épidémie de la ferme de Hendon, Klein isola dans le pus du pis des vaches malades des micro: