DIVISION DU SUJET
L'organisme humain peut être comparé à une machine, dont les rouages sont si admirablement agencés, qu'aucun d'eux ne peut être atteint, même légèrement, sans que les autres ne présentent une altération consécutive. Nos organes sont unis d’une manière si intime, que rien de ce qui touche à l’un ne peut être indifférent aux autres.
Le système nerveux tout entier, cérébro-spinal et ganglionnaire, le cercle artérioso-veineux, les lymphatiques même sont, entre les différents appareils qui composent notre être, autant de traits d'union dont la puissance n’a d’égale que la sensibilité.
Aussi, que le système sanguin soit atteint sur un point quelconque de son circuit, immédiatement nous découvrons des altérations dans tout le reste de l'arbre circulatoire. Ces
troubles ont donné lieu à une série d’études du plus haut intérêt, dont le résultat est aujourd’hui acquis et définitivement accepté par la science.
Du côté du système nerveux, les faits sont encore plus nombreux, et les recherches sur les différents réflexes, bien que nous ayant déjà beaucoup appris sur certains phénomènes inexplicables jusqu'alors, nous promettent bien plus encore pour l’avenir. |
L'’intestin, avec sa constitution si délicate, son enveloppe séreuse, si facile à s’enflammer, ses vaisseaux sanguins, ses lymphatiques, son réseau nerveux si riche, doit plus que tout autre avoir une grande influence sur le fonctionnement intégral des autres organes. Il suffit de jeter un coup-d’œil sur l'intestin d’un chien, auquel pendant la période digestive on pratique la laporotomie, pour être surpris de sa vascularisation extrême. Il suffit de constater les nombreux réflexes excités par le moindre attouchement pour être convaincu qu’au libre fonctionnement de cet organe, se rattache toute une série de phénomènes consécutifs.
Aussi, devrons-nous nous attendre à trouver les lésions de cet appareil produire dans les autres organes des troubles concomitants.
Nous ne pourrons envisager toutes les lésions de l’intestin, ni toutes les conséquences qui en dérivent; mais il en est une sur laquelle notre attention a été appelée dans nos services de chirurgie, c'est l’étranglement herniaire et le retentissement profond qu’il a sur le parenchyme pulmonaire.
Le grand nom de Verneuil se présente immédiatement comme celui du promoteur et du défenseur de :cette idée fondamentale: que la congestion pulmonaire joue un rôle considérable dans les cas de mort inexpliquée à la suite d’étranglement herniaire.
Certes, comme l’a dit M. Berger (1'),« ce sujet ne présente plus l’attrait de la nouveauté », mais tout n’a pas encore été dit sur lui, et bien des lacunes se trouvent dans les thèses, pourtant très riches en documents importants, de MM. Ledoux (Paris 1873) (2) et Mullois (1881) (3), tous deux élèves distingués de M. Verneuil.
Dans ces deux dissertations, c’est la congestion pulmonaire qui est en jeu (je ne parle pas de la congestion rénale qui ne nous occupera pas et qui nous semble devoir être reléguée à un plan inférieur) (4). Mais aucun de ces auteurs n’a signalé de forme plus avancée de la lésion broncho-pulmonaire, aucun n a signalé ce que nous avons trouvé quelquefois, la pneumonie pseudo-lobaire, et peut-être même lobaire consécutive.
Nous avons été assez heureux pour recueillir quelques observations de ces formes plus avancées de la lésion pulmonaire consécutive. Cette étude absolument clinique constituera la première partie de notre travail.
Dans la seconde, purement expérimentale, nous examinerons les deux points suivants :
1° Y a-t-il constamment dans l’étranglement herniaire un retentissement sur le système pulmonaire ? A ceci nous pourrons répondre franchement, et pièces en main par l’affir- - mative.
2° Est-ce bien une manifestation réflexe occasionnée par
(1) Berger, Bulletins et Mémoires de la Société de Chirurgie, 25 juillet 1877.
(2) Ledoux, De la congestion pulmonaire comme complication de l’étranglement herniaire. Paris, 1873.
(3) Mullois, Contribution à l'étude de la congestion pulmonaire et rénale dans l'étranglement herniaire avec algidilé. Paris, 1881. :
(4) N. B.— Dans les autopsies d'animaux porteurs d’étranglement herniaire, nous avons toujours trouvé de la congestion pulmonaire et bien rarement une simple augmentation de la vascularisalion rénale.
Le) Te l’excitatiou produite sur les filets sympathiques de l'intestin par l’étranglement ? Sur quelle partie du système nerveux se produit cette excitation et quel estson agent de transmission? Autant de questions de pathogénie très intéressantes que nous chercherons à résoudre. :
Ces deux points constituent la seconde partie de ce travail, partie toute expérimentale et appuyée sur un assez grand nombre d'expériences physiologiques.
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