QUELQUES MOTS SUR LA BRONCHO-PNEUMONIE
Avant de nous engager davantage dans ce sujet, il est bon de jeter un coup-d’œil sur cette affection bizarre, aux formes si variées que nous allons trouver à chaque pas, à mesure que nous avancerons dans notre travail, sur la broncho-pneumonie. Ce rapide exposé de ses différentes formes et de leur anatomie pathologique nous évitera des redites et des développements, qui pourraient plus tard nuire à la clarté du sujet.
Le nom même de la maladie indique suffisamment que dans ces cas pathologiques, toutes les parties constituantes du poumon sont en jeu: les bronches grosses, moyennes et petites, le lobule, l’espace péri-lobulaire.
Afin d’être aussi rapide que possible dans cet exposé, qui ne doit pas occuper une trop large place dans notre travail, nous allons emprunter à l’excellente thèse de M. Joffroy le tableau de la classification des formes de la broncho-pneu- monie, et nous donnerons ensuite quelques détails cliniques et anatomo-pathologiques sur celles que nous serons appelés à rencontrer.
Ces préliminaires, nous le répétons, sont en grande partie appuyés sur le travail de M. Joffroy.
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1° De‘la Spléno-Pneumonie.
La spléno-pneumonie est la forme que nous allons rencontrer le plus souvent; l’aspect macroscopique du poumon dans cette affection est le suivant, d’après Louis (1): «la partie splénisée qui aperdu la souplesse-propre au tissu pulmonaire est lourdeet gagne directement le fond del’ean (2). Alors elle est entièrement privée d’air; et si l’on y pratique des incisions, le tissu divisé se couvre d’une lame de liquide rouge épais, sans la moindre bulle d’air. On n’y découvre point l’aspect grenu.... Le parenchyme dans la plupart des cas est plus résistant qu'à l’état normal, et l’on n’y enfonce les doigts qu'avec beaucoup de difficulté.»
La pression du doigt amène un liquide séro-sanguin et du muco-pus, provenant des canaux bronchiques. Ce qui différencie. cette lésion de l’hépatisation, c’est que le tissu est humide, æœdématié; sa rougeur est plus foncée, sa pesanteur spécifique est moindre, la coupe est lisse, marbrée de nuances sombres, rouges ou violacées.
Microscopiquement: tantôt les noyaux de broncho-pneumonie, formés d’un système bronchique central et entouré: d’aréoles purulentes, et les lésions de la splénisation sont indépendantes ; tantôt au contraire ils sont rattachés l’un à l’autre. Mais la caractéristique de cette forme de la lésion broncho-pulmonaire, c’est l’état de l’épithélium. Les cellules épithéliales de l’alvéole normalement aplaties et difficiles
(1) Louis, Recherches anatom., patholog. et thérap. sur la fièvre typhoïde, 2° édition Pen 320:
(2) N. B. Malgré l’assertion de M. Louis, le tissu splénisé ne gagne généralement pas le fond de l'eau; ce résultat ne s'obtient qu’en cerlains points, qui présentent non plus de la spléuisation, mais bien de l’hépatisation.
à distinguer, sont gonflées de formes différentes tombées au centre de l’alvéole ou prêtes à se détacher de la paroï; leur noyau est segmenté en deux, quelquefois en plusieurs parties. Au centre près de la bronche, des leucocytes en grand nombre; des globules rouges plus rares sont groupés par places; quelques-uns de ces globules sont répandus dans le tissu conjonctif péri-lobulaire.
Cette description de la lésion, bien qu’absolument classique, n’est que la reproduction de ce que nous a constamment donné l’expérimentation sur les animaux, et c’est en nous guidant simplement sur la coupe du poumon de lapin (expérience F) que nous l'avons faite. Nous trouverons, quand nous rapporterons cette observation, tous les caractères précités.
Cette lésion est, d’après M. Joffroy, le passage à l’atélectasie, au retour de l’épithélium vers l’état fœtal avec des phénomènes d’ordre inverse à ceux qui se sont présentés pour le passage de l’état fœtal à l’état normal. Nous n’ignorons pas que pour MM. Grancher et Balzer, il n’en est pas ainsi, mais il serait hors de propos ici de discuter chaque théorie, nous nous sommes bornés à présenter celle qui nous paraissait la plus acceptable.
Cliniquement, le début est insidieux, il est bien difficile de le préciser. Quelquefois la température et la fréquence des inspirations attirent seules l’attention du médecin; la percussion donne peu de renseignements, parfois un peu de submatité. Les crachats, au début, sont quelquefois sanglants, pour jaunir et blanchir rapidement. L’auscultation donne du souffle doux, des râles fins, puis plus tard beauconp plus gros, qui disparaissent ensuite.
Le propre de cette affection est son instabilité : changement rapide de caractère, changement de localisation, telles sont ses habitudes.