La juxtaposition des couleurs
Nous avons vu que des rayons divers émanant directement ou indirectement d’un même point confondent leurs couleurs en une seule et par suite donnent lieu à une impression continue. Nous devons maintenant examiner le cas des couleurs juxtaposées qui ne se fusionnent pas, et rechercher les effets esthétiques qu’elles peuvent produire. Nous ne devons pas nous attendre à trouver en cela des règles
d’une précision comparable à celles que lon rencontre en musique. Cependant nous allons recon-
naître que les couleurs dont le rapprochement est satisfaisant sont celles qui, d’une façon ou d’une
autre, présentent une parenté basée sur une impression commune.
Juxtaposition des nuances de même ton.
a) Les teintes de même ton et de même saturation, ne différant par conséquent que par l’intensité, vont en général bien les unes avec les autres.
Ce cas se présente constamment et tout naturellement lorsqu'on considère un objet quelconque d’une couleur homogène, mais dans laquelle les variations d’éclairement produisent des variations d'intensité.
Prenons par exemple un vase de porcelaine d’une teinte uniforme; exposons-le à une vive lumière : les parties les plus éclairées auront une intensité de couleur beaucoup plus grande que celles qui sont dans le clair-obscur ou dans l’ombre complète. L’impression est satisfaisante, parce que toutes les teintes, plus ou moins rabattues, sont reliées par le ton et la saturation qu’elles ont en commun. I} en est de même d’une étoffe de couleur unie dont les plis se manifestent par une simple variation d'intensité lumineuse. |
A l'accord de ces différentes nuances s'ajoute, le plus souvent, un effet de continuité. Lorsque les différentes parties de l’objet considéré sont arrondies et ne forment pas des angles vifs, la variation de teinte du clair au foncé s'effectue par une gradation insensible : d’un point au point voisin Pimpression diffère aussi peu que possible.
L’élégance d’une toilette de femme complètement assortie, les effets satisfaisants de luniformité de teintes dans les tentures et les matériaux de construclion, s'expliquent aisément par ces caractères.
Les différences d'intensité, sans changement de ton ou de saturation, qui se réalisent naturellement par des variations d’éclairement, comme nous venons de le voir, peuvent aussi se produire artificiellement. Dans les étolfes, on a fréquemment des dessins d’une teinte déterminée se détachant sur un fond de même couleur plus ou moins rabatiue. Ou bien un meuble, un costume est formé d’éloffes de teintes pareilles, velours et satin par exemple, "où, à part quelques différences de saturation, l'œil retrouve un élément identique el commun.
Le noir étant la limite vers laquelle tendent toutes les couleurs de plus en plus rabattues, appartient pour ainsi dire à tous les tons; et, de fail, la juxtaposition du noir et d’une couleur quelconque est satisfaisante : l'œil reconnait, par habitude ou par comparaison directe, que toutes Îles parties d’un corps qui sont complètement dans l'ombre produisent l'impression du noir.
Si les diverses parties d’un même objet, d'une étofle, par exemple, présentent plus de deux teintes de même ton et de même’saturation et ne différant que par lintensité, leur gradation régulière peut souvent déterminer un effet agréable.
b) Les couleurs de même ton, mais à des degrés divers de saturation, vont habituellement bien ensemble. Une foule d’étoffes, de tapisseries réalisent
cette condition. Dans les parties polies d’un corps coloré, la saturation est plus grande que dans les parties non polies, qui diffusent la lumière blanche en plus forte proportion : par suite, l'effet de dessins polis sur fond mat:est satisfaisant, car le lon reste constant et établit une relation commune. Il en est de même de diverses essences de bois dont les veines ont le même ton plus ou moins clair et lavé de blanc.
Les gradations insensibles dans la saturation plaisent aussi par leur continuité, et, à défaut d’une continuité complète à cet égard, des degrés décroissant régulièrement sont fréquemment employés.
Comme le noir, le blanc va bien avec loutes les couleurs, ce que lon peul expliquer parce que Île blanc est la limite vers laquelle elles tendent toutes lorsque la saturation diminue. Toutefois le blanc juxlaposé à une couleur intense et très saturée a souvent quelque chose de dur; la différence est trop complète pour que Île lien reste bien établi. Nous allons d’ailleurs être appelés, dans le paragraphe suivant, à nous occuper de la question importante des contrastes.
Juxlaposition d's couleurs de tons différents.
Classement des couleurs. — Si l’on range toutes les couleurs par gradations insensibles de tons, on ohlient la série de toutes les nuances du spectre, du rouge au violet en passant par le jaune et le vert,
puis la série moins longue du violet au rouge en passant par le pourpre.
Disposons ces couleurs sur un cercle, comme Vont fait Newton et, après lui, beaucoup d’autres, parmi lesquels on doit citer Chevreul. A la circonférence nous placerons les couleurs pures, c’està-dire telles qu’elles nous apparaissent dans le spectre solaire, nous rappelant toutefois que ce degré de pureté, le plus élevé que nous puissions atteindre, n’est cependant pas la saluration absolue, Puis les mélanges de ces couleurs pures avec le blanc seront placés dans les parties intérieures du cercle, et d’antant plus rapprochés du centre qu'ils contiennent plus de blanc, le centre lui-même étant blanc pur. Sur un même rayon du cercle nous aurons donc tous les degrés de saturation d’un même ton.
Nous avons dit que le mélange de certaines couleurs simples prises deux à deux, telles que le jaune et l’outremer (indigo), le Fig. 27 rouge et le bleu-vert, produit l'impression du
blanc; ce sont des couleurs complémentaires.
Nous aurons soin de placer ces couleurs coinplémentaires aux deux extrémités d’un même diamètre de notre cercle chromatique, de façon
qu’elles soient toujours opposées l’une à l'autre (fig. 27).
Ce cercle ainsi construit nous donnera une carte où seront représentées, pour un certain degré d'intensité lumineuse, toutes les couleurs différant par le ton et la saturation. |
Pour d’autres degrés d'intensité lumineuse, c’està-dire pour des couleurs plus vives ou plus rabattues, 11 faudrait construire une série d’autres cercles chromatiques plus clairs ou plus foncés.
Ce classement des couleurs effectué, recherchons celles qui vont bien ou mal ensemble, lorsqu'on les juxtapose; il va sans dire que ces relations devront se rapporter à la couleur seule, en éliminant autant que possible l'influence de la forme ou du dessin.
Couleurs analoques. — Deux couleurs situées lune à côté de l’autre, c’est-à-dire sur deux rayons très voisins du cercle chromatique, produisent sur notre œil des impressions très analogues. Par suite, leur juxtaposition n’a habituellement rien de choquant; l'effet produit est à peu près le même que celui de l'association d’une couleur un peu plus claire à la même couleur un peu plus foncée.
Lorsque le passage d’une couleur à l’autre s’effeclue par degrés insensibles, l'impression est salisfaisante par sa continuité, pourvu que la transition ne soit pas trop rapide. C’est ainsi qu’au soleil couchant la teinte du ciel, passant du bleu à l’orangé, produit un effet d’une grande beauté. De même le spectre solaire nous présente toute la série des couleurs saturées sans qu'aucune d'elles semble déplacée.
Nous pouvons donc admettre que généralement
les tons rapprochés produisent une impression esthétique par leur juxtaposition; c’est ce que Chevreul appelle une harmonie d’analogue‘.
Contraste des couleurs. — Nous devons maintenant nous occuper des effets de contrasle qui se manifestent dans la juxtaposition des couleurs, ce mot de contraste étant pris dans un sens un peu différent de celui du langage habituel. En effet, il ne s’agit pas seulement ici d'une différence plus ou moins vive d'impression, mais d’un phénomène physiologique, désigné autrefois sous la dénomination de couleurs accidentelles, que Chevreul et M. Brücke ont étudié d’une manière très complète.
Chevreul distingue le contraste successif des couleurs et le contraste simultané.
Voyons d’abord en quoi consiste le contraste successif des couleurs. Sur une feuille de papier blanc fortement éclairée plaçons un morceau de papier coloré de forme quelconque, ronde par exemple. Fixons notre regard sur une petite croix tracée sur le papier blanc tout au bord du rond de papier coloré. Au bout de quelques instants, sans détourner notre regard de la petite croix servant de repère, enlevons le papier coloré au moyen d’un fil qui lui est attaché. Nous verrons, à la place du rond enlevé, une lache de même forme et de même grandeur, colorée dans le ton de la couleur complémentaire :
1 L'effet satisfaisant de Ja juxtaposition de couleurs de même ton, dont nous avons parlé plus haut, doit aussi être classé dans les harmonies d'analogue.
si le rond était formé de papier d’un rouge saturé, la tache ou image sera bleu-vert mélangé de blanc; le jaune donnera du bleu clair par contraste successif; le vert du pourpre, elc.
Si le fond. au lieu d’être blanc, est formé de papier noir, les mêmes phénomènes se produisent, seulement l’image sera de la teinte complémentaire rabattue, et non pas lavée de blanc, comme dans le cas précédent.
Si le fond est coloré, jaune par exemple, un rond de papier rouge donnera lieu à une image dont Îa couleur est la résultante du vert-bleu, complémentaire du rouge. et du Jaune, Leinte du fond : ce sera donc un vert-jaune non saturé.
Sur un fond gris. c’est-à-dire sur un blanc peu lumineux, un rond de papier noir donnera par contraste successif une image blanche, c’est-à-dire plus claire que le fond; et inversement un rond de papier blanc produil une tache grise plus foncée que le fond. En effet, le blanc et le noir peuvent être considérés comme complémentaires. leur réunion formant un gris ou blanc peu lumineux.
Au bout de quelques instants, lorsque l'œil s’est reposé, ces effets de contraste successif disparaissent. On peut les expliquer par une faligue des nerfs de l'œil. Ainsi, en regardant un papier rouge sur fond blanc, les nerfs du rouge se fatiguent, l’impression du rouge, qui était d’abord très vive, s’atténue jusqu’à un certain point; puis, lorsqu'on enlève le papier rouge, la rétine est frappée par des rayons blancs qui, sur l'œil reposé, produiraient une égale
excilation des trois catégories de nerfs, mais qui, agissant sur l'organe fatigué et moins sensible au rouge, déterminent une impression prépondérante des nerfs du vert et du violet, en sorte que c’est le ton de la couleur complémentaire du rouge qui apparail.
Passons maintenant au contraste ssmullané. Reprenons nolre rond de papier rouge placé sur fond blanc. Fixons avec soin notre regard sur le centre marqué d’une petite croix comme point de repère. Nous voyons autour du cercle rouge une auréole colorée de la teinte complémentaire, soit un bleuvert lavé de blanc. Avec un rond de papier jaune, on aura une auréole bleuâtre; avec un rond noir, une auréole blanche plus claire que le fond. Sur fond noir, les auréoles seront encore de la couleur complémentaire, mais rabattue. Bref! le contraste simultané consiste en ce que, lorsque deux surfaces adjacentes sont diversement colorées, chacune d’elles, dans la partie voisine de la ligne de contact, nous paraît teintée de la couleur complémentaire de celle de. l'autre surface. Les teintes du contraste simultané sont donc les mêmes que celles du contraste successif.
Habituellement les effets de contraste successif et de contraste simultané se réunissent l'un à l’autre. Lorsque nous envisageons un objet, tel que le rond de papier coloré sur fond blanc, nous ne nous attachons pas en général à fixer la direction de l'œil sur un point déterminé : le regard se déplace et se promène sur les différentes parties de lobjet. Or, si
pendant un moment nous avons fixé notre attention sur le centre du rond, par exemple, et si nous portons ensuite le regard sur le bord, nous verrons se produire l’image de couleur complémentaire due au contraste successif, image qui débordera sur le fond. Le même ellet se reproduit à chaque déplacement de l'œil et, comme la mobilité de cet organe est très grande. le résultat sera la formation, autour du fond coloré, d’une auréole complémentaire, irrégulière et chatoyante, parce qu'elle se modifie à chaque instant. Cette auréole se superposera à celle qui est due au contraste simultané; 11 y aura contraste mixte.
Juxtaposihion des couleurs complémentaires. — I résulte de ce qui précède que. toutes les fois que nous envisageons un objet coloré se détachant sur un fond blanc, gris ou noir, nous voyons simultanément ou successivement se développer la couleur de contraste, soit une couleur de ton complémentaire de celui de objet considéré. Il y a donc une association naturelle, une parenté entre ces deux tons, et l'œil, en voyant deux couleurs complémentaires Juxtaposées, éprouve une impression généralement agréable, parce qu’il reconnaît cette parenté, il retrouve avec une plus grande énergie une impression qui lui est familière.
Cet effet satisfaisant des couleurs complémentaires ou à peu près complémentaires à été très universellement reconnu. Chevreul le désigne sous la dénomination d'harmonie de contraste.
La parenté dont nous venons de parler n’est pas d’ailleurs la seule raison de cet accord des couleurs complémentaires; les autres effets du contraste y contribuent, comme nous allons le voir.
Lorsque deux couleurs complémentaires sont juxtaposées, le contraste a pour effet d’en augmenter la saturalion et l'éclat. Supposons, en effet, un fond d’une couleur saturée, bleu d’outremer par exemple, en regardant cette surface l'œil se fatigue, et la teinte pure qu'il avait observée au premier instant se ternit et perd de son éclat apparent. Sur ce fond plaçons maintenant une surface jaune saturée : immédiatement le bleu contigu reprendra de la vivacité, parce que la couleur complémentaire du jaune que développe le contraste, c’est-à-dire le bleu, s’ajoutera à l'impression du bleu naturellement existante. De même le jaune paraîtra plus saturé qu’il ne l’est réellement, parce qu'il s’y ajoutera du jaune par contraste avec le fond. Les couleurs pures paraîtront ainsi sursalurées, et les couleurs pâles plus saturées qu'elles ne le sont de fait. Remarquons que l'œil, en se portant alternativement d’une couleur à l’autre, se reposera d’une sensation par la sensation opposée, et que l’organe éprouvera ainsi des impressions très vives, sans se fatiguer. Ainsi le contraste purifie et rehausse les leintes complémentaires associées; or nous avons vu que la vivacité des couleurs constitue par elle-même un élément esthétique.
En outre, il importe de remarquer que dans ces conditions les deux couleurs prennent un chaloiement très sensible. À moins d’un effort tout spécial,
1° La juxtaposition de couleurs complémentaires est quelquefois un peu dure ei l'opposition trop frappante, surtout lorsqu'elle n’a pas pour but de faire ressorur la forme et le dessin, et quand c’est par la couleur même que l’on cherche à produire une sensation esthétique. Celle dureté de contraste paraît se manifester particulièrement si l’une des deux couleurs associées est à la fois très lumineuse et du ton de l’une des couleurs fondamentales, qui sont toujours les plus voyantes. Ainsi deux des couleurs : fondamentales, le rouge-écarlate et le verl-émeraude, son! très lumineuses; par suite les combinaisons complémentaires : rouge-écarlate et bleu-vert, ou verl-émeraude et pourpre présentent une dureté qui a été reconnue par divers observateurs. La troisième couleur fondamentale, le bleu-violet, qui est bien moins lumineuse, forme un contraste moins dur avec sa complémentaire, le jaune verdâtre. On obtient des effets satisfaisants avec les autres couples complémentaires, tels que :
Rouge-orangé (minium) et bleu-cyané,
Orangé el bleu-cyané voisin du bleu franc, Jaune-orangé et bleu franc, Jaune et outremer,
Vert-jaune el violel.
20 Le contraste s'exerce entre le blanc ou le gris clair d’une part, et le noir ou le gris foncé d’autre part. Le voisinage du blanc rend le noir plus foncé, et inversement le voisinage du noir éclaircit le blanc. L'opposition est souvent dure, particulièrement si
le blanc est très lumineux et si la combinaison n’a pas pour but de faire ressortir un dessin. Généralement les couleurs foncées et rabattues éclaircissent les couleurs claires qui leur sont associées, et vice
versa.
3° Lorsque les deux couleurs ne sont pas immédiatement juxtaposées, mais qu’elles sont séparées par du blanc, du gris ou du noir, les effets de contraste favorable ne sont point annulés. C’est ce dont on peut se rendre facilement compte avec un peu de réflexion‘.
4e Quelquefois la juxtaposition de teintes complémentaires produit un mauvais effet, parce que le but que l’on recherche est tout autre que celui de produire un assemblage de couleurs agréable par lui-même. Ainsi il est admis que le teint d’une femme doit se rapprocher du blanc légèrement rosé; une personne dont la carnation s’écarte de ce type
1 Supposons comme exemple que l'on ait une étoffe composée de bandes dont les couleurs se succèdent dans l'ordre suivant : blanc, bleu, blanc, jaune, blanc, bleu, ete. Si le regard se fixe d’abord sur une bande jaune, le contraste simultané du blanc fera ressortir les deux couleurs, jaune et bleu, qui sont plus foncées ; le blanc lui-même restera blanc, car les deux couleurs voisines avissent sur lui en sens opposé ; tout au plus les bandes blanches seront-elles un peu teintées de bleu dans la partie adjacente au jaune, et de jaune dans la partie adjacente au bleu; or tous ces tons vont bien ensemble. Si ensuite le regard quitte la bande jaune, pour se porter sur une bande bleue, les deux couleurs seront rehaussées par contraste successif, et aussi par le contraste simultané du blanc. Si plus tard l'œil se dirige sur une bande blanche, il la verra colorée en jaune pâle par contraste successif du bleu; les autres bandes blanches paraitront alternativement bleuâtres et d’un jaune pâle ; les bandes colorées conserveront leur éclat. Tontes ces teintes s'accordent les unes avec les autres par harmonie d’analogue ou de contraste : l’effet général sera satisfaisant.
en étant trop rouge se gardera bien de faire ressortir ce défaut en portant des vêtements vert tendre ou bleu de ciel. Un costume grenat foncé lui siéra mieux en tendant à la pâlir.
* Juxtaposilion des couleurs intermédiaires entre les analogues et les complémentaires. — Nous venons de voir que les couleurs qui, sur notre cercle chromatique, sont disposées sur des rayons très voisins (couleurs analogues) ou sur des rayons diamétralement opposés (couleurs complémentaires) produisent en général un effet agréable par leur association.
Examinons maintenant quels sont les effets de la juxtaposition et du contrasie de deux couleurs qui, dans le cercle chromatique, sont situées sur des rayons faisant entre eux un angle à peu près droit, comme par exemple le rouge et le jaune, le jauneorangé et le vert, le vert et le bleu, le bleu-cyané et le violet, etc. Ces combinaisons de teintes passent habituellement pour être désagréables, ce que lon peut expliquer par les motifs suivants :
1° Ces couleurs n’ont entre elles aucune affinité de ton, ni directement comme les couleurs analogues, ni indirectement par contraste comme Îles couleurs complémentaires En voyant l’une des teintes, l'œil ne trouve rien qui lui rappelle l’autre.
20 Les effets de contraste modifient le ton des deux couleurs. Par exemple, si lon juxlapose du rouge et du Jaune, le contraste ajoute au rouge un peu de la teinte complémentaire du jaune, soit le bleu-outremer : ce mélange fait que le rouge paraît
devienne prédominante et l'emporte sur l'influence défavorable du contraste. |
Nous répétons ici que ces effets de la combinaison. des couleurs, prises deux à deux, ne sont pas toujours très évidents et que plusieurs circonstances peuvent les atténuer. Citons-en quelques-unes.
1° Deux couleurs s’alliant mal l’une à l’autre cessent de produire un mauvais effet lorsque les dessins qu'elles forment sont très petits : une étoffe composée de fils rouges et de fils jaunes n'apparaît pas comme rouge et Jaune, mais comme ayant la leinte intermédiaire, l’orangé. De même une grande partie des couleurs employées par les peintres sont formées du mélange de poudres de deux couleurs qui se fusionnent et donnent la teinte intermédiaire.
20 Deux couleurs très brillantes font rarement une mauvaise impression par leur juxtaposition. Ainsi on voit sur le plumage éclatant de certains oiseaux des reflets bleus et verts, verts et jaunes, violets et bleus dont l'assemblage est satisfaisant.
De même avec des vitraux colorés, dont la luminosité par transparence est bien plus grande que celle des corps colorés par réflexion ou diffusion, il est rare que la combinaison de deux couleurs quelconques soit désagréable : l'effet de l'éclat et de Pintensilé des couleurs l'emporte sur l'influence du contraste.
De même encore certaines associations de ecouleurs sont satisfaisantes sur une étoffe de soie, et ne le seraient pas syr de la laine, qui est plus terne.
C’est, je crois, à la même cause que l’on doit attri-
buer le fait que les couleurs écartées d’un angle droit, sur le cercle chromatique, forment une moins mauvaise combinaison lorsqu'elles sont lumineuses que lorsqu'elles ne le sont pas : le rouge et le jaune, le jaune et le vert sont moins choquants à l’œil que le bleu et le violet, ou le bleu et le vert.
30 Si les couleurs sont très pâles, très lavées de blanc, elles vont rarement mal ensemble; elles ont entre elles une parenté par le blanc qui prédomine dans leur composilion. On pourra objecter que toutes les couleurs pouvant, dans une certaine mesure, être considérées comme mélangées de blanc, elles devraient toutes produire de bonnes combinaisons. Il est possible que la présence du blanc, ou. plutôt l’action simultanée de toutes les couleurs sur les trois catégories de nerfs, contribue à rendre moins désagréables à l’œil certaines associations de teintes; mais l’œil est blasé sur cette sensation constante du blanc. et il ne doit y être réellement sensible que si elle est très prédominante.
40 Inversement, des couleurs de peu d'intensité et fortement rabatitues de noir ne produisent pas de mauvais effet par leur réunion, lors même que leurs tons s’allient mal par eux-mêmes. Le noir établit entre elles une relation commune, en d’autres termes la teinte sombre générale donne de l'unité à la combinaison.
50 La symétrie, la beauté du dessin influent très souvent sur ces relations et l’'emportent sur leffet propre des couleurs, qui passe ainsj au second rang. C’est ainsi que l’on n’est pas choqué par le contraste
défavorable des palmes jJaune-orangé sur le fond rouge de certains châles de cachemire, surtout si le jaune est lumineux et accentue vigoureusement le dessin. De même le quadrillé très marqué d’étoffes écossaises fait supporter des associations de teintes que l’on trouve habituellement fort défectueuses.
60 Enfin l'habitude de voir certaines couleurs rapprochées dans la nature, les conventions plus ou moins justifiées, les nécessités pratiques, etc., font souvent accepter des combinaisons de teintes médiocres par elles-mêmes.
Combinaisons lernaires de couleurs. — Après avoir examiné ce qui Se rapporte aux Juxlapositions de couleurs prises deux à deux, il nous reste quelques mots à dire sur les associations de trois tons différents.
Généralement, pour obtenir un effet satisfaisant, il convient que ces trois couleurs soient le plus écarlées possible sur le cercle chromatique; par conséquent elles doivent se trouver sur des rayons de ce cercle faisant entre eux des angles de 120°. On atleint ainsi le meilleur résultat de contraste au point de vue de la saturation des couleurs. C’est ainsi que la combinaison rouge-pourpre, jaune et bleucyané esl agréable et est souvent employée dans les arts.
On doit remarquer aussi que dans ces conditions chacune des trois couleurs est complémentaire de la réunion des deux autres; ainsi le rouge-pourpre ajouté au jaune et au bleu-cyané reproduit le blanc.
Il est possible que, dans les cas où le dessin s’y prête, celte circonstance contribue à l'effet obtenu.
Pour d’autres combinaisons ternaires le résultat est moins salisfaisant; mais, comme dans les combi naisons binaires, l'éclat des couleurs atténue les contrastes défavorables; aussi fait-on volontiers entrer dans la combinaison deux couleurs lumineuses, en sacrifiant au besoin quelque chose sur l’écartement. Ainsi l'association du rouge franc au jaune et au bleu franc est souvent employée et produit un bon effet, parce que deux de ces couleurs sont lumineuses et chaudes, et quoique le jaune soil un peu trop rapproché du rouge sur le cercle chromatique.
Je n’allonge pas sur ce suret : les explications que l’on pourrail proposer pour justifier diverses combinaisons ternaires ou plus complexes encore ne sont pas assez positives et dépendent de trop de circonslances étrangères à la couleur proprement dite pour que nous puissions en faire ressortir quelques règles précises.
‘ Par exemple, prenons un dessin analogue à celui de la figure ci-
Fig. 28 contre, formé de trois hexagones diversement colorés, sur fond blanc ou noir. Par contraste simullané avec les surfaces voisines, l'angle B, compris entre le jaune et le rouge-pourpre, apparaît teinté en bleu-cyané : l'œil retrouve ce méme lon plus énergique dans l'hexagone opposé : de même les ROUGE angles R et J se colorent en rouge et POURPRE en jaune comme les hexagones opposés. Ces relations doivent contribuer à l'impression esthétique de l’ensemble.