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Le règne végétal

La forme.

Nous avons vu que, dans le règne animal, la symétrie préside habituellement aux formes générales de chaque individu; il en est autrement dans le règne végétal, où elle ne joue qu’un rôle secondaire : ce sont d’autres relations, rentrant dans le domaine de la géométrie de position, qui prennent la première place.

Le type auquel se rattachent généralement les végétaux est celui de la ramification : la plupart d'entre eux sont en effet formés d’un tronc ou tige

Sans sortir du type général que nous venons de donner comme exemple, nous trouvons des varia- {ions très caractéristiques d'une espèce à l’autre, au lieu de se séparer par groupes de quatre à la même hauteur, ce sera par groupes de six, de cinq, de deux; ou encore les branches principales seront disposées sur une spirale que l’on peut se représenter comme tracée sur le tronc. Bref, le mode de ramification varie à l'infini, et les feuilles changent de forme et de facies.

Chez un individu de cette catégorie de végétaux, quels sont les caractères esthétiques en ce qui concerne la forme? Évidemment ils consistent dans la répétition de figures et de déssins qui, pour n'être ni absolument égaux, n1 même rigoureusement semblables, n’en présentent pas moins une analogie que notre ‘œil saisit immédiatement, et qui pourrait être définie d’une manière précise par des relations de position : c'est, de fait, ce que les botanistes font constamment dans leurs descriptions.

Passons à un autre type général. Un grand nombre de végétaux présentent un tronc qui s'élève sans ramification jusqu’à une certaine hauteur, à partir de laquelle 1l se divise en branches principales, se subdivisant à leur tour jusqu'aux feuilles. La forme générale n’est plus celle d’une pyramide ou d'un cône, c’est à peu près celle d’un champignon relativement mince à la partie inférieure et coiffé d’un branchage plus ou moins développé et arrondi.

Ici encore le mode de ramification, les angles aigus ou obtus que les branches font avec le tronc

ou entre elles, la forme des feuilles et une foule d’autres détails caractérisent l'individu et l'espèce, et ces répélitions de formes analogues produisent une impression esthétique.

Nous remarquerons ici que, dans nos climats tout au moins, la plupart des végétaux de cette catégorie se dépouillent de leur feuillage en hiver. Même alors ils conservent des caractères déterminés nous permettant de distinguer les espèces; et leur beauté, atténuée sans doute, n’a pas entièrement disparu. Cela nous prouve que le mode de ramification proprement dit, indépendamment de la forme des feuilles, présente une importance très réelle dans l'apparence des végétaux.

Indiquons encore un type très fréquent. La séparation des branches s'effectue tout près du sol, en sorle que le tronc se réduit jusqu’à disparaître entièrement en se cachant sous terre. La forme générale est celle d’un bouquet. Des caractères analogues à ceux que nous avons mentionnés plus haut établissent le facies de la plante.

Il serait facile, mais superflu, d’'énumérer d’autres exemples, de citer la forme en fuseau du peuplier et du cyprès, les types de plantes grimpantes, etc. : toujours nôus retrouverions le caractère esthétique de la répétition de figures analogues, qui devient de plus en plus saillant à mesure que l’on considère des parties plus rapprochées de lextrémilé des ramifications.

Rôle de la symétrie.

Le rôle de la symétrie, bien que secondaire chez

les. végétaux, conserve cependant une certaine im-

porlance.

On peut dire que dans la forme générale la symétrie absolue n'existe pas. Il est vrai que dans quelques espèces, quelques conifères en particulier, certains individus qui se sont trouvés dans des conditions d’égal développement en tous sens, présentent une forme d'ensemble qui se rapproche de la symétrie complète; mais c'est plutôt une symétrie de plan, une symétrie schématique, qu’une symétrie réelle. D'ailleurs. je ne pense pas que celte qualité exceplionnnelle ait une grande valeur esthétique par elle-même; nous sommes trop habitués, par l’observation des végétaux, à reconnaître que la loi présidant à leur croissance n’est pas basée sur des rap-

Ports constants dans les dimensions, pour ne pas attribuer au hasard les cas rares d’une symétrie

quelque peu parfaite. Ces cas-là nous paraissent curieux plutôt que beaux, et si nous y trouvons un certain charme, cela provient, j'imagine, moins de leur régularité même que du sentiment que cette régularilé est une manifestation exceptionnelle de vigueur et de vie dans les plantes ayant échappé à tous les accidents qui en modifient habituellement la forme.

Cette impression se rapproche de ce que, dans le langage artistique, on appelle quelquefois la symétrie

dimensions n'est pas toujours absolue, mathématique; mais elle est plus que suffisante pour nous impressionner, et ses effets contribuent dans une large mesure à la beauté des végétaux.

La continuité et la grâce.

L'élément esthétique de la continuité peut être placé sur le même rang que la symétrie dans le règne végélal : c'est surtout dans les détails qu’il se fait pleinement sentir. Dire qu'il n’apparaît pas dans la forme générale serait aller cependant trop loin. Vues à distance, les masses de feuillage présentent très souvent des formes arrondies d’un effet esthétique auquel la continuité n’est pas étrangère. En outre, la ramification implique par elle-même une idée de continuité, en ce sens que chaque branche se rattache forcément au tronc principal, de manière à établir dans l’ensemble une unité bien caractérisée. Seulement la forme souvent anguleuse et heurtée des lignes qui se dessinent s’écarte de la continuité, au sens ordinaire du mot.

Dans les détails, la continuité, comme la symétrie, reprend une place prépondérante : 1l serait difficile de trouver dans les objets faits de main d'homme, ou dans le règne animal, des lignes, des surfaces et des tissus présentant une continuité plus complète et plus délicate que celle que l’on rencontre à chaque instant dans les derniers rameaux, dans les feuilles. les fleurs et les fruits.

… Par suite, la grâce, cette qualité sœur de la çonti-

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du ctek, et ces changements de nuances se succédant sur un même individu dont la forme générale reste constante apportent, dans l’impression produite, une variété qui la ravive.

Quant à la couleur des fleurs, elle contribue à leur beauté au moins autant que la forme. Sans qu'il soit dans notre intention d'approfondir ce sujet, qui d’ailleurs a élé traité par plusieurs auteurs, nous devons nous y arrêter quelques instants. |

Nous remarquerons d’abord que la fleur, même lorsqu'on la considère isolément, présente toujours quelques parties vertes, le calice, la tige, quelques feuilles qui y restent attachées. La fleur a donc tout au moins deux couleurs, dont l’une est le vert’. I semble au premier abord que l'impression ne doive être agréable que si la couleur des pétales forme une bonne combinaison avec le vert. Mais on ne peut point dire qn'il en soit ainsi : les contrastes défavorables ne produisent pas dans ce cas leur effet accoutumé, ce qui provient de plusieurs raisons.

D'abord, comme nous l’avons vu, les mauvais effets de contraste sont contrebalancés par la vivacité des teintes. Or les fleurs ont souvent des couleurs d’un éclat que l’on rencontre rarement ailleurs. Il est donc naturel que dans ce cas aucune combinaison re paraisse défectueuse. Cependant les nuances saturées de l’orangé et du jaune, même lorsqu'elles sont très vives, font en s'associant au vert du feuillage une impression moins agréable que les tons com-

1 Nous laissons de côté le cas où les pétales sont verts eux-mêmes.

Quand les couleurs sont ternes, les contrastes défavorables sont beaucoup plus sensibles et limpression devient médiocre.

Si, au lieu de prendre les fleurs isolées, nous considérons leur réunion naturelle sur une plante, sur un arbre ou dans un massif, la répétition de la même couleur, accentuant la répétition de dessins analogues, produit un effet plein de charme.

La vie.

La vie constitue le caractère esthétique le plus important du règne végétal, comme du règne animal, el nous pourrions répéter ici une grande partie de ce que nous avons dit plus haut sur ce sujet. De même que les animaux, les végétaux sont soumis à un ensemble de lois spéciales les séparant franchement de la nature inorganique. Les phénomènes qui dépendent de ces lois se reproduisent constamment sous nos yeux, et nous arrivons par cette observation répétée à une notion intuilive de cette admirable organisation, notion imparfaile sans doute, mais suffisante pour susciter en nous un vif intérêt et des impressions esthétiques puissantes.

La vie chez les végétaux diffère de ce qu’elle est chez les animaux par des points importants. Elle est moins complète, parce qu’il lui manque des caractères de premier ordre : la sensibilité, la volonté, le mouvement spontané, l'intelligence.

Il résulte de là d’abord, que c’est surlout par ses côtés physiques qu’elle nous est révélée : l'observa-

caractère qui s'associe forcément pour nous à l’idée

d’une vie puissante et constilue par suite un élément

de la beauté.

La grandeur peut être considérée absolument et relativement. |

Quelle qu'en soit l'espèce, un arbre remarquable par sa hauteur, l'étendue du branchage, l'abondance du feuillage, nous apparaît par comparaison comme doué d’une vitalité exceplionnelle. Ce développement peut provenir de l’âge séculaire de l'arbre, de l’essence à laquelle il appartient, d’un sol fertile; peu importe : la grandeur absolue est toujours un signe de vie et constitue l’un des caractères du type que nous nous sommes formés de la beauté végétale.

La grandeur relative des individus de la même espèce produit un effet semblable : ceux dont les dimensions en tous sens, lexubérance du feuillage, l'abondance des fleurs et des fruits dépassent la moyenne de leurs congénères sont pour nous les plus beaux. La plante ou la fleur peut être petite absolument, elle nous charme néanmoins si sa taille la fait prédominer dans son espèce.

L'autre facteur que nous devons mentionner est celui de la croissance ou plus généralement du développement que le temps amène chez les végétaux. Qu'elle se manifeste lentement ou rapidement, qu'il s'agisse d’un arbre demandant des années pour grandir, ou d’une fleur s’épanouissant en quelques heures, la croissance est toujours le plus éclatant des

signes de vie.

Elle forme, en outre, un puissant élément de

variété. Une plante pousse des feuilles, fleurit, se charge de graines : elle demeure pour nous la même plante, le même individu produisant sur nous une impression dont les traits principaux subsistent, mais qui se trouve ravivée par les modifications secondaires qu’elle subit. Un arbre croît lentement sans perdre Île caractère et la forme qui nous le font reconnaître : en le revoyant d'année en année, nous retrouvons en lui la même apparence, sans autre changement essentiel qu’un progrès dans la vie.

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