La forme dans l’espace
La symétrie.
Après nous être occupés de la forme dans un plan ou du dessin proprement dit, nous devons passer à la forme dans l’espace avec ses trois dimensions. Notre tâche sera très abrégée par ce que nous avons déjà acquis dans la première partie de ce chapitre.
Le plan vertical médian dont nous avons parlé, partage l’étendue en deux parties symétriques, et joue dans l’espace un rôle comparable à celui de la ligne médiane dans un plan. On remarquera seulement que ce plan médian ne peut guère prendre corps matériellement : si nous supposions qu’il fût représenté par une paroi solide et mince il intercepterait la vue, et l'œil ne pourrait voir à la fois ce qui est à droite et ce qui est à gauche de ce plan. Mais nous pouvons toujours le tracer par la pensée, surtout si nous y sommes aidés par quelques points de repère. |
Tout objet symétrique des deux côtés de ce plan détermine toujours sur notre œil une impression
dessin, il n’est pas nécessaire que le plan de symétrie coïncide de fait avec le plan médian de lobservateur : l'œil saisit très bien l’existence objective de cette symétrie, bien qu’alors l’image qui se produit sur la rétine se trouve déformée (fig. 22).
Dans cette faculté du sens de la vue de reconstituer la forme réelle des objets, les phénomènes de vision binoculaire jouent un rôle important, plus marqué pour l'appréciation des formes dans l'espace que des formes dans nn plan. La sensation du relief, résultant de la différence des images qui se forment dans notre œil droit et notre œil gauche, et qui se fusionnent en une seule, est un fait d'habitude, connu de tout le monde par ses applications au stéréoscope.
Un observateur, en présence d'un objet symétrique placé dans une position quelconque par rapport à lui, reconnaît donc lexistence effective de la symétrie, et il a avantage à se déplacer, à changer plusieurs fois de position parce quil peut mieux apprécier ainsi la forme réelle et découvrir des parties de l'objet qui précédemment n'étaient pas en vue. L’impression esthétique, en outre, est rehaussée par la variélé ou, si l’on veut, par un mode particulier d'impression réitérée dont nous retrouverons de nombreux exemples dans la suite : dans les sensations physiques successives que l'observateur éprouve en considérant l’objet sous différents points de vue, Il y a un élément commun, c’est la forme, qui ne change pas; mais l’aspect sous lequel la forme appa-
jours l'impression esthétique en apportant un élément de variété et d’imprévu.
Cette faculté que nous possédons de reconnaître intuilivement la symétrie virtuelle, provient en partie de l'aptitude de nos yeux à percevoir la forme des objets, mais elle dépend aussi d’un élément qui n'est pas purement physique : si nous n'avions pas l'idée que les battants d’une porte sont mobiles, si nous ne savions pas que l’étoffe d’un drapeau ou de draperies est souple et flexible, notions que nous avons antérieurement acquises par lexpérience, l’impression esthétique disparaîtrait sans doute.
Figures répélées, semblables ou analogues.
Nous n'avons pas besoin d’insister sur leffel produit par la répétition d’une même forme périodiquement reproduite dans lespace; l'architecture nous en fournit une multitude d'exemples, telles que les colonnes d’un temple grec, les fenêtres, les moulures identiques d’un édifice, etc.
Il en est de même des ornements semblables ou analogues qui trouvent leur application à la forme à trois dimensions aussi bien qu'au dessin sur un plan. ‘.
L'artiste emploie ces éléments esthétiques de différentes manières. Tantôt, 1l les joint à la symétrie, cumulant ainsi deux effets qui se rehaussent mutuellement. Tantôt lorsque par un motif quelconque il est obligé de sacrifier partiellement la symétrie, il les utilise pour masquer et racheter le défaut
de régularité. Quelquefois il choisit ce mode d’impressions réilérées comme l’élément principal de son plan artistique. abandonnant la symétrie ou tout au “moins la reléguant au second. Fÿ 21
rang de sorte que l'ensemble, irrégulier, est formé de parties qui, prises isolément, sont plus où moins symétriques el qui présentent les unes avec les autres une analogie évidente de formes et d’ornementation (fig. 24). Plus souvent encore l'artiste place la symétrie en première ligne en y soumettant son plan général, mais il la Jaisse de côté dans les détails entre lesquels il établit senlement une relation d’analogie (fig. 25)‘. Ainsi, dans
Fig 25
le style gothique, les grands édifices tels que les églises, sont habituellement symétriques dans l’ensemble, tandis que les ornements, tout en conser-
* Mayeux. La composition déroratire.
duction périodique d’une même figure : tous les pas de la vis ou de l’hélicoïde sont pareils. Ce double caractère justifie emploi fréquent de ces formes mal- gré leur asymétrie. C’est ainsi qu’une colonne torse isolée, un escalier tournant, etc., peuvent produire un bon effet.
On rencontre souvent enfin des surfaces d’une forme générale continue, mais avec de pelites moulures ou aspérités : telles sont les surfaces yaufrées, les étoffes, fourrures, etc.