LIVRE II, CHAPITRE I. i6i
de ses droits civils comme de ses droits politiques, il faut s'attendre que l'administrateur n'agira pas contre le ministre dont il émane, dont il reçoit ses instructions, et que les inte'rêts opposes à cette position seront nécessairement sacrifies.
Que ne s'est-il passe à cet égard sous le régime impérial ? n'avonsnous pas vu les préfets , et dans leur zèle secondaire les sous-préfets, puis les Conseils généraux, rivaliser et lutter d'efforts pour faire arriver dans la main du gouvernement, le plus d'hommes, le plus de chevaux, le plus d'argent qu'il était possible pour alimenter la grande fabrication d'alors.
« Des administrateui's, dit Bérenger , p. ôaô, dont l'existence est aussi précaire, seront tout ce que le ministère voudra qu'ils soient; le soin qu'on prend de les choisir étrangers au département, fait qu'ils n'ont point d'intérêt d'en ménager les habitants. Comme ils n'y ont pas de demeure , ils n'y ont pas non plus de réputation de famille à conserver; comme ils n'y ont point de propriétés, et qu'ils n'y participent pas aux charges de l'État, peu leur importe de les augmenter et de les rendre plus pesantes à leurs administrés. Si l'animadversion publique les poursuit et annonce au gouvernement la nécessité de les changer , ils n'encourront pas la punition de demeurer au milieu de leurs concitoyens, aprèsla cessation de leurautorité; en abandonnant le déparlement, ils fuient les reproches auxquels leur conduite les aurait exposés. »
Que ne \ oyons-nous pas aujourd'hui : les Conseils généraux, plus ou moins dominés par les préfets, qui ont le mot d'ordre et qui savent ce qui convient au ministcie dont ils dépendent , ne nous font -ils pas connaître tous les jours des vœux et des expressions qu'on ne manque pas d'attribuer aux habitants, quand ils ne sont que leur propre opinion ou celle à laquelle ils croient devoir .sacrifier ?
i62 DES CONFLITS.
Il est impossible de ne pas reconnaître le vice de l'organisation nouvelle; les préfets et sous-préfets, êtres passagers dans un département, ne prennent le pays que pour l'exploiter dans les vues de leurs supérieurs médiats et immédiats; leur position naturelle et obligée les mettra toujours contre le citoyen toutes les fois que les intérêts ne seront pas d'accord ; de sorte que si un ministère , au lieu d'être protecteur et d'agir dans les besoins de tous, ou au moins du très grand nombre, favorise volontairement, ou par erreur, ou par faiblesse , quelques partis , quelques castes , quelques prétentions religieuses ou qu'on couvre de ce nom, au détriment des masses, il trouve dans les administrateurs dont la France est couverte, les leviers dont il a besoin; avec ces instruments il marche, heurte, brise et froisse les intérêts qu'il devrait le plus ménager, et qui, rais en dehors ou en contrariété avec l'ordre établi, peuvent y faire naître de si grands désordres. En pareille circonstance , ils ne manquent pas de présenter les difficultés qu'ils ont fait naître, comme provenant injustement de ceux qui les signalent et s'en plaignent; ceux qui résistent ou tentent de résister à leurs injustices sont des factieux; il faut vouloir ce qu'ils veulent, le vouloir comme eux, admirer leur ouvrage , sous peine de réprobation et même encore de persécutions; car il en est de bien des sortes.
Voici ce que dit à cet égard l'auteur de l'Organisation de la puissance civile dans l'intérêt monarchique, page SaS : « Il faut donc substituer des administrations aux directions générales et aux préfectures.
» (>'est le seul moyen de parvenir à graduer la hiérarchie de la juridiction administrative, à régler la compétence, à former le Code (|ui fut le projet et le vœu du conseiller d'État Monnier.
> C'est le seul moyen de donner à l'intérêt public les garanties dont jouissent les intérêts privés.