LIVRE II, CHAPITRE I
« (^est le seul moyen de dégager le gouvernement des occupations minutieuses (lui embarrassent sa marche et affaiblissent son action ; le seul moyen enfin d'assurer sa tranquillité, d'agrandir sa puissance et de diminuer le poids de ses dépenses.
» Les savants les mieux intentionnés proposent et défendent ce système depuis un demi-siècle. Des ministres éclairés en firent un heureux essai , dix ans avant la révolution ; et dans les dix années subséquentes , nos assemblées nationales en ont perfectionné l'exécution.
» Il faut donc supprimer les sous-préfectures , qui ne peuvent coexister avec un système convenable de municipalités.
» Il faut supprimer les Conseils généraux de départements et d'arrondissements; superfétation prestigieuse qui n'a rien d'aristocratique ni rien de populaire, et qui fut sagement retranchée dans l'organisation de 1795.
" Ils sont en effet inutiles, parcequ'ils n'ont point d'objet réel, parceque l'intérêt départemental n'est qu'une vaine fiction , parceque si cette fiction acquérait quelque consistance à force d'habitude, la Chambre des députés finirait par n'être qu'une assemblée d'amphictyons.
» Mais en même temps, il est nécessaire de constituer les municipalités sur un plan capable de ranimer les éléments de l'association nationale, de fortifier le gouvernement monarchique et d'assurer son indépendance.
» Au lieu d'atténuer la vigueur nationale en divisant le peuple par petites corporations dans lesquelles tout sentiment généreux est étouffé par celui de l'impuissance, créez plutôt, disait Thouret dans son rapport du comité de constitution, du 21 septembre 1789, de grandes agrégations de citoyens unis par des rapports habituels, confiants et forts par cette union. Agrandissez les sphères où se foi'-
i64 DES CONFLITS.
ment les premiers attachements civiques, et que l'intërêt de communauté, si voisin de riiitc'rêt individuel, si souple sous linflucnce des hommes à crédit quand ses moyens sont faibles et son objet trop borné, se rapproche davantage de l'esprit public en acquérant plus de puissance et d'élévation.
Si le système établi par la loi de pluviôse est redoutable, s il est affecté d'un vice radical dans son organisation , si, aux inconvénients déduits ci-dessus, on peut encore ajouter ceux de faire arriver toutes les conflagrations d'intérêts à Paris, dans les bureaux d'un ministère où tout se trouve centralisé dans les mains d'un employé qui opère sur le papier , sans connaissance des choses, des faits ni des circonstances, quelle idée doit se faire notre ministère des sentiments de la France pour lui, quand on lui dira qu'on n'ose pas même lui demander une organisation municipale ; que bien qu'il soit universellement reconnu que tout ce que nous possédons est vicieux par tous les points, la défiance où l'on est, ou si l'on veut le peu de confiance que nous avons en lui, retiennent nos plaintes, tant on craint do lui voir porter la main sur l'édifice auquel la conviction générale est «|u'il ne peut rien faire de bien?
On peut apercevoir combien les ^•ices de ce système et de cet état de choses exercent d'influence sur la matière que nous traitons; plus les administrations sont mal organisées, moins les administrateurs sont indépendants, plus il serait à désirer que le pouvoir judiciaire eût de force. La suite de la législation, ou plutôt de la jurisprudence impériale, nous montrera qu'il en est autrement.
(lellc loi de pluviôse, en faisant suite au règlement de nivôse an VIII , en donnant au pouvoir exécutif des sentinelles sur tous les points de la France , en établissant des juges amovibles dans l'ordre administratif, jeta les fondements sur lesquels l'édifice d(^sliné à