CHAPITRE III
Jurisprudence impériale. — Elle avance dans toutes les parties. — Le Conseil d'État détruit les j ugements , même sans conflits. — Ceux de la Cour de cassation comme les autres. — Attribution des conflits au contentieux. — Observations.
Ici finit le titre modeste d'arrêté des Consuls, pour faire place; au nom plus relevé et plus approprié à la nouvelle dignité que s'était conférée et fait conférer l'homme qui a été écrasé sous la masse du pouvoir qu'il avait amassé sur sa tête. Non content d'exploiter la
France en la simpie qualité de premier consul , il crut qu'en se faisant appeler empereur, il refoulerait bientôt ses devanciers dans ce titre et gouvernerait plus facilement le monde. L'insensé ainsi que tous ceux qui tournaient autour de lui pour attraper quelques unes des émanations de cette dictature perpétuelle et se colorer de quel- (]ues reflets de cette nouvelle pourpre impériale, n'ont pas vu ni voulu voir que le titre seul n'est pas suffisant pour régner, ni en imposer éternellement aux nations; qu'il faut encore, tout en sachant faire la guerre, ce qui ne consiste qu'à tuer les hommes et saccager les pays, savoir aussi s'abstenir de la faire aux mœurs, au temps, aux idées qui dominent le monde et aux affections qui attachent les peuples à leurs antiques souvenirs et à leur vieille patrie; que plus la première a de succès et semble constituer le vainqueur maître absolu, plus la deuxième fait aussi de progrès et prépare la mine qui engloutira ceux qui en résultat n'auront été que des dévastateurs.
Le citoyen Bonaparte, premier consul, paré du titre éclatant de Napoléon empereur, se croit, par cela seul, monté encore plus haut : il regarde la distance qui venait de s'établir entre lui et les hommes hier encore ses égaux, aujourd'hui ses sujets, venant de tous côtés s'honorer de ce titre à ses yeux; déjà le Conseil d'Etat qui , d'après l'article ii du règlement du 5 nivôse an Mil, devait prononcer sur tous les conflits élevés entuc l'administration et les tribunaux , était disparu, ainsi qu'on l'a vu ci-dessus, dans tousâes arrêtés quittaient censés n'émaner que des consuls; il s'évanouit de même devant Napoléon empereur rendant des décrets.
Il ne serait point étonnant que les gens qui entouraient ce nouveau messie ( c'est ainsi que très souvent et particulièrement le clergé le qualifiait), cherchant tous les moyens de dorer les chaînes qu'on ne cessait de forger contre cette malheureuse nation , l'eussent fait apparaître pour la première fois dans son nouveau costume, pour