LIVRE II, CHAPITRE V; aS
que sa fortune, son honneur, sa vie et son repos n'ont d'autre garant qu'une volonté incertaine, qu'une protection individuelle, facile à déplacer, qui peuvent, d'un moment à l'autre, lui devenir ennemies.
L'indépendance de la magistrature est même favorable au prince, d'après Machiavel, en ce que, n'ayant pas sous sa main les officiers et les magistrats qui jugent au civil et au criminel, il n'est aucunement chargé de l'odieux de leurs sentences, et qu'il piévient par là une infinité d'occasions de haine et de calomnies qui éclateraient contre lui.
Il est remarquable que l'un des motifs de la déchéance de Bonaparte, en i8i4, fut d'avoir confondu tous les pouvoirs, et dénaturé l'indépendance des corps judiciaires .
La Chambre des députés , dans sa réponse à la présentation de la Charte, dit : Les principes de la liùerlé civile s'y trouvent établis sur l'indépendance du pouvoir judiciaire.
S'il y avait des magistrats qui crussent plus sûr et plus convenable de ne connaître que les inspirations du pouvoir, ils n'en seraient pas moins tenus à être justes pour toutes les causes qui leur seraient soumises.
Aussi le roi fondateur de notre droit public disait-il : « Les Étals ne fleurissent que par la justice; elle fait au dehors la force et la gloire des empires; c'est elle qui, au dedans, est la plus sûre garantie de l'honneur et de la fortune des citoyens, et le lien commun des familles. »
Le chancelier d'Aguesscau ajoutait : « Le nom sacré de la justice, qu'un magistrat hypocrite meta la tête de ses discours, n'est regardé que comme une vainc préface qui ne sert qu'à annoncer qu'il va être injuste, »
Lemontej dit que, « dans la combinaison des pouvoirs qui constituent un gouvernement, il n'en est point qui nous intéresse plus I, 33
rivement que le pouvoir Judiciaire. Les autres ressorts de la machine politique n'ont sur nous qu'une action éloignée, partielle et momentanée; mais le pouvoir judiciaire a cela de particulier, qu'il pèse tout entier sur chacun de nous, qu'il couvre chaque point de notre existence; que la vie, l'état, l'honneur, la fortune, oscillent continuellement dans ses terribles balances. Armé d'une égide pour défendre et d'un glaive pour frapper, il s'occupe de nous-mêmes avant notre naissance; il protège nos premières années; il s'empare de tous les actes de notre vie, et quand nous ne sommes plus, il dispose encore de notre mémoire; il mutile et renverse les monuments de notre volonté. Les autres forces publiques n'ont été imaginées que pour sa protection; car, en dernier résultat, la société ne subsiste que par l'effort du pouvoir judiciaire, qui remplace le droit du plus fort par celui du plus juste. »
Il n'y a rien à ajoutera des réflexions aussi clairement exprimées. Depuis quelques années, la magistrature française , qui paraissait sommeiller, s'est réveillée ; elle signale sur tous les points du territoire son indépendance et son attachement à la loi et à ses devoirs. La déconsidération d'un ministère corrupteur, qui semble n'avoir d'énergie que pour le mal ; la faiblesse des hommes qui le composent, et qui sacrifient tout aux besoins du parti qui peut les conserver ou les abattre; le mécontentement, le peu d'estime peut-être qu'cllepprte au chef inconnu qu'elle a vu apparaître , sans antécédent qui lui préparât son siège ; plusieurs autres causes qu'on peut facilement supposer, n'ont peut-être pas peu contribué à accélérer le mouvement, et à rendre à la magistrature une vitalité, et même à lui faire naître un esprit de résistance qu'elle n'eût peut-cire jamais eu sans ces circonslailces.
La soumission au pouvoir est la première exigence que souvent on a osé rrclamer du magistral. Le ministère sous lequel nous gémissons,