LIVRE II, CHAPITRE V
amis le servilisme au nombre des devoirs, et l'indépendance de caractère au rang des délits. Sous lui le ministère public est devenu la milice de son pouvoir; il doit employer tous les moyens el présenter en public , sous peine de destitution , tous les moyens qu'il lui plaît de faire valoir dans des affaires qui, soumises aux tribunaux, devaient rester étrangères à l'action ministérielle. N'a-t-onpas vu plusieurs de ces magistrats s'étonner que, pour la défense, on cherchât à s'appuyer de l'autorité d'écrivains autrefois censurés? N'y avait-il pas à leur repondre, que Puffcndoxf , Montesquieu, Mably et mille autres l'avaient été.
Si le grand nombre de contumaces , les demandes de renvoi d'un tribunal à un autre pour cause de suspicion légitime , sont des exceptions assez fréquentes qui semblent indiquer que les justiciables craignent moins de se faire juger, qu'ils ne redoutent les hommes • qui sont appelés à les juger; il faut remarquer que ces circonstances ne se présentent guère que dans les causes où l'on craint l'influence du pouvoir et l'éloquence accusatrice et violente de son parquet. Estil bien sûr d'ailleurs qu'on ne redoute pas encore plus les lois qui ne sont point encore en harmonie avec notre situation nouvelle, que les magistrats chargés de les appliquer? N'y aurait-il pas d'ailleurs un reste de frayeur née dans les temps d'où nous nous éloignons heureusement chaque jour assez pour la voir disparaître bientôt ?
Si , comme l'a dit un écrivain de nos jours , on personnifiait la justice, si on la considérait comme une émanation de la Divinité, si on l'interrogeait, cette noble déesse qu'on nous représente le bandeau sur les yeux, le glaive d'une main, les balances dans l'autre, pourrait nous répondre par cet hémistiche de Phèdre : Le mal vient de plus loin.
Les lois, les exceptions, les jugements qui en sont provenus, doivent y avoir une part plus ou nfoins grande; un ministère avili par la
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cbrruplion qu'il a organisée , n'y est pas sans influence. Quand on le voit manifester partout son intention de ne porter aux emplois que ceux qui ne se refuseront à aucune de ses vues; que les hommes du parti qui a fait les ministres cu;c •..tmes; que les plus recommandes et non les plus rccommandablcs : en le voyant redouter et réprouver les caractères forts, les consciences éclaire'es; en prenant surtout grand soin d'e'carter les esprits susceptibles d'opposition, ne corrompt-il pas l'inslilulion, n'y jette-t-il pas par son fait une déconsidération qui ne devait se fixer que sur lui?
Vendez-nous un procès, disait, il n'y a pas long-temps, un de ses organes? Ne faisait- il pas par-là une cruelle injure à la magistrature ?
Ce que les anciennes Cours de magistrature avaient d'imposant a long-temps suffi pour arrêter le despotisme et garantir les droits populaires. Dans tout gouvernement constitue , l'action contre leS particuliers finit toujours par faire comparaître ceux-ci devant les hommes de la loi ; ce n'est que lorsqu'ils sont dépendants ou asservis, qu'il n'est aucune existence individuelle qui ne puisse être atteinte avec impunité.
Aujourd'hui nos ministres, au lieu de reconstituer dignement la magistrature, et de visera l'affranchir des entraves qu'elle a eues jusqu'à ce jour, la sacrifient, honteusement, au parti cjui les gouverne. La religion qu'ils contribueront sans doute à éloigner des âmes, sur lesquelles elle perdra son empire , du moment oîi on la verra s'occuper des choses matérielles et civiles, qui l'éloignent de son divin objet, devrait èlrc réservée pour diriger leur vie privée, au lieu d'en faire le monopole de leurs actes publics; ils devraient savoir que ce n'est pas en voulant la rendre dominante partout qu'ils la feront chérir. L'état de la religion dans un pays ne se mesure pas sur le nombre des temples, ni sur l'empire que ses ministres exercent sur le tem-