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LIVRE II, CHAPITRE V

porel de ce pays , ni sur les pratiques extérieures qu'ils commandent et qu'ils exigent du magistrat qu'ils veulent élire: l'Italie, l'Espagne, nous en fournissent des exemples assez frappants: nulle part on n'a plus abusé des choses sacrées; dans aucun lieu, même à Rome où elles sont l'objet d'un trafic avoué , elles n'ont autant servi à couvrir les penchants vicieux des passions avilissantes.

D'autre part, les catégories qu'ils maintiennent encore pour opinions politiques : comme s'il n'était pas temps, après dix ans, de les reléguer dans le sanctuaire de la conscience de chacun, sans en faire pour celui qui a toutes les qualités constitutives du bon magistrat, ou pour celui qui n'en a aucune, une cause de réprobation ou de favem-. Avec de pareils éléments de nomination des membres du corps judiciaire, le ministère n'agit-il pas pour en affaiblir la consistance et en éloigner la confiance? Tant est grande sa déconsidération que l'effet est en sens inverse de celui qu'il voudrait obtenir : par ce système il ne fait que des hypocrites; mais il faut dire avec La Rochefoucauld, que l'hypocrisie elle-même est un hommage à la vertu.

Ne ferait-il pas mieux de metire nos lois secondaires en harmonie avec notre nouveau pacte social; de faire disparaître celles qui ne peuvent qu'en neutraliser l'effet, et perpétuer ces traditions impériales qui étouffent nos libertés ? Ne ferait-il pas mieux de réfléchir sur ces règlements qui ont gouverné si long-temps le Las-Empire, en excluant d'une localité tous ceux qui y étaient nés, dans la crainte que l'intégrité du juge pût être corrompue ou même soupçonnée, à raison de son intérêt ou de ses liaisons: règlements d'autant meilleurs à apprécier, que Gibbon affirme qu'ils sont observés à la Chine avec la plus grande rigueur, et qu'une loi de Philippc-lc-Bcl, de i3o2, porte que personne n'exercera les fonctions de baillis dans le lieu de son origine: comme on le sait, alors ces baillis, et les grands baillis, avaient une très grande part à l'administration de la justice.

La marche qu'il suit encore aujourd'hui pour les nominations judiciaires serait pour nous inexplicable , si l'on ne nous en eût donné la clef, en nous montrant que les ennemis de la France avaient clé assez adroits pour lui imposer sa lutte avec ses libéraux , comme son unique affaire.

Pour peu qu'il fit dans cet esprit, il verrait bientôt les corps judi-' ciaires lui fournir un appui contre toutes les résistances, et en amenant dans le pays une grande sécurité , convertir en actions de grâce toutes les accusations dont il est l'objet par sa conduite actuelle. Si les tribunaux avec une organisation analogue aux besoins et à l'honneur de celte Fiance qu'ils mutilent, se mouvaient dans la sphère qu'ils doivent parcourir, et que leur mouvement s'opérât avec le levier de bonnes lois, quel bien ne produiraient-ils pas? La seule pensée grandit et ennoblit celui qui s'y livre. Le magistrat ainsi constitué s'élèverait à la hauteur de ses fonctions; il connaîtrait ses devoirs et ne fléchirait jamais devant ses obligations; Harlay, Mole, Séguicr , d' Agucsseau , seraient ses modèles et son guide ; il invoquerait leurs lumières, imiterait leur courage quand il aurait de grands devoirs à remplir.

Il faut convenir que les idées ci-dessus ne s'attachent guère à la justice administrative ; elles paraissent inhérentes à la magistrature régulière.

Quelques efforts que fassent nos ministres pour la vicier, ils n'y peuvent parvenir : riche de souvenirs, l'honneur , qui pointe si vivement dans les cœurs français , est accoutume à trouver asile dans les membres qui la composent. Tout au plus est-il possible d'admettre la comparaison qu'un écrivain de nos temps s'est plu à établir entre nous et l'Angleterre.

« Le plus grand espace, dit-il, qui sépare le magistrat français du magistrat anglais, est dans cet amour-propre qu'engendrent l'irrita-

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