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LIVRE II, CHAPITRE V

tion et la susceptibilité. Qu'un prévenu, ou même qu'une des parties contradictoires au civil, expose ses droits ou se défende avec énergie, humeur, violence de propos, ou par l'emploi de personnalités, il sera très rare, en France, qu'il n'ait pas laissé dans l'àme de son juge un germe qui viendra se développer dans le cours de l'affaire , et quelquefois dans le préambule ou le dispositif du jugement. Les Anglais en pareille position sont admirables : c'est alors qu'ils déposent tout orgueil, toute vanité, tout égoïsme : on dirait qu'ils ont changé de rôle avec ceux qui sont traduits devant eux; et si leur sentence pleine de raison et de dignité, ne venait désabuser le spectateur à l'issue de la cause , il aurait pu les croire peu habiles à soutenir de pareilles fonctions. »

Celte observation, fût-elle bien faite, ne porterait que sur la forme extérieure; elle n'enlèverait à notre ordre judiciaire aucune portion de la considération qui l'entoure.

Si la remarque d'un grand publiciste a pu être contestée, il faut convenir que l'époque actuelle semble la justifier.

a Règle générale , dit-il, quand le pouvoir déverse ses éloges et ses faveurs sur la magistrature , et que le peuple est sans estime pour ses magistrats, l'organisation judiciaire est antisociale.»

Les apostrophes violentes de M. Peyronnet, ses insinuations directes et indirectes produites par le grand mécontentement de n'avoir pas trouvé les tribunaux assez disposés à lui éviter les contrariétés qui l'ont blessé; l'estime publique qui éclate de toutes parts et en toute occasion pour la magistrature, la préservent de toute application offensante.

Attaquer par la force l'opposition publique , avec laquelle marchent instinctivement ou forcément les tribunaux, c'est l'entreprise d'un insensé, ou celle d'un ministère qui, rencontrant partout cet ennemi, est dans la nécessité de se mesurer avec lui ; c'est le combat de l'idéal contre le positif, de quelques hommes contre des millions.

S'il fallait encore une autre preuve de l'cloignement de la France entière pour la juridiction des préfets ou des Conseils de préfecture et d'État, nous la puiserions dans le cri unanime contre les conflits; nous la puiserions dans cette opinion universelle , dont nous nous rendons ici l'organe ; nous sommes assurés que nous n'aurons de contradicteurs que dans les agents de l'administration ; encore pouvonsnous compter , que le mal contre lequel nous protestons estsi grand, que plusieurs de ses agents le sentent aujourd'hui, ainsi que la nécessité d'y apporter un remède qui sera toujours trop éloigné.

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