LIVRE III, CHAPITRE IV. 5o
tribunaux ne sauraient trop s'étudier à ne pas le laisser renouveler.
Les ministres tels que ceux qui affligent la France depuis tant d'anne'es, introduisent la corruption partout; ils corrompent en ne portant aux emplois que ceux qui ne se refuseront à aucune de leurs mesures ; en ne choisissant que les hommes de parti , généralement les plus besogneux et les moins propres à aucun genre de résistance.
Qu'il est heureux que la magistrature n'ait pas suivi le torrent ! sans elle, il n'en faut pas douter, les ministres eussent entraîné l'État avec eux. Si les citoyens n'eussent pas trouvé justice, ils eussent bientôt senti la nécessité de se la faire eux-mêmes. Il faut que les tribunaux, comme les Chambres, puissent forcer le ministère à rentrer dans la ligne constitutionnelle.
En Angleterre, tout se fait en public et pour lui : le gouvernement marche avec la masse comme avec les corps constitués, partout avec des formes et des a! tribu tiens populaires et nationales.
L'érection d'un corps inconstitutionnel revêtu du titre de Conseil d'Etat rend l'abus non seulement possible, mais presque inévitable : tant qu'il existe, il faut l'observer ; n'ayant ni consistance ni assiette en lui-même , ni pouvoir utile à qui que ce soit , si ce n'est aux ministres, il peut cesser d'exister sans que la machine en éprouve d'autre effet que celui d'être allégée et de mieux marcher ; composé, dissous, modifié, appointé par les ministres, il ira au-devant de leurs vœux ; pour leur plaire, il se donnera, à lui comme à eux , du pouvoir , dont ils croiront tous ne jamais avoir assez pour se maintenir.
Une telle institution n'a été inventée que sous les gouvernements absolus qui en disposaient comme d'un conseil à eux propres, auquel ils communiquaient ou retiraient à volonté l'action. Si elle a été renouvelée sous des gouvernements modérés, si elle existe sous eux et à plus forte raison sous des gouvernements représentatifs, c'est pour