LIVRE V, CHAPITRE II. 4j
une armoire comme dans une maison, un jardin, ou tout autre endroit particulier; en voici un exemple :
Madame de Villette ayant dans son appartement le cœur do Voltaire , en avait toujours disposé de la manière la plus absolue. Enfermé dans une petite urne , il était certainement devenu une propriété particulière qui échappait à toute surveillance de l'autorité. Peu de temps avant sa mort , qui a en lieu en i SaS , cette dame m'avait fait espérer qu'elle me transmettrait un objet auquel elle savait que j'attachais tant de pi-ix ; j'étais loin de me douter que ce don et les contestations qu'on aurait pu élever à cette occasion , eussent jamais été soumis aux lois sur les sépultures, et pussent, sous aucun rapport, entrer dans les attributions du préfet de police ou du Conseil d'Etat. A la mort de sa mère , le fils a transporté l'urne dans sa terre de Villette , près Pont-Sainte-Maxence ; il a élevé dans la bibliothèque du château un monument de simplicité et de bon goût. Le cœur de l'homme qui remplit l'univers de son nom, y est renfermé. M. de Villette n'a pas eu besoin de recourir au préfet de police pour le transport, ni à l'officier municipal du lieu pour leplacement.
Le cœur de Grétry ne pouvait être soumis à d'autres règles. Les mots, police des tombeaux, des sépultures, ne peuvent pas montrer des cimetières dans l'intérieur des maisons particulières, ou dans les cabinets des savants, qui renferment les membres ou une partie quelconque d'un individu décédé.
N'est-il passingulicr de voir la pudeur du ministre et du préfet de police pour l'enlèvement, sans eux, du cœuide Grétry, lorsque, par l'effet de leurs ordres, sous leurs yeux, le C(\ ps, presque encore palpitant, d'un des plus illustres citoyens du monde, a été jeté dans la boue, et les porteurs d'une dépouille aussi précieuse dispersés par le fer des soldats, obéissant sans doute à regret à des ordres aussi barbares. 2. 6
4a DES CONFLITS.
Sur un ordre secret, dit M. Gaétan de la Rochefoucauld, remis par le même homme (Mazug, commissaire de police) à l'officier commandant, celui-ci ordonna à la troupe de tomber sur huit jeunes gens portant religieusement sur leurs épaules le corps de leur bienfaiteur ! On n'eut aucun respect ni pour les hommes ni pour la mort même; le cercueil fut jeté dans la fange, il fut brisé!... Jamais un plus sauvage attentat n'a été commis au sein d'une nation civilisée ; jamais il n'y eut un acte plus illégal , plus révoltant et plus impie.
Qui donc, après un fait pareil, ne blâmerait et ne redouterait l'issue du conflit du préfet de police de Paris, qui prétend que les tribunaux ne peuvent , sans lui, rien ordonner sur les exhumations? Il s'agissait d'un vase dans le [uel était déposé le cœur d'un musicien célèbre ; quel abus de pouvoir et d'autorité ! . . .
L'affaire ne s'est pas arrêtée là.
Le 5 novembre, est encore intervenue une ordonnance dans le cas suivant :
Un des arrêts annulés par l'ordonnance ci-dessus, du 2 août, avait ordonné la main-levée de la caution judicatum solvi au profit des bourgmestres de Liège.
Lors du retrait de la caution, le sieur Flamand y forma opposition.
La Cour royale de Paris, <> Considérant qu'il n'appartient pas à la Cour d'interpréter une ordonnance du roi qui a statué comme jugement privé, et qui comprend dans sa disposition l'arrêt du i4 juillet dernier, renvoie les parties à se pourvoir. »
Sur le pourvoi au Conseil d'État, ordonnance qui,
« Considérant que la question soumise à la Cour royale de Paris n'était autre que celle de .savoir s'il y avait lieu d'accorder aux bourgmestres la restitution de la caulion /udicatum sohu, qui avait été fournie pour la contestation judiciaire qu'ils ont soutenue devant ladite Cour ;