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INTRODUCTION

Le mot conflit n'a été jusqu'ici qu'un mot auquel peu de personnes attachaient un sens précis. Tout le monde sait ou sent instinctivement aujourd'hui , que c'est un acte de l'administration , qui tend à dépouiller les tribunaux , pour arrêter ou pour détruire leurs décisions: on y ajoute l'idée, qu'on arrache par là aux citoyens leurs juges naturels, pour leur en imposer de choisis parmi les créatures de ministres, qui }ie veulent d'autre justice que celle qu'ils distribuent.

Les conflits, inaperçus il y a quelques années, deviennent aujourd'hui le sujet de méditations et de discussions soutenues.

Le changement ne peut êti'e attribué qu'au progrès de nos idées constitutionnelles, et à l'habitude que nous avons de voir nos ministres employer sans foi ces coups d'autorité.

Rien n'égale leur impéritie que leur suffisance. Ils se croient bien enveloppés avec leurs paroles : ordre public , intérêt du roi, dévouement au roi, révolution, révolutionnaires, démocratie, etc.

Ils n'en compromettent pas moins le trône d'une manière tellement grave , qu'il y a péril pour lui , s'il ne se hâte de »• a

Il INTRODUCTION:

faire rentrer ce misérable triumvirat et sa doublure, dans

le néant, d'où l'assemblage n'aurait jamais dû sortir.

Les mains qui ont voulu employer l'instrument des conflits pour détruire le pouvoir judiciaire, étaient trop faibles pour le manier, La déconsidération dont étaient couverts ces démolisseurs de nouvelle structure , a passé sur les agents qu'ils voulaient investir du droit de juger: les citoyens n'ont vu en eux que des recors ministériels ; ils ont réclamé leurs juges légaux : ceux-ci ont répondu au cri de détresse. Premier témoin de l'audace et de l'ignorance des pygmées qui étaient arrivés à la tête de l'administration , sans autre recommandation que leur nullité et leur adjonction aux ennemis des libertés publiques, la magistrature française, pénétrée de ses devoirs et de cette grande vérité , que l'opinion flétrit le magistrat qui manque -d'indépendance , comme le soldat qui manque de courage , a tendu la main aux plaideurs qui lui tendaient les bras; elle a ouvert les deux battants du temple de la Justice, qu'on voulait fermer; le bien est sorti de l'excès du mal ; juges, justiciables, citoyens, tous se sont entendus contre ces envahisseurs obscurs, qu'on a vus bientôt isolés au milieu de leurs compagnons du devoir et d'infortune; ils n'ont recueilli du mal qu'ils ont fait , que l'impuissance d'en faire encore.

Les conflits, au point où on les a amenés, sont une plaie ouverte sur notre corj)s social: il faut, par tous les moyens, chercher à la fermer; les aberrations qui en proviennent pour le profit particulier d'ecclésiastiques ambitieux ou d'une

I]STRODU;CTION. m

aoblesse décrépite , qui ne veulent mettre leur existence que dans leur souvenir , ou ne reconnaître la France que pour l'exploiter, tendent à placer tous les pouvoirs dans un seul, à isoler le roi , pour lequel cependant ils font de si hautes protestations , à le faire par là roi de coterie , au lieu d'en faire le roi d'une grande nation.

Quand Henri III se déclara chef de la Ligue , en fut - il plus roi ? le succès le couronna-t-il mieux qu'il ne l'avait fait jusqu'alors?...

Les conflits sont peut-être l'un des moyens les plus efficients de cette combinaison; en voici le mécanisme:

Autrefois les parlements étaient presque en France le seul obstacle qui gênât la volonté royale, presque toujours maîtrisée parcelle des deux corps privilégiés. Aujourd'hui l'ordre judiciaire , placé sur une ligne parallèle à la puissance executive, peut continuellement arrêter ou contrecarrer l'action du prince, c'est-à-dire l'action ministérielle. Il faut trouver un moyen de neutraliser ou de détruire ces obstacles; il faut, ont dit aux ministres les donneurs d'ordre , évoquer devant le roi , seul juge définitif des hautes juridictions, les procès qui nous intéresseront, et dont la décision tendrait à faire reconnaître un pouvoir indépendant du nôtre.

\ous emploierez les mots qui produisent toujours effet: Conseil d'Etat, ordre des juridictions, etc., etc.; le roi seul, direz-vous, est placé dans une sphère assez élevée pour dominer toutes les positions , et indiquer à chacun sa place ; vous n'avez rien à ajouter à ce qui est fait : vous puiserez dans

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