LIVRE V, CHAPITRE IV. i
teur qui, après avoir compromis son pouvoir, vient ensuite en abuser?
Qui verra. sans indignation de pareils procédés?
Esl-il possible de voir mutiler ainsi les décisions des Cours souveraines ? Quelle sécurité reste-t-il aux citoyens ainsi spoliés à la volonté d'un employé qui fait souvent signer sans lire un acte qui leur ravit le produit d'une justice réglée , les replace dans une justice administrative occulte , réformatrice de la première? Aussi, depuis le conflit , et malgré- que l'arrêt dût recevoir son exécution sur tous les autres points que celui de l'obligation de présenter un autre directeur , le sieur Béiard se révoltait contre toutes les dispositions , et n'en reconnaissait aucune. Il fallait obtenir des jugements ; un notamment, le 25 septembre , ordonnait que , dans le jour , Bérard serait tenu de renvoyer tous préposés par lui nouvellement introduits , sous quelque titre , dénomination ou prétexte qu'ils l'aient été ou le soient à l'avenir , pour le service du théâtre , et notamment pour le contrôle et la perception des droits d'entrée , l'inspection de la salle ; sinon , et faute par Bérard d'expulser à l'instant même lesdits individus , autorise les administrateurs du Vaudeville à les expulser , et requérir, s'il est besoin , l'assistance du commissaire de police , même le secours de la force armée ; et attendu l'extrême urgence , ordonne que le présent jugeii^nt,sera exécuté même sur la ^ minute, dont, etc.
Il y aurait trop à additionner, s'il fallait rendre compte de tout ce qui a été la suite de ce mémorable conflit , surtout quand un homme qui ne respecte rien , n'a rien à perdre , se trouve couvert de la coupable protection d'un ministre , flatté de faire quelque chose d'agréable à son chef de bureau (i).
(i) Bérard doonail à l'inspecteur du ihéatre, et par écrit, l'ordre suivant :
• Toutes les l'ois que M. de Lourdoueix donuera des bilkts, sans exception dt-
i2'| DES CONFLITS.
Si l'on pouvait calculer la différence de position d'une partie (jui , après une longue lutte judiciaire, a enfin triomphé de l'intrigue et de la mauvaise foi, et de cette même partie pendant la durée d'un conflit et après l'arrêté qui renverse la chose jugée, on ne pourrait concevoir qu'un ministre puisse de gaieté de coeur braver une masse d'actionnaires que l'iniquité de la mesure a révoltés. ,Le ministre a su, ainsi que le sieur Lourdoueix, son complice, toutes les vexations qu'ils occasionaient ; ils en ont ri : il a fallu, pour les faire cesser , recourir directement au roi et aux personnes éminentes qui l'entourent , pour qu'il parvînt à les faire cesser, au moment oii le Vaudeville, poussé à bout, allait succomber.
Pour se venger de ce qu'une justice lente mais protectrice leur arrachait leur victime , ces deux potentats désappointés ont cherché à l'immoler tout-à-fait , en donnant encore, au détriment de tous les spectacles existants, et contre le texte des décrets limitatifs encore en vigueur , une autorisation , ou ce qu'ils sont convenus d'appeler un privilège , pour ouverture d'un nouveau théâtre pareil à celui qu'ils n'ont pu détruire.
Il y aurait à examiner si la mesure est légale et la concession régulière ; mais les actionn<yres, débarrassés d'un ennemi, ne s'en sont pas occupés davantage. Ils ont pensé que cet homme ne pouvait que nuire partout oii il porterait sa brouillonne activité et son insatiable avidité. Ils se sont tenus tranquilles, et attendant tout de la justice divine , puisque la justice des lois leur a été ravie.
jours, faites toujours entrer et bien placer. Recommande» et surveillez cela.» Heureux M. de Lourdoueix! il a une salle de spectacle et uue troupe d'acteurs et d'actrices dont il peut disposer à prix d'argent ou gratuitement en fareur de qui bon lui semble.