‹ Des conflitsChapitre 6 sur 412 · XIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XIV INTRODUCTION

breux amis catholiques : peu ù peu ces amis catholiques circonviennent sa personne et remplissent sa cour ; peu à peu les grands offices sont donnés à des catholiques , c'est d'abord , etc. »

Quelque ascétique que soit la vie du prince, nous n'en parlons ici qu'en tant qu'elle se rattache comme cause ou effet aux prétentions que partout nous voyons surgir de la part d'un corps de prêtres qui traverse la royauté pour faire le siège de la France qu'il veut à tout prix soumettre à ses lois comme à ses croyances. Quelques nobles retardataires vienr nent bien se présenter à l'assaut ; mais il faut en convenir, ce ne sont que de faibles auxiliaires : la nation, témoin de ces luttes, n'ignore pas qu'elle en fait tous les frais; elle sait qu'elles n'ont d'autre objet que celui de savoir combien elle paiera, combien on lui laissera, jusqu'où on la forcera; elle rit de ces ambitions parcequ'elle voit le fil avec lequel on les met en action ; elle se confie à ses lois ; pour neutraliser ces calculs , elle oppose sa force d'inertie : Dieu veuille que la sagesse du prince ne l'en fasse jamais sortir!...

Dans tous les temps de trouble et au milieu des prétentions diverses, les Cours judiciaires sont toujours restées fermes et dans l'esprit de leur institution, apportant à la royauté le secours des lois, ou la destituant de ce secours lorsqu'elle voulait s'en écarter ouïes transgresser. Ainsi les parlements^ pour maintenir ù la couronne la puissance et les droits qui lui appartenaient, l'ésislèrcnt à la Cour deUome; ils n'abandonnèrent jamais la doctrine des appels comme d'abus, ce

IlSTRODUCTION. xv

qui a suffi pour nous garantir du joug ignominieux du clergé et du chef de l'église romaine. Ainsi , lorsque l'autorité de Louis XV était impuissante contre le fanatisme du clergé et les discussions qui s'élevaient sur la fameuse bulle Unigenitus, la magistrature vola à son secours; elle arrêta les fureurs et les excès du parti des acceptants : elle dressa ses arrêts de protection, et les fit exécuter en faveur d'un grand nombre de familles désolées par la bulle et le formulaire.

L'indépendance, les grandes attributions de la magistrature, ce qu'elle peut devenir avec le simple exercice du droit de jugrr, voilà au vrai les causes des persécutions exercées sur elle, et de la crainte de lui voir conquérir dans l'État un empire qui se trouverait en contradiction avec des prétentions qu'on n'ose point encore avouer.

Dans le but direct de cet ouvrage , j'ai aussi retherché dans l'histoire si , pour justifier les évocations au Conseil du prince et au prince lui-même , il était vrai que le roi avait eu le droit de j uger ; si l'on pouvait dire que les tribunaux n'étant qu'une justice déléguée, l'évocation ou les conflits ramenaient à la justice réservée. La discussion m'a porté à l'explication de ces mots: Toute justice émane du roi. Cette théorie, ainsi qu'on le verra , repose sur des faits imaginaires ou accidentels , dont on tire de fausses conséquences, et qui, en tout cas, ne peuvent, de nos jours, lorsque la division des pouvoirs sort de la même source, fournir aucune raison à l'appui des conflits , qui , quoi qu'on fasse, seront toujours la honte de l'époque où nous privons.

Page 1