LIVRE I, CHAPITRE XI
elle reparut avec la pureté de son origine , et reconquit bientôt le respect des peuples.
La raison de l'homme consentit sans peine à se soumettre à des décisions qu'on ne considéra plus comme un caprice du pouvoir, ou comme l'expression d'une volonté individuelle , mais comme le fruit d'une délibération éclairée et impartiale.
La puissance civile acquit au sein des Parlements une telle force d'autorité, qu'elle suffit pour défendre la civilisation et la monarchie contre les institutions vicieuses et le faux système dont le gouvernement conservait les funestes traditions.
Philippe IV ne chercha point à empêcher l'Eglise de se séparer de l'Etat, et à substituer, ainsi que cela a été fort adroitement établi en Angleterre , une aristocratie nationale à la polygarchie féodale; sous son règne, la noblesse et le clergé commencèrent à former deux ordres distincts et politiquement divisés , pour opposer deux suffrages au suffrage unique des députés, qui ne parurent que comme un troisième ordre aux états-généraux.
Le gouvernement, au lieu de dissoudre ces corps factieux, et de fondre dans le seul peuple qu'il dût reconnaître ces deux peuples indociles, paraissait les encouxager, en s'associant à leurs prétentions.
Au lieu de maintenir l'unité de l'intérêt national, il créait une multitude d'intérêts rivaux, qu'il se plaisait à mettre en opposition. Misérables artifices d'une politique lâche et odieuse, qui, pour maîtriser chaque parti, promet aux uns et aux autres, ou leur donne alternativement le pouvoir , et rend le pouvoir odieux à tous les partis caressés et trahis tour à tour. D'où il airive que les monarques que cette politique séduit, finissent par ii'étt'c rois de rien, ainsi que Catherine de Médicis le disait au dernier de ses fils.
Le Parlement n'embrassa point ce système; il combattit également la puissance du sacerdoce et de la noblesse.
go DES CONFLITS.
S'il ne put rétablir dans toute sa plénitude Tindépendance de l'église gallicane , s'il ne put trancher les liens qui rendent le clergé de France sujet du saint-siége , il empêcha du moins que les lois et l'autorité de cette puissance ne s'étendissent aux sujets du roi.
En vain la Cour de Rome tcnta-t-elle de corrompre ce corps judiciaire par l'appât de ses bénéfices; en vain abusa-t-elle de la faiblesse de plusieurs de nos rois; en vain le grand Conseil offrait-il un asile au papisme. Les Parlements n'abandonnèrent point la doctrine des appels comme d'abus qui suffit pour restreindre la juridiction de l'église , et nous garantir du joug ignominieux de son chef.
Ils resserrèrent le ceixlc des justices seigneuriales.
Ils soutinrent qu'un seigneur, quel que fut son titre et son rang, ne pouvait ni créer de nouveaux juges, ni donner aux fiefs de sa mouvance la moindre juridiction. Us parvinrent à subordonner aux juges royaux toutes les justices seigneuriales-
Ainsi les Cours judiciaires rendirent à la couronne la puissance et les droits que des juges usurpateurs en avaient détachés.
Nous n'avons pas à faire connaître les changements que subit le Parlement de Paris, modèle de tous les autres dans l'élection, l'emploi et la qualité de ses différents membres. Néanmoins nous devons en donner une idée.
Le service du palais continua d'être distribué comme dans le principe en trois parties : la grand'chambrc , les requêtes et les enquêtes. On y ajouta sous Charles VII la Tournclle criminelle.
Tant que le Parlement cuf l'élection de ses membres, le mérite seul détermina les choix; mais au quinzième siècle le roi décida qu'en cas de concurrence d'un noble et d'un roturier, le noble devait avoir la préférence. Le président ne pouvait être roturier. Pasquier en cite un dont la nomination fut tenue secrète, jusqu'à ce qu'il eût reçu ses lettres de chevalier.