DEUXIEME PARTIE
DE LA COMMANDE DE BESTIAUX
(irbut au commerce de mer, la commande s'étendit par la suite seulemenl au commerce de terre (1).
C'est elle (jui, à celle époijue, alimentait toute la navigation de la Méditerranée, faisait entreprendre des voyages |)rolilables aux marchands italiens, les poussait ver< rOrient à la suite des Croisés (2).
Ainsi usitée dans le commerce de terre et dans le comm<MT(^ de mer, ayant pour objet soit de l'argent, soit des marchandises, la conunande fut l'instrument le plus actif du travail organisé en société. C'est elle qui fut le mobile plus puis^an! poui* remanier les capitaux. Elle se montra particulièrement féconde en Italie.
De très bonne heure, nous l'avons vu, les Italiens s'étaient signalés ])ar l'ardeur et l'habileté de leur génie commercial. Alachiavei reprochait aux l^lorentins de s'être tro[) adonnés au commerce, et d'avoir ainsi « oublié le métier des armes avec lesquelles ils auraient pu
(1) Silherschmidt, p. 35 : « La commande est avant tout un contrat maritime, et si elle s'étendit au commerce intérieur, il apparaît clairement que ce fut seulement par extension, par analogie : les premières et plus anciennes sources de la commande sont dans le droit maritime, ù
(2) Assises de Jérusalem, Ed. Bou^mot, ch. 41 et 45.
Sclopis « Histoire de la législation italienne, I, p. 183 », nous montre les Ualiens à Tyr, en H50, établissant la succursale d'une société formée à Pise, sous le nom des « Humbles », a Societas bumiliorum » : humilité glorieuse et factice, et envoyant des consuls à Antioche, en 1098, à Jatfa et Saint-Jean d'Acre, en 1105 (Sclopis, p. 193 . Cette société secourt larmée des croisés et en est récompensée par des privilèges (Concession de 1188).
Le bressan Collet, qui est une méchante langue, assure que les Italiens suivin^nt les croisés en marchands intéressés, qui cherchent seulement leur compte et servirent aussi bien Mahomet qu'ils avaient servi saint Louis et les autres princes croisés. H compare les Pisans et les (îénois à des corbeaux (Collet, « Des Usures », p. 246).
défendre leur liberté » (1). A eux revient l'honneur d'avoir développé et perfectionné la commande (2). C'était d'ailleurs entre leurs mains habiles un instrument merveilleux, riche en ressources de toute espèce ; ils en ont tiré tout ce qu'ils ont pu.
Le commerce des Italiens, prépondérant sur mer, se tourne également vers le côté occidental de rr^urope et alors se forme sous le nom de Lombards, une grande société de tous les marchands italiens, avant ses chefs, ses ambassadeurs qui traitaient avec les rois de puissance à puissance (-3). Rapidement, toutes les branches du commerce se trouvèrent entre les mains de ces négociants.
(( Ces Lombards qui allaient sucer, dit fortement Troplong, la sul)stance des peuples guerriers et agriculteurs, s'unissaient entre eux par des sociétés de commande. » Ainsi unis, ils font le change aux foires de Champagne (4) et emportent chez eux d'énormes bénéfices. Ils usent de la commande pour le négoce de la terre et pour les besoins de l'agriculture.
La présence de ces marchands Lombards est signalée
(1) Sclopis, I, p. 180, op. cit.,
(2) En italien, « accomenda » Pertile, « Storia del Diritto italiano ». Silberschmidt, op. cit., p. 92. « D^r gewohnliche name ist commendacio,
accomendacio accomanda, accomenda, comande, commande... »; p. 57 « accepi in commendacione ».
(3) Charte du 2 mars 1278, publiée par M. Libri, « Journal des Savants », 1838, p. 618 translation de comptoirs de Montpellier à Nîmes).
(4) Ordonnance de Louis X le llutln, 9 juillet 1315, art. 5: « Lesdits marchands italiens pour charge commande... ne seront par nous repris, ne reprochiez des cas d'usure (ordonnance des Roys de France, de Laurière» I, p. 585).
DEUXIK.MK PARTIE.
DE LA COMMANDE DE BESTIAUX
d'abord dans le Midi. Ils se répandent enfin à partir de \2'2{) dans la Bourgogne, dans la Savoie (1), et Lyon devient leur com|)loir principal (Scho})is, 1. I, Préface), op. cit.
Les Londjards étaient encouragés et soutenus chez nous par nos souverains, les ducs de Savoie, qui se trouvaient clients des bancpies d'Asti et de Chiéri (V. (iauthier, op. cit., a Pièces justificatives » , n° 33, 2 janvier 1367) (2).
Bien que cette pénétration des marchands lombards en Bresse n'ait encore faif l'objet d'aucune étude, on trouve néanmoins dans nos archives maintes traces de leurs occupations commerciaies ici. La Teyssbnnière en cite
(1) Mnratori « L'an du Seiprneur 1226, les citoyens d'Asti commencèrent à prêter et à faire l'ii8ure en France et dans les pays d'Oiitromonts où ils pra^nèrent beaucoup d'arpent, t. \1, col. 142. « Scriptores reruni italicarum »; L. Gauthier. « Les Lombards dans les Deux-Hour^ognes, bibl. de l'»''cole des Hautes Etudes, fasc. 15(5, année 1907. Les commerçants d'Asti pénètrent d'abord dans le comté de Bourgogne, puis vers 1275, ils s'introduisent au duché de Hourgogne. On les trouve à Seupre, à Chàlon-sur- Saone dès 126.'), à Cuisery, 1327, Cuiseaux, 1344. Au xiv* siècle leur commerce à travers la Bourgogne est considérable ^Cf. comptes du péage de Saint-.leun-de l'Orne), pp. 12 et 43.
(2) La maison de Savoie, italienne d'origine et qui possédait de l'autre côté des Alpes de vastes domaines, et en particulier depuis 1313 le comté d'Asti, vendu 200,000 florins d'or par l'empereur Henri VU à son beau-frère Amé V de Savoie, vicaire impérial en Lombardie, fut pour le commerce italien une protectrice éclairée, habile. Les péages lui assuraient d'ailleurs de fortes recettes. C'est ainsi qu'en février 1302, Amé V conçut le {irojet de détourner les compagnies de marchands génois de leur route habituelle par la vallée de l'Isère et le Viennois impraticable pendant les longs hivers ; il leur nt proposer un itinéraire par la Bresse: « Di non passar per altra strada cha per quella délia Bressa ». Le succès de ces démarches semble confirmé par des traités ultérieurs accordant aux marchands pleine sauvegarde et garantie à charge de payer les péages. Traité du 14 juin 1336 (Gauthier, op. cit., p. 137}.
différents exemples (1). Ces Lombards ne sont pas seulement des banquiers, des prêteurs d'argent, ils se livrent à des opérations financières très variées, cautions sur gage ou hypothèques, entreprises de régies financières pour le prince ou les seigneurs (2). Surtout, enfin, ils s'occupent de location d'animaux. M. Gauthier a exhumé de nombreux modèles de baux de ce genre, des archives de la Côie-d'Or (3). Voici quel était leur procédé le ])lus fréquent : la retenue des gages des débiteui^s qui ne payent point, laisse entre les mains des Lombards, du bétalL Ils le font vendre, le rachètent par dessous-main, pour diminuer la perte qu'entraîne toute vente par autorité de justice. S'ils ont racheté ce bétail, ils le placent en cheptel chez les paysans du voi'sinage, de là de nombreux exemples de contrats de louage de chèvres, bœufs, vaches et génis&es.
Ces contrats de commande sont nombreux, on le voit, dans la Côle-d'Or dès 1355.
Il semble bien qu'ici les Lombards aient utilisé un contrat fréquemment employé chez eux. Dans les riches contrées de Lombardie, ce procédé leur procurait une source de revenus. En se fixant sur le sol de la Bresse et de la Bourgogne, ils ont apporté avec eux ce contrat
(1) La Teyssonnière, op. cit., UI, pp. 281-313-365.
(2) Les péages et recettes de Bresse, Bugey et Savoie, sont la plupart du temps affermés à des Lombards (Arch. Côte-d'Or, Inventaire, série B» i;WO-1380).
(3) Gauthier, op. cil. ; 18 août 135:). Archives Côte-d'Or; 22 janv. 1370 B., 1)234, fol. 26 v» : 4 janv. 1370, B., 1280; 22 janv. 1370, ibid. ; 7 février 1370, B., 11280, fol. 56, in Gauthier, «» Pièces justiflcatives », n® 108, etc., p. 64.