‹ Des contre-indications à l'anesthésie chirurgicaleChapitre 5 sur 64 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Contre-indications à l'emploi des anesthésiques, fournies par l'étude de leurs propriétés physiologiques et de leurs manifestations chez l'homme, et chez les animaux.

Ce n'est cependant pas la méthode, si rationnelle, que nous venons d'indiquer, qui a été suivie au début de l'emploi des anesthésiques.

La découverte des propriétés de l'éther, le premier en date, a été l'œuvre du hasard. C'est d'abord sur luimême, en voulant combattre les phénomènes douloureux produits par les vapeurs du chlore, échappées d'une grande bouteille accidentellement brisée, qu'en 1847, le docteur Jackson constata les premiers effets de l'éther. Aspirant abondamment les vapeurs d'éther qu'il avait versé sur une compresse, il sentit bientôt ses membres s'engourdir : il tomba dans la rêverie et l'insensibilité, et perdit connaissance. Son collaborateur Morton, un dentiste américain, l'administra, pour la première fois, chez un malade du docteur Warren, à l'hôpital deMassachussets (1848) ; — on l'employa ensuite, un grand nombre de fois, chez l'homme, avant de faire quelques expérimentations sur les animaux.

La puissance anesthésique du chloroforme fut, pour la première fois, constatée par Flourens, chez les animaux ; mais ses expériences passèrent tout d'abord inaperçues ; ce n'est réellement qu'après des essais faits sur l'homme par le docteur Simpson (d'Edimbourg), et communiqués par lui, à la Société médicale de cette ville,

. que le chloroforme entra franchement dans la pratique chirurgicale (4 nov. 1847) (1).

Cependant, quoique, en réalité, ce ne soient pas les expériences chez les animaux qui aient fait connaître les propriétés des agents anesthésiques ; on peut dire qu'elles ont permis une. analyse beaucoup plus complète de leur mode d'action sur l'organisme. C'est seulement ainsi qu'il a été possible de se rendre compte de leurs effets, comme agents toxiques, et d'apprécier complètement les conditions physiologiques dans lesquelles ils peuvent produire la mort.

L'étude expérimentale des anesthésiques, chez les animaux, sera précieuse, au point de vue qui nous occupe; parce qu'elle nous permettra d'établir, d'une manière précise, à quel degré d'intoxication il convient de s'arrêter dans leur administration. En même temps, l'étude des phénomènes observés montrera à quels signes on reconnaît que ce degré est atteint. Enfin, la connaissance positive de l'action qu'ils exercent sur les grandes fonctions, sur les organes principaux, rend plus facile l'explication des principales contre-indications, qui pourraient surgir.

Page 1