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DEUXIÈME PARTIE

Des contre-indications à l'anesthésie relatives à l'état constitutionnel et à la nature de l'opération.

Au début de l'introduction des anesthésiques dans la pratique chirurgicale, on admit un grand nombre de contre-indications à leur emploi : on se guidait, pour les formuler, sur leurs effets physiologiques, chez les animaux et chez l'homme. C'était là une présomption excusable. Aujourd'hui, le grand nombre des anesthésies accomplies sans danger est venu démontrer V innocuité du chloroforme.

Si vous interrogez, en effet, les maîtres dans les hôpitaux, la plupart vous affirmeront que jamais ils n'ont eu à déplorer d'accidents : quelques uns en ont vu deux ou trois, dans une longue carrière. C'est seulement sur des milliers d'anesthésies inoffensives, qu'on arrive à rencontrer quelques accidents funestes.

La mort, pendant l'anesthésie chirurgicale, est donc un /aii rare, très rare.

Il en résulte que la contre-indication doit elle-même être très rare, et c'est ce qui porte quelques chirurgiens à dire, qu'il n'existe guère de contre-indication à l'administration des anesthésiques.

Tous reconnaissent, cependant, que, toujours, il y a danger, puisqu'on emploie une substance toxique pour endormir le patient. Mais, ils ont des phénomènes indicateurs si sûrs, dans l'observation des manifestations physiologiques de l'agent, des troubles de la respiration et de la circulation, que, toutes précautions prises (elles sont maintenant bien connues), tout tourne à bien. On en arrive à ne plus refuser le bénéfice de l'anesthésie, dès qu'un patient le demande, même pour une opération insignifiante.

Cependant, des observations d'accidents funestes assez nombreuses, des listes mortuaires assez longues, ont été publiées. On est forcé d'y reconnaître que rarement la vigilance du chirurgien a été mise en défaut ; et, on serait presque tenté de traiter l'événement de fortuit ; mais, il faut bien le dire, en pathologie rien n'est l'œuvre du hasard ; derrière l'accident, il y a la cause. On s'aperçoit ordinairement que, s'il y a danger du fait de l'anesthésique, il y a aussi parfois danger du fait de l'état constitutionnel de l'individu, ou du fait de l'opération chirurgicale.

Le danger, cependant, ne constitue pas toujours une contre-indication. On exécute, à bon escient, des opérations réputées dangereuses, telles que : extirper une tumeur du cou qui confine à la carotide, ou ouvrir l'abdomen pour une tumeur de l'ovaire.

La contre-indication à l'anesthésie chirurgicale ne peut guère s'étabHr, non plus, d'après une comparaison entre la statistique des cas heureux et celle des cas malheureux : les éléments d'un pareil travail font défaut.

Il nous faut dom: nous borner à l'étude de certains cas particuliers, que l'opinion des chirurgiens, ou leur fréquence plus grande dans les tableaux mortuaires, imposent à l'attention. — Nous devrons rechercher s'ils ne constituent pas des dangers spéciaux, et, en second lieu, si ces dangers sont tels, que la balance des risques doive pencher en faveur de V abstention, malgré l'innocuité bien reconnue de l'anesthésie, dans l'immense majorité

des cas. Il sera nécessaire que la participation de la circonstance pathologique à l'événement funeste, soit clairement démontrée. Enfin, cette participation devra être assez fréquente pour autoriser à refuser l'anesthésie. C'est pour cette raison que, dans les pages précédentes, nous nous sommes efforcé d'exposer une physiologie lucide de l'intoxication par le chloroforme, de dresser un tableau bien fait des cas de morts, avec les circonstances qui les ont accompagnées, et enfin d'élucider les causes principales de ces morts; c'est ainsi que nous pourrons indiquer quelle est la part de l'agent, et quelle est la part du fait pathologique.

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