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CHAPITRE III

Contre-iadications relatives au siège et à la nature ,de l'opération chirurgicale.

L'anesthésie ajoute certains risques aux risques des opérations, et tous agissent dans le même sens.

Le chloroforme, en effet, même bien administré, détermine toujours un ébranlement dans l'économie, une série de chocs : pour les voies respiratoires au début, puis pour les centres nerveux; après la période, nommée justement période de tolérance, survient la dépression, qui porte à la fois sur les systèmes circulatoires et nerveux, et qui abaisse la chaleur centrale.

L'opération, quelles que soient les précautions prises, est toujours une atteinte violente portée à l'organisme : elle frappe les centres nerveux, par l'anxiété morale, par l'irritation des nerfs sensibles; elle modifie le système circulatoire par voie réflexe, lui faisant subir les oscillations les plus brusques dans sa tension, et dans la force systolique de son moteur central ; et, quels que soient les moyens mis en usage pour V économie du sang, selon l'heureuse expression de M. Verneuil, la perte, si petite qu'elle soit, de ce liquide bienfaisant, de cette chair coulante qui vivifie les organes, est partout leur excitant ( aussi bien pour le cœur que pour le cerveau ), amoindrit les forces de résistances ; la chaleur centrale elle-même est presque toujours abaissée ; en un mot, l'opération met l'organisme dans un état de dépression,

Une franche et bonne réaction est toujours nécessaire. L'usage du chloroforme, qui, comme nous l'avons

vu, amène les mêmes effets dépressifs que le traumatisme, peut-il la retarder? Evidemment, les premiers chirurgiens qui employèrent le chloroforme parurent le craindre; mais aujourd'hui, la conviction est faite, et repose sur une base solide. — L'influence de l'anesthésie, sur l'issue des opérations, a été étudiée par Simpson, en 1848, qui, faisant le relevé des grandes amputations exécutées dans les hôpitaux après l'anesthésie, et le comparant aux tableaux statistiques de B. Philipps, de Lawrie et de Malgaigne, antérieurs à l'emploi de l'éther, arrive aux résultats les plus favorables. Ainsi, la mortalité des amputations de cuisse faites en Angleterre sous l'influence de l'éther n'a été que de 25 0/0, tandis qu'elle était de 38 0[0 auparavant. Les recherches de Roux, de Bouisson, de Porter et d'Arnott plaident aussi en faveur des anesthésiques.

M. le F' U. Trélat, comparant les résultats fournis par les hôpitaux de Paris pendant 10 ans, avec les résultats relevés par Malgaigne, a trouvé que la moyenne de la mortalité s'était abaissée de près de 1{5 pour les amputations réunies de cuisse, de jambe et de bras (1).

Enfm, les relevés des chirurgiens militaires, Baudens, Chenu, Perrin, et plus récemment Oschwadt, pour la guerre du Danemark; la Circulaire de l'armée des Etats- Unis, pour la guerre de Rébellion, sont des plus favorables à l'anesthésie.

Il est cependant deux circonstances qui peuvent créer quelque embarras dans l'esprit du chirurgien : IMes effets de l'anesthésie ne sont-ils pas à redouter dans les opérations de longue durée; 2" ne vaut-il pas mieux refuser l'anesthésie dans les opérations de peu d'importance ?

L'opération de longue durée ne saurait être une contre-indication, car, si le malade n'était pas endormi, ses tortures et les effets du traumatisme le mettraient dans un état de dépression bien plus funeste. Ne fait-on pas

(4) U. Trélat. - Note sur les résultats statistiques des grandes amputations dans les U6p.de Paris,

chaque jour des opérations d'ovariotomie, sans résultats fâcheux qui puissent être attribués au chloroforme ? Si la réaction est parfois lente, qui pourrait dire que la faute en incombe seulement à cet agent ?

Les petites opérations ne contre-indiquent pas toujours Fanesthésie d'une façon absolue, comme on l'a dit autrefois ; mais le chirurgien ne doit endormir le malade que s'il est déterminé à en subir les risques et périls, s'il en a exprimé la volonté absolue {deliberately) : ainsi, dans l'opération de l'ongle incarné, de la fistule anale ou lacrymale, du phimosis, de l'avulsion des dents, de l'ouverture d'un abcès, etc. Il convient d'employer l'anesthésie locale, toutes les fois qu'elle est suffisante, — Cependant, on refuse ordinairement l'anesthésie générale pour les opérations de petite chirurgie, scarifications, incisions, ponctions, etc.

Après ces considérations générales, il nous faut examiner si, dans chaque groupe d'opérations, en raison de leur nature ou de leur siège, il ne peut y avoir des dangers particuliers qui soient le point de départ de contreindications à l'anesthésie.

Ces dangers ne peuvent évidemment résulter que des effets qu'exerce l'acte opératoire sur la circulation et la respiration, soit directement, soit indirectement, par la voie réflexe- Nous adopterons, à cause de cela, la division suivante, qui nous conduira à quelques déductions générales :

Nous recherchons successivement s'il existe des contre-indications à l'anesthésie dans les opérations, qui se pratiquent dans la zone distributive des nerfs bulbaires, des nerfs spinaux et des nerfs splanchniques.^

Pour montrer que, réellement, certaines opérations semblent créer des dangers un peu spéciaux dans l'anesthésie, nous reproduisons ici la liste des décès, pendant la chloroformisation, d'après la nature des opérations:

Amputations, 22, (doigts et orteils, 1 1 ; — Avant-bras et coude, 2 — Pied, 2 — Jambe, 3 — Cuisse, 3 — Am-

putation secondaire, 1 — Lieu d'amputation non-indiqué, 1).

Luxations, 12. (Mâchoire, 1 ; — Avant-bras, 1 ; — épaule, 8 — Cuisse, 2).

Extraction de tumeurs, 13.

Exploration de plaies, réduction de fractures, 7.

Opérations sur les organes génito - urinaire de Vliomme, 10. (5 cathétérismes — 1 castration).

Sur les organes génitaux de la femme, 4. ( 2 ovariotomies).

Fistules et fissures anales, 7.

Hernies. 4.

Nécrose ^t caries y 5.

Rupture d''ankijloses, 5.

Ulcères, 2.

Ouverture d^ahcès et section do fistules, 10. Extirpation de dents, 7.

Opérations sur les yeux, 17.

Non-indiquées, 9.

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