‹ Des contre-indications à l'anesthésie chirurgicaleChapitre 62 sur 64 · VI. — IVICrite d Amylc · texte numérisé non relu

VI. — IVICrite d Amylc

Nous nous contenterons, seulement, de mentionner ici cet agent qui a été à l'étranger, l'objet de recherches intéressantes de la part de Weir Mitchell, de Crichton Browne, de Philip, et de Mac Bride; et, en France, de la part de MM. Bourneville, Droz, Marsat, Veyrière et Franck.

Il a, d'après M. Bourneville, une action toute particulière sur le système musculaire : il le paralyse. Il détermine une activité circulatoire très grande, surtout à la tête, au cou, et à la partie supérieure du tronc, et plus spécialement à la face, où l'on observe une cyanose très prononcée. lia surtout été employé en inhalations contre les attaques d'épilepsie et d'hystérie.

Si nous en parlons ici, c'est qu'à plusieurs reprises on s'en est servi, avec succès, comme antidote du chloroforme, pour ramener à la vie des malades intoxiqués par cet agent. C'est ainsi que le docteur Bryant a pu ranimer un malade qui venait d'être saisi d'une syncope chloroformique, en approchant de ses narines un mouchoir, sur lequel il avait versé quelques gouttes de nitrite d'amyle, alors que tous les autres moyens avaient complètement échoué (1).

(<)Voy.pour la bibliographie de cet agent : Bourneville, Recherches cliniques et thérapeutiques sur l'épilepsie et l'hystérie. Paris 187b. — Bvydint, Méi.times and Gaz. vol. I, p. <67, 1879. — Nous citerons en outre comme ayant publié des notes ou des observations surlenitrite d'amyle, comme antidote du chloroforme: W. C. Dabney, P/uladelphiamed. Tmgs, août 1, 1874. — Burrall, The médical Record ^ p. 358 I8\5, et New -York med. journ. nov. 1876, p. 4b7. — Bader^ the Lancet, 1873 p. 644 et the Med. Record, 1878, vol. XIV.

vu. — Protoxyde d\%zot«

Découvert par Priestley en 1779, ce gaz ne fut étudié iiu point de vue de ses propriétés chimiques que 20 ans plus tard, par H. Pavy. C'est Horace Wells, qui, en 1844, l'employa pour la première fois chez l'homme comme anésthésique : mais, ayant voulu lui gagner des partisans, et propager sa méthode, il tenta une expérienpe publique, qui ne réussit pas. Il en conçut un tel chagrin qu'il s'puvrit la veine. Ei> 1863, Colton réhabilita ce gaz en Amérique, el^ ij fut intrp^ujt en Fraï^çe pa^ ^. Préte^re,

' Depuis cette époque, il était ernployé exclusivement par lés den|iistes, quand les recherches de M. le professeur P. Bert sont venues démontrer qu'en le faisai^t respirer au malade, sous pression, et niélangé d'oxygène en proportions déterminées, on pouvait produire une an^s? thésie favorable aux opérations chirurgicales.

a) Employé à la manière des dentistes, le protoxyde d'azote ne produit l'anesthésie que par l'asphyxje qu'il détermine.

C'est bien en effet le tableau de l'asphyxie que Ton a sous les yeux lorsqu'on observe un patient soumis depuis quelques instants aux inhalations du gaz: au bout de quelques secondes, c'est-à-dire au bout de cinq ou six inspirations du gaz pur, la face pâlit et exprime une anxiété profonde, le patient éprouve une sorte d'ivresse £^y^c sensation de déplacement; en même temps, le pouls s'gipcélère jusqu'à. 120, 150 pulsations et devient petit; il y a parfois une véritable réaction, comme au début de l'ivresse chloroformique. Bientôt, au bout d'une luinute environ, les phénomènes asphyxiques apparaissent : les lèvres deviennent bleuâtres, hvides; la face se boursouf- Dc, la respiration devient bruyante, stertoreuse; c'est alors

généralement que l'immobilité est complète. A cette période, si l'on cesse les inhalations, le malade ne tarde pas à se réveiller, et au bout d'une ou deux minutes, il ne conserve plus qu'un peu de pesanteur de tête et d'étourdissement bientôt dissipé.

L'anesthésie par le gaz protoxyde est généralement obtenue au bout d'une minute ; mais elle ne persiste, lorsque les inhalations ont cessé, que quelques secondes, l'instant d'une très courte opération; encore n'estil pas rare que le patient dise avoir ressenti delà douleur. Le peu de durée de la période anesthésique, c'est là, en définitive, ce qui caractérise le gaz.

Nous avons vu les phénomènes asphyxiques apparaî- \tg au bout d'une minute environ ; l'aspect que présente à ce moment l'individu soumis aux inhalations , n'a rien de rassurant ; parfois même il est véritablement effrayant et ne manque jamais d'impressionner très vivement, même les médecins qui assistent pour la première fois à une opération de ce genre. • D'ailleurs, il faut bien savoir que l'innocuité du gaz hilariant n'est pas absolue, comme ses partisans l'ont prétendu pendant longtemps, car il existe dans la science 6 à 8 cas de mort causés par cet agent.

(3) Au contraire, dans le procédé de M. Bert, les choses sont disposées de telle façon que l'asphyxie est absolument impossible. — Le malade respire constamment un mélange de gaz où il entre assez de protoxyde d'azote pour anesthésier, en même temps qu'une quantité d'oxygène suffisante pour entretenir la vie.

Nous ne décrirons pas ici les appareils de M. Bert, ni leur fonctionnement. Nous dirons seulement que, employé par MM. Péan, Labbé, Perrier, et LeDentu, en France, par M Deroubaix, professeur à Bruxelles, le gaz hilariant sous pression parait avoir donné des résultats très encourageants. - ' •

Actuellement, on peut estimer à 200 le nombre des opérations pratiquées par cette méthode. On trouvera

rapportés dans l'excellente thèse que vient de soutenir devant la Faculté M. le D-- R. Blanchard, les observations d'une soixantaine de ces opérations.

Les avantages de ce procédé sont les suivants d'après M. Paul Bert.

« Le protoxyde d'azote supprime ou atténue extrêmement la phase d'excitation, qui est si pénible avec le chloroforme, etparfoissi terrible avec l'éther. Pendant l'anesthésie, le malade est dans la résolution la plus complète. Le chirurgien qui, avec le chloroforme et l'éther, a toujours l'œil au guet pour surveiller le malade, n'a ici de préoccupation d'aucune sorte. Dès que le malade cesse de respirer le mélange anesthésique, il revient instantanément à la sensibilité et au bien-être : il n'y a donc point, avec le protoxyde d'azote, cette longue période de torpeur et d'angoisses, de vomissements consécutifs, qui est inséparable de l'emploi du chloroforme, et dure parfois plusieurs jours.

« Le mode de dosage du chloroforme, administré par le procédé ordinaire, n'est rien moins que parfait. Le chloroforme s'évapore plus ou moins vite suivant que la température est plus ou moins élevée, que l'atmosphère ambiante est plus ou moins saturée de ses vapeurs : il se trouve dans les voies respiratoires en quantité variable, ce qui tient aux mêmes causes et aussi à la distance plus ou moins grande qui sépare la compresse imbibée de chloroforme des voies respiratoires. Avec le protoxyde d'azote rien de semblable: la quantité de protoxyde d'azote respirée est toujours la même; et, comme elle est suffisante pour amener l'anesthésie, il en résulte que le malade devient et demeure insensible aussi longtemps qu' on le j uge convenable.

« Le chloroforme, l'éther et en général tous les carbures et chlorocarbures d'hydrogène, introduits dans l'organisme, n'y demeurent point indifférents : ils s'y dissolvent dans les matières grasses des organes, notamment dans le sang et dans les centres nerveux. Lors donc qu'on éloigne la compresse chargée de chloroforme, et

qu'on fait respirer l'air libre, il reste encore du chloroforme dans l'organisme, ce qui explique la continuation des accidents.

« Le protoxyde d'azote présente, au contraire, le grand avantage de se comporter dans l'économie d'une manière indifférente etde ne se combiner avec aucune partie de nos éléments ou de nos tissus : il se dissout simplement dans le plasma sanguin et est très promptement expulsé de l'organisme, lors du retour à l'air libre.

« D'autre part, à une même pression, la quantité de protoxyde d'azote absorbée par le malade ne saurait varier ; le malade se sature de ce gaz, mais ne s'en sursature pas, à moins qu'on ne fasse augmenter la pression. Pour le chloroforme, la quantité absorbée par le malade varie au contraire à tous les instants.

« Enfin, en se rappelant le nombre considérable d'opérations faites par les dentistes avec le protoxyde d'azote, on voit que ce gaz est extrêmement facile à manier et qu'il n'occasionne que très rarement des accidents. Vous savez tous qu'on ne peut malheureusement pas en dire autant du chloroforme et de l'éther, et que la liste est longue des accidents survenus par leur emploi, même quand ils sont maniés par les plus habiles opérateurs.

« Voilà les avantages de ma méthode. Voyons, maintenant, quels en peuvent être les inconvénients.

« Il est difficile de se procurer des chambres en tôles : aussi la chirurgie de campagne et la chirurgie d'armée ne pourront-elles pas bénéficier de ma méthode. La chirurgie de ville pourra, au contraire, l'appliquer journellement, soit qu'on transporte les malades dans un établissement d'aérothérapie, soit, au contraire, qu'on construise des cloches mobiles : on pourra, dans ce dernier cas, aller à domicile faire les opérations. Il faudra bien encore, il est vrai, faire quitter aux malades leurs appartements pour les transporter dans la cloche, mais les nombreux avantages qu'ils retireront de ce procédé compenseront largement ce petit inconvénient.

a Enfin, il sera très facile et peu coûteux d'établir de

vastes appareils dans chaque hôpital. Comme chaque hôpital possède une machine à vapeur, on pourra l'employer à comprimer l'air dans la cloche et le travail de compression, qui nécessite actuellement l'emploi de six à dix hommes et une dépense de forces équivalant à un cheval et demi vapeur^ pourra se faire sans nouvelle dépense.

« Faut-il ajouter^ poui- finir, que le séjour dans l'air comprimé ne doit aucunement effrayer l'opérateur et ses aides, et qu'il ne présente aucun inconvénient: aux faibles pressions où on se place pour opérer, c'est tout au plus si on ressent un certaine action sur le tympan et ehcore est-il facile de l'éviter» A côté de ce petit désagrément , se placent quelques avantages : l'air comprimé, comme on le sait, est très efficace dans le traitement des catarrhes dé la muqueuse nasale^ delà tromped'Eustache et en général des voies respiratoires. » . .., r. ■; ^ vo.

On ne doit pas craindre d 'administrer le protoxyde d'azote aux alcooliques et aux hystériques. Les alcooliques présenteront bien quelques contractures au début de l'inhalation, surtout si la pression est peu élevée, niais il sera facile de devenir maître de ces contractures en moins d'une minutcj simplement en augmentant la pression de deUx ou trois centimètres de mercure.

Les observations, que rapporte M. Blanchard, démontrent que chez les hystériques il survieht également assez fréquemment des crises nerveuses, mais on peut fee démander si elles doivent être mifeès sbr le cômpte du protôxyde d'azote. La grande appréhension causée par la pensée de l'opération ne suffit-elle pas à les produire? En tous Cas, ces crises n'oht rien d'inquiétant * on s'eii rend maître de la même façon que des contractures des alcooliques, en augmentant la pression j ou bien elles cessent d'elles-mêiiies au bout de quelques secondes d'inhalation.

D'après les résultats fxDurnis par les opérations pratiquées jusqu'à présent par cette méthode, on nedoitpoint non plus redouter de syncopes.

L'étude approfondie de l'action du protoxyde d'azote sur le cœur et la circulation n'est point encore faite, mais enverra dans la thèse de M. Blanchard que, dans la plupart des cas, le pouls reste absolument normal pendant l'anesthésie; quand il varie, c'est d'une façon insignifiante : il montera, par exemple, de 90 à 110 au début de l'inhalation et ne tardera pas à rédescendre à 90 pendant l'anesthésie.

En résumé, nous croyons que la méthode d'anesthésie par le protoxyde d'azote mélangé à l'oxygène administré sous terlsion, par son innocuité complète, serecomtnânde à l'attention des chirurgiens. Elle nous parait surtout devoir être avantageuse dans les opérations de longue durée, telles que ovariotomie, etc., à cause de la facilité d'élimination du gaz, de l'absence de combinaison chimique avec les tissus, et du retour rapide à l'état normal, et parce que la dépression du système nerveux paraît moindre qu'avec le chloroforme. Mais elle ne nous paraît pas applicable aux opérations sur la face, qu'il faut recouvrir d'un masque en caoutchouc, pour pratiquer l'inhalation.

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