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DU RÔLE DES SERVICES DE PAQUEBOTS DANS UNE ÉCONOMIE NATIONALE

Les considérations qui précèdent sont d'ordre général. Si on se place à un point de vue d'économie nationale, on constate qu'une grande nation a un intérêt majeur à être reliée aux ports étrangers avec lesquels elle entretient les relations les plus suivies, ainsi qu’à ses protectorats et possessions d'outre-mer par des services de paquebots naviguant sous pavillon national.

Ces lignes constituent en effet pour le pays un moyen d'expansion politique et économique, un instrument de relations « impériales » avec ses colonies ; elles sont aussi les utiles auxiliaires de sa puissance militaire et navale.

1° Les grandes lignes maritimes servent l'influence et les intérêts politiques du pavillon ; elles se justifient tout d’abord par des raisons d'ordre patriotique et sentimental, tirées du prestige et de l'indépendance de la nation : un grand pays ne peut laisseraux seuls étrangers le soin d'assurer ses relations régulières avec les ports d'outre-mer ; il doit avoir au contraire le légitime souci de posséder un grand nombre de paquebots, et de promener ses couleurs sur toutes les mers du globe ; à cet égard, les paquebots secondent les divisions navales lointaines, dont le nombre et l'importance ont d’ailleurs beaucoup diminué.

Mais le paquebot ne porte pas seulement sur les mers l'honneur du pavillon ; il y symbolise en quelque sorte la puissance industrielle et commerciale du pays.

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Rappelons d’abord à ce sujetce quia été dit delanécessité pour une nation de posséder une puissante marine marchande : Un pays a un intérêt majeur à être le propre transporteur de ses produits ; #rade follows flag, disent les Anglais : le commerce finit toujours par suivre le pavillon ; si le pays ne présente pas lui-même ses produits à ses clients d'outre-mer, s’il est obligé de les exporter sous pavillon étranger, ses producteurs verront peu à peu les débouchés se fermer devant eux ; l'expérience démontre en effet qu’on ne livre pas impunément aux armateurs des nations rivales, en même temps que la marchandise, des renseignements aussi importants que les noms des clients, la nature des produits et des échantillons, ainsi que les prix. Renseignés par leurs compatriotes armateurs, les industriels étrangers ne tardent pas à posséder les informations nécessaires pour entreprendre eflicacement la lutte : les destinataires voyant arriver, à côté de la marque à laquelle ils étaient habitués, d’autres marques, de plus en plus nombreuses, provenant du pays auquel appartient Le navire et destinées à leurs concurrents ou à leurs voisins, sont d'autant plus tentés d’imiter ceux-ci qu’on les sollicite en toute connaissance de cause. Ainsi les fabricants compatriotes des armateurs finissent par obtenir, sous l'égide de leur pavillon, la suite des commandes.

De plus la guerre actuelle a lumineusement démontré que le ravitaillement national ne pouvait être subordonné sans inconvénients, au bon vouloir des marines alliées ou neutres et que la nécessité de ce concours se traduisait, au détriment de notre change, par des sorties de fonds considérables.

La prospérité nationale est donc intimement liée au développement de la marine marchande nationale,

Mais, parmi les divers éléments dont se compose une msarine marchande, le plus utile, du point de vue des intérêts

généraux d’une nation, est le service régulier de paquebots. En raison dela stricte régularité des itinéraires qu'il dessert, de la ponctualité avec laquelle il livre son chargement et aussi parce qu’il n'amène pas seulement la marchandise, mais encore l’homme d'affaires et le colon, le paquebot est un instrument économique supérieur au cargo-boat et au voilier. « La ligne de paquebot, dit Georg Jaensh, dans son étude sur les lignes subventionnées allemandes (4), ouvre la voie au commerce ; elle enfonce des clous,des coins dans des marchés déterminés pour écouler par cette fissure letrop plein de la production nationale. elle attire dans la région qu'elle dessert des colons qui,s’appuyantsur elle, s’établissentet fondent des maisons de commerce» ; elle soutient ainsi les efforts de ses nationaux, en mème temps qu'elle assure avec la mère patrie le lien indispensable, puis, avec le développement des affaires, des lignes purement commerciales viennent doubler la ligne de paquebots, la prolonger sur des points non encore desservis ; des embranchements rayonnent, alimentent et vivifient la ligne principale ; celle-ci devient alors pour le plus grand profit des affaires nationales « la maitresse artère de tout un réseau » (2). Cette idée était celle de Bismarck lorsqu'il provoqua, par des moyens que nous aurons l'occasion d'indiquer, la création sur l’Extrème-Orient, l'Australie et l'Afrique Orientale, de services réguliers et rapides qui ont ouvert des débouchés à la colonisation et au commerce allemand aujourd’hui très prospères dans ces régions.

La création ou la suppression des services réguliers ont

(1) D' Georg Jaensh, Die Deutschen Dampfer Subventionen, Berlin, 1907. De 1889 à 4904 le commerce de l’Allemagne sur l'Extrême- Orient et l'Australie accuse un accroissement respectif de 485 0/0et de 555 0/9 en quantité, de 532 0/0 et de 385 0/0 en valeur.

(2) Mauzaize, L'art allemand de se faire une marine aux dépens d'autrui, Paris, 1908.

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une répercussion immédiate sur le commerce national dans.

les régions desservies. C’est ainsi qu’en 1861, avant la création d’un service de paquebots français sur les Indes, la Chine etle Japon, le mouvement du commerce général de la France avec ces pays était de 4.213.000 francs seulement, qu'en 1863, première année d'exploitation, il montait à 28.592.000 francs et qu’il atteignait 64.143.000 francs en 1865 (1). Par contre, la ligne française qui desservait autrefois la côte Pacifique de l'Amérique du Sud ayant été supprimée en 4892, les importations françaises au Chili se mirent immédiatement à décroître ; en trois ans, elles tom-

bèrent de 6.472.000 à 4.644.000 piastres tandis que les importations de l'Allemagne qui venait au contraire de créer une ligne sur ces régions atteignaient en 4895 un chiftre d’affaires de 17.200.000 piastres. Et on sait d’ailleurs combien puissante était au Chili l'influence germanique, au début de la guerre, et quel abri complaisant y trouvèrent plusieurs navires de guerre allemands (2).

Enfin les services réguliers servent d'autant mieux les intérêts du pavillon qu’ils sont plus rapides et plus luxueux. Le Kaiser a dit du grand paquebot rapide qu'il était «le plus brillant des voyageurs de commerce» ; c’est en effet Le plus grand et le plus visible des produits de l’industrie nationale et presque toutes les branches de la production contribuent à sa construction et à son exploitation : mines, métallurgie, chantiers de construction, ateliers de chaudières et de machines, industries les plus diverses de la décoration et de l’ameublement, industrie hôtelière ; et comme il porte le pavillon, comme c’est celui des « produits » nationaux qui lutte le plus ostensiblement contre les « produits » similaires

(1) Exposé des motifs, loi du 4 juillet 1868. (2) Le Shennorst et le Geisnau qui purent ainsi surprendre et mettre hors de combat une division navale anglaise.

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étrangers, il constitue pour tout le travail national dont il est en quelque sorte le résumé et auquel il sert d’exposition permanente et ambulante, la meilleure, la plus utile des réclames ; il représente à l'étranger un peu de la grandeur et de la force du pays et quand ildispute à un paquebot concurrent le record d’une traversée, il ne lutte pas seulement, comme une automobile de course, pour une industrie particulière, mais pour l’ensemble de la production nationale.

20 Dans le même ordre d'idées, les Puissances coloniales ont besoin de communications impériales « avec leurs possessions d'outre-mer. Avec les colonies plus encore qu’avec les pays étrangers, des services réguliers et rapides sont nécessaires pour une métropole, non seulement parce qu'il faut assurer le transport du courrier, des fonctionnaires et des troupes, mais encore parce qu'il serait inutile de mettre en valeur une colonie, d’y construire des ports, des routes et des voies ferrées, en unmot d'y développer les communications intérieures, sil’on devait laisser aux étrangers les meilleurs moyens d'en tirer profit en leurabandonnant les communications extérieures et plus spécialement les lignes de paquebots ; celles-ci en effet amèneraient nécessairement des colons étrangers qui apporteraient des échantillons étrangers, fonderaient des « frms » étrangères, en imposeraient à des indigènes facilement impression nables et seraient, en fait, les vrais maîtres du pays. Il faut donc que, dès la conquête, une puissance coloniale se préoccupe de mettre son pavillon en mesure de lutter victorieusement contre les ligues étrangères. Le rapport de la Commission de la Chambre des Communes, chargé d’enquêter en 1902 sur les subsides à la navigation, donnait un exemple frappant de la nécessité de communications impériales entre l'Angleterre et ses possessions de l'Afrique Orientale : le

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