V. Toutefois , gardons-nous d’affirmer que le canal
(1) Boyer , Traité des malad. chir. , t. X. Sanson, dict. , de méd. et de chir. pratiq. — Lauguier , thèse de concours , p. 18 ; et avec eux beaucoup d’autres auteurs.
urinaire est la seule voie que suivent les corps étrangers pour arriver à la vessie. A une semblable proposition , la science répondrait par de nombreuses observations qui prouvent que quelques-uns de ces corps appartenant au règne minéral ou végétal , ayant été introduits dans les voies digestives , sont arrivés jusque dans le réservoir de l’urine. Pour ne citer que quelques preuves en faveur de ce fait, nous nous contenterons de rappeler celles fournies par Pigray , qui dit avoir vu un médecin rendre avec l’urine des grains d’anis dont il faisait usage en prenant de l’eau de Spa(l); de Fabrice de Hilden qui donne des exemples de grains d’anis et d’alkekenge sortis par les voies urinaires après avoir été introduits par la bouche (2); de Bartholin qui fait mention de grains de plomb , de petits os , de noyaux de prunes évacués pareillement avec les urines , apres avoir été avalés (3); enfin, de Vander-Wiel(4), de Bonnet (5), de Paré (6), de F. Plater(7J,de Hevin (8) et de Morgagni, qui ont vu des aiguilles et des épingles introduites dans les voies digestives , être enlevées de la vessie plus ou moins longtemps après leur déglutition. Elles étaient recouvertes d’une couche de matière calculeuse qui dans
( i) Epitome des préceptes de chirurgie , liv. 10 , chapit. XX, p. 750. (2) Cent. 5 , obser. 72.
(5) An., lib. 1 , p. 170.
(4) Obs. rar cent. 2 , obs. 18, p, 204,
(5) Sepulch. , lib. VI , sect. 28 , obs, 50.
(6) Paré , liv. XXV , chap. 15 , p. 662.
(7) Obs., 1. 111 , liv. 2 , chap. 10.
(8) Mém. de l’Acad. roy. de chir. , t. 1 , p. 530.
la plupart des cas avait nécessité l’opération de la taille.
VI. Nous n’avons pas besoin , pour expliquer ces faits , de suivre avec certains auteurs , la marche supposée des corps étrangers dans le torrent circulatoire , et à travers les reins et les uretères. Un semblable commentaire approche trop du merveilleux , pour ne pas emprunter quelque chose à l’ignorance. Quelque simple qu’elle soit, nous préférons la vérité avec Chopart (1). Vallisnieri et Morgagni qui , dans ses investigations pour la connaissance des causes et du siège des maladies, a rencontré plus d’un exemple semblable dont il nous a laissé l’histoire. L’anatomie pathologique qui a reçu un secours si puissant des travaux du savant Italien , nous révèle en effet, que des épingles, des aiguillesou un corps étranger quelconque, peuvent parcourir une partie du canal intestinal , et après s’être arrêtés vers la fin de l’iléon ou dans une autre portion d’intestin voisine de la vessie, traverser les parois de ce canal , percer aussi celles de la vessie, et après l’ulcération de ces deux organes, tomber dans la cavité vésicale. De cette manière, dit Morgagni , on peut comprendre comment un homme dont Vong a parlé , rendit avec une urine féculente de petits grains de raisins secs, de petites parties de feuilles et de racines et d’autres choses qu’il avait avalés. C’est qu’il n’est pas contraire à la vraisemblance , ajoute l’éminent anatomo-pathologiste , que quelque intestin
(1) Traité des maladies des org. urin . , t. Il , p. 129.
enflammé ait pu se réunir à la vessie , et qu’après la formation d’un petit abcès du pus se soit échappé dans la cavité des deux viscères , et ait laissé une fistule ouverte entre l’un et l’autre. « Nimirùm ut « à veri similitudine non abhorreat mflammatum aliquod « intestinum cum vesicâ coalescere, et parvo aliquo abcessu « facto , pus in utriusque cavum erumpere > apertamque « inter utrumque fistulam relinquere potuisse (1), » Indépendamment de cette voie , les corps étrangers arrivent à la vessie par une ouverture extérieure ou communiquant avec la matrice ou l’ovaire (2) ; toutefois , on admet avec moins de facilité aujourd’hui une pareille explication , trop souvent invoquée pour éviter ou reculer d’humiliants aveux.
(1) Morgagni , De sedi. et caus. morb. , lib. 111 . epist.42 , §. 43. (2J Civiale , Traité de M. calcul. , p. 78.
§ 1er. Des corps étrangers introduits accidentellement dans la vessie par l’urètre.
I. Le nombre des corps étrangers parvenus accidentellement dans la vessie par l’urètre , chez l’homme ou chez la femme , est prodigieux.
On a trouvé dans ce viscère des épis de blé (1), des portions de bougies eraplastiques (2), des fragments de sondes de plomb ou d’argent (3), des clous de fer à cheval (4)., des balles de plomb (5 J, de petits os (6), des canules (71, des morceaux de fil d’archal, des ferrets d’aiguillettes (8) , des aiguilles à coudre ou à tricoter (9) , des épingles à cheveux ( 1 0), des baguettes de bois (11), des portions de tuyaux de pipe (12), des cure-oreilles , des tiges de baromètre (13), des haricots , des noyaux de prune, beaucoup d’autres choses , et jusqu’à une pomme d’api (14).
(1) Mém. de l’Acad. de chir., t. IX, p. 540.
(2) Mém. de la Soc. de méd. de Paris, an 1780, p. 282.
(5) Chopart, Traité des mal. des or. urin., 1. 11, p. 103.
(4) Dicl. des scien. méd., t. Vil, p. 58, art. Corps étrangers.
(5 et 6) Ibid.
(7) Mém. de P Acad, de chir., t. IX, p. 542.
(8) Tolet, Traité de lalith., p. 33.
(9) Paré, OEuv., liv. 25, ch. 15, p. 662.
(10) Morgagni, Loc. cit.
(11) Soc. de méd. an 1779, p. 213, obs. de Sernin de Narbonne.
(12) Morand, Traité de la taille , p. 270.
(13) Saucerolle, Hist. abrég. de lalith., obs. lre. Civiale, Traité de faff. calcul., p. 109.
(IA) Morand, cité par Chopart, ouv. cit,, t. 11, p. 119.
Noire intention , on le comprend , n’est pas de reproduire ici, dans leurs détails, toutes les observations qui ont été rapportées à l’occasion de ces différents faits; cette énumération serait d’ailleurs aussi inutile que longue. Nous nous bornerons donc à l’histoire des cas les plus intéressants.
Pour mettre quelque ordre dans ce travail , nous distinguerons parmi les corps , les longs et les courts ; les premiers seront, en outre, droits ou courbes , flexibles ou inflexibles.
11. Exemples de corps longs , droits et flexibles ou inflexibles , introduits accidentellement dans la vessie par l'urètre. — Au nombre des corps longs et droits, nous devons mentionner tout d’abord les aiguilles et les épingles. De leur usage très-répandu , dépend sans doute la fréquence de leur introduction dans le réservoir urinaire. M. Vidal (de Cassis ) explique la facilité de leur marche de dehors en dedans ^ par l’impossibilité dans laquelle ils se trouvent de revenir au méat urinaire sans pénétrer dans les tissus, en raison de la forme aiguë d’une de leurs extrémités. Cette circonstance ne nous paraît pas suffisante pour entraîner les corps situés dans l’urètre jusques dans la vessie, et nous avons déjà prouvé que d’autres causes agissent pour amener ce résultat.
Nous allons montrer par des citations que les annales de la science fourmillent d’exemples de pierres auxquelles ces corps ont servi de noyau.
En 1655 , dit Paré , Pierre Coquin , subit à Paris l’opération de la taille ; on retira uue pierre de la
grosseur d’une noix. , au milieu de laquelle fut trouvée une aiguille dont coustumièrement les cousturiers cousent (IJ. Cette pierre fut montrée comme une curiosité au roi Charles IX. Deschamps rapporte un fait analogue.
Chopart, dont le livre sur les maladies des organes urinaires contient un grand nombre d’observations de ce genre, nous apprend qu’en 1780 on a extrait de la vessie d’un homme , à l’Hôtel-Dieu de Paris , un calcul dont le noyau était une épingle à friser. Il ajoute que M. Pinet , chirurgien à Daligre , a ôté, par l’opération de la taille latérale , une pierre qui avait pour noyau une grosse épingle noire et pointue , dont une grande partie du côté de la tête était enveloppée dans le calcul (2).
Il existe de ces sortes de calcul dans presque toutes les collections. La Faculté de Paris en possède plusieurs fort beaux (3). Cheselden a figuré une aiguille autour de laquelle s’était formée une pierre retirée de la vessie d’un enfant de cinq ans (4). Une figure semblable se trouve dans Baillie (5) , et une autre a été donnée par Walter fils (6 '.