‹ Des cris dans la mêlée, 1914-1916Chapitre 14 sur 55 · RÉPONSE A DE BONNES LETTRES · texte numérisé non relu

RÉPONSE A DE BONNES LETTRES

s'il s'arrive que vous soyez frappé, quelque chose qui est nouveau s'éveille en eux; un élan de leur cœur trahit soudainement le plus profond d'une affection, ce je ne sais quoi de plus qui serait resté caché, qui s'ignorait, peut-être; et je crois bien que, des deux côtés, on y a gagné effectivement.

Un pauvre diable, très pauvre, qui, mobilisé dès le mois d'août, fut tout de suite gravement blessé et soigné à l'ambulance, puis dans nos hôpitaux, disait gaîment à ses camarades :

« Sans cette maudite guerre, je n'aurais jamais couché dans de si bons lits! Et, puis, toutes ces jolies dames qui me soignent!... Jamais elles m'auraient regardé — avant/ »

Mais celui-là ce n'est pas parce qu'il a souffert qu'on le plaint,qu'onraime,qu'on le soigne si bien, c'est parce qu'il fut un défenseur, et cet honneur-là n'est pas donné à tout le monde.

Cependant, nous les écrivains, nous prenons part à la défense nationale, et, quoique sans péril, nous avons conscience de servir, à notre place; j'en ai la preuve bien vivante aujourd'hui. Que de cœurs sont émus par une ligne heureusement trouvée, par un mot bien venu !

Combien cherchent dans nos articles l'expression qui leur manque et qui éclaire parfois

leur horizon, leur montre un motif d'espérer ou de croire, qu'ils n'apercevaient pas !

L'écrivain, lui, de son côté, sent parfois défaillir sa confiance en lui-même : « Est-il bien utile que je dise ceci ou cela? Ai-je raison, tout à fait raison de l'avoir dit? Ai-je été secourable à quelqu'un ou ai-je parlé dans le désert? » Il se pose ces questions ; et elles restent souvent sans réponse, — jusqu'au jour où un accident quelconque rend intéressant son personnage. Béni soit donc l'accident, puisqu'aussi bien le mal est fait; et prenons le droit de nous réjouir du « bon » qu'il amène.

Aujourd'hui, j'ai feuilleté les lettres récemment arrivées dans ma solitude. J'en ai là une qui est datée : « Du front, 3 mars. » Oh ! cellelà, combien prenante! Le signataire m'envoie des vers qui exaltent la bravoure des Méridionaux, contre lesquels on a réédité des plaisanteries faciles. La lettre dit eiipost-scriptum: « Tous les poilus de ma tranchée sont du Midi ; moi, je suis Marseillais, du 5^ dépôt de Toulon. )) Et une demi-douzaine de signatures accompagnent le nom de mon correspondant, au-dessous de cette note : « Écrit sous les obus^ vu, lu et approuvé par quelques braves du Midi, qui font tout leur devoir. » Voici la lettre : « Je

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