LA JOURNEE DES MORTS
On a eu la journée du 75, on a eu la journée du drapeau belge et d'autres encore. Yoici le Jour des Morts ^ journée traditionnelle qui vient sans être appelée et qui emprunte aux circonstances, en cette année 1915, une grandeur sans pareille. Que de tombes, de deuils, de sang, de larmes, sur le sol de France ! Combien sont morts de nos frères, de nos fils, ceuxlà précisément que leurs jeunes forces désignaient pour la vie et que la guerre à choisis pour la mort. Précisément meurent, en ce moment formidable, ceux qui devaient vivre! Ils meurent, pour la défense des vieux qui déjà penchent vers la tombe et des enfants qui demain vont naître et seront la France, immortelle grâce aux héros qui pour elle ont dit : « Allons mourir! » D'un bout à l'autre de notre France, un grand frisson douloureux va courir, et, dans cette journée des Morts, tous nous nous sentirons troublés d'une reconnaissance infinie ; et, dans le silence, nous entendrons crier notre douleur de les avoir perdus, mêlée
à l'espoir que leur grand sacrifice sauvera la vie de la France, assurera la survie de la Justice. Gomme elle est mystérieuse, la Mort, celle qui fut nommée la reine des épouvantements et que toute notre jeunesse française affronte sans épouvante. Mystère de la mort, qui ne s'étonne et ne frémit pas devant toi! La vie déconcerte l'intelligence, mais elle apporte des douleurs connues, définies, qu'on prend en habitude, et aussi des joies, la joie dans la lumière. La mort, c'est l'inconnu dans la
nuit Oh ! cette minute extraordinaire où
ce qui se mouvait librement s'immobilise, où ce qui regardait ne voit plus, où ce qui parlait se tait! On appelle,... et l'être cher ne répond plus; ce que nous éprouvons, par lui, lui est devenu étranger; il ne paraît plus savoir que nous l'aimons. Son amour pour nous n'a plus un signe d'adieu; sa face pâle n'exprime plus rien qui nous montre un regret; cette paix qui se lit aux lignes de son visage, nous ne la reconnaissons pas. Comme cet être est changé, dans l'immobilité suprême ! il va bientôt se dissoudre; et, lui disparu, c'est avec peine que nous retrouverons dans notre mémoire ses traits familiers, bien aimés ! Il est perdu pour nous, dans une région où nous ne