‹ Des cris dans la mêlée, 1914-1916Chapitre 27 sur 55 · LES TROIS VICTOIRES FRANÇAISES · texte numérisé non relu

LES TROIS VICTOIRES FRANÇAISES

comme, selon eux, un grand peuple doit en en traiter un petit : égorgement, incendies, viols, assassinats, — en passant.

La France, diplomate sans le savoir ni l'avoir voulu, remporta donc sur la diplomatie allemande une première, incontestée et merveilleuse victoire, lorsqu'elle accueillit avec un héroïsme narquois et sublime, l'ours allemand. « Tu me croyais décadente? Je suis renaissante. Immorale? J'ai toutes les vertus! Faible? Je suis forte! Désunie? Je proclame l'union sacrée ! » Elle a fait danser l'ours au chant de la Marseillaise.

Deuxième victoire : celle de la Marne. Celleci, l'admirable Joffre la voulut, la prépara, combina, — toujours en silence, — selon sa manière. Il attira l'ours sur un terrain à sa convenance ; la bête y rencontra deux chasseurs imprévus, Maunoury et Galliéni; et quand Tours essoufflé eut renoncé à venir bouleverser la ruche du monde, bourdonnante d'activité et toute pleine du miel des esprits, qui s'appelle Paris; quand la brute allemande se fut retirée dans les champignonnières et les cavernes repérées depuis longtemps par sa prudence, Joffre l'y emprisonna et lui passa un anneau dans le nez.

Soyez sûrs que l'anneau est en place ; on le rive à cette heure. On tient l'ours par le mufle. Le généralissime, quand le temps sera venu, tirera hors du terrier le fauve honteux, en halant sur la chaîne. Hoch ! Ce sera un beau spectacle; et nous le verrons, et nous assisterons à la suprême danse de l'ours.

La troisième victoire est le couronnement des deux autres ; et c'est elle qui amènera le triomphe définitif, parce qu'elle l'a rendu désirable au monde entier. Elle consiste en ceci, que nous avons pu, avec des enquêtes bien conduites, nettes et probantes, déshonorer la culture allemande. C'est la revanche (complète dès aujourd'hui, celle-là !) de notre France, que l'Allemagne prétendait corrompue, contre la corruption masquée de science, et qui est la pire des corruptions; contre la félonie, l'hypocrisie, la fourberie, l'ignominie, la bassesse, la cruauté, la férocité, la rapine, la luxure, l'ivrognerie, l'infamie enfin (les vocables manquent) du peuple honteux qui ose se réclamer de Kant et de Gœthe et qui a droit seulement à la gloire de son Nietzsche. Nietzsche, mégalomane, épileptique, mourut de rage orgueilleuse, par impuissance de concevoir la bonté chrétienne et la générosité française !

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