LES TROIS VICTOIRES FRANÇAISES
Et aujourd'hui il n'est pas un peuple au monde qui ne traite les marins allemands de pirates, les soldats allemands de barbares et Guillaume II de bandit couronné.
11 s'ensuit qu'avec raison le monde entier se sent menacé dans la noblesse de ses aspirations et dans la sécurité de ses demeures, dans la paix de ses foyers, dans la jouissance des quelques pauvres biens que l'homme est parvenu à se créer sur la terre, en dominant la m*atiére, en soumettant les éléments, et en faisant, des choses du cœur, des affections fami liales, la raison de ses efforts et la fin même de ses travaux.
Le monde se comprend menacé par une nation très une, qui, avec l'approbation de ses intellectuels, proclame que la guerre sans pitié, l'incendie, l'assassinat, le viol et la cruauté, ses moyens de conquête, sont l'expression d'une culture qu'elle comipte lui imposer. Ainsi menacé, le monde se défendra; il se défend. L'Allemagne a même les neutres contre elle. Elle est pressée sous le mépris du monde. Elle périra.
Le simple bon sens des peuples est contre elle. La sagesse des nations est contre elle. Elle l'a offensée et bravée. Elle n'échappera pas à la ruine qui est imminente.
J'ai entendu le grand historien Michelet dire un jour : « Si le mal l'emportait sur le bien, le monde finirait. » Rien de plus clair. Les forces malignes sont destructives de toute vie. Tout organisme ne consent à persister, à se perpétuer, que parce qu'il éprouve des satisfactions qui compensent les peines. Or, le monde évolué que nous sommes, ne goûte ses meilleures joies, celles qui doMient envie de durer, il ne trouve ses raisons de vivre que dans une haute moralité ,dont l'Allemagne est la négation effrénée. L'Allemagne elle-même s'est condamnée à mort. La vie veut vivre. L'instinct de conservation du monde vomira ce poison : l'Allemagne.
OHEÎ GUILLAUME!
J'ai reçu de Paris la lettre que voici : « Mon cher ami, enfin, nous avons vu les zeppelins sur Paris. 11 était temps. On finissait par ne plus y croire. Eh bien! ils existent. Il m'a été donné d'en regarder un . 11 a passé audessus de ma tête et j'ai souhaité de le voir incendié et qu'il me coiflat de sa vaste carcasse, non que j'eusse le désir d'être tué, — car je tiens à la vie — mais pour qu'il fût anéanti. Oui, je tiens encore à la vie, bien que j'aie ton âge avancé, mon vieux (mille excuses), et sais-tu pourquoi j'y tiens? Pour voir la fin de la guerre infâme, pour aucune autre raison, je te jure. J'ai assez de bien des choses, mais le spectacle de l'héroïsme de notre France est si merveilleux, si enlevant, générateur de tant d'énergies inattendues, de tant de vertus incroyables, que moi, l'ancien sceptique, je tiens à me remplir le cœur et les yeux de ces visions réconfortantes, et je veux pousser un jour, avec le monde entier, le cri de triomphe, le cri de
délivrance, le cri du droit sauvé, du bon sens vengé, de la charité et de la saine raison triomphantes .
(( Donc, j'ai vu un zeppelin survoler Paris. Quel dommage que tu n'aies pas été à mes côtés, sur le toit de ma maison, quand cette noire forme monstrueuse naviguait au-dessus de la Seine, comme un navire paradoxal.
« D'abord, nous fûmes réveillés, vers une heure un quart, par des sonneries de trompe et de clairon. Impression bizarre. Je pensai aussitôt à la trompette de Josaphat. J'ouvris ma fenêtre : Paris s'éteignait. Les fenêtres éclairées des maisons d'en face devinrent brusquement noires. Dans l'avenue, sur les trottoirs, des passants attardés crièrent d'un ton gouailleur : « Voici les barbares . » Une voix à l'accent faubourien s'exclama : v Ohé! Guillaume ». Et une autre : « Empereur d'assassins! » C'était déjà bien. Je plongeai mes regards dans une vaste étendue de ciel, et tout à coup, j'aperçus, sous un fin cône lumineux de nos projecteurs électriques, la silhouette noire, l'immense dragon volant, porteur de bombes incendiaires, bête apocalyptique par sa forme, mais, tout de même, quoi! en baudruche! Et je pensai au mot héroïque de nos chers aviateurs : « S'il le