‹ Des cris dans la mêlée, 1914-1916Chapitre 32 sur 55 · LETTRE OUVERTE A UN INCONNU · texte numérisé non relu

LETTRE OUVERTE A UN INCONNU

de métier, et mon incompétence, plus prudente que la vôtre, accepte ces jugements que le bon sens ratifie.... Il faut songer, pour être juste, que nous manquions de préparation à la guerre, et cela précisément parce que vos coreligionnaires politiques, aveuglés par un humanitarisme qui fut longtemps celui des poètes, ne pouvaient pas croire à la perfidie teutonne, à la barbarie teutonne, à la trahison des prétendus humanitaires d'Allemagne.

D'ailleurs, j'aime mieux m'en tenir, pour justifier ma confiance dans le généralissime par exemple, aux raisons impondérables : Il y a quelque temps, un officier supérieur, qui venait d'assister à une entrevue du général Joffreavec divers généraux, n'a pu s'empêcher de dire : « Pour qu'un homme qui porte le fardeau de tant de responsabilités garde ce calme absolu, cette sérénité parfaite, — il faut qu'il soit bien définitivement sûr du résultat final, c'est-à-dire de la victoire de son pays ! » Nous serions à la fois absurdes et criminels si nous n'avions pas confiance. J'entends bien, mon ami, que vous êtes pressé. Soyez plus raisonnable. Sachez attendre, et ne répandez pas, je vous en supphe, les impressions que vous m'avez communiquées. Ce serait tirer sur vos troupes,

i.'D DES CRIS DANS LA MÊLÉE.

VOUS qui détestez, me dites-vous, la trahison ... Oui, sur vos troupes, car fussiez-vous anarchiste et le plus exaspéré des anarchistes, . considérez bien que vous n'avez de salut, vous et les vôtres, que celui de la France. Avec elle et en elle, vous serez sauvé ou perdu. — Ce sont les partis les plus avancés qui sont le plus menacés par l'Allemagne féodale, par l'Allemagne de ce kaiser qui, de ses sujets, a fait des esclaves grâce à la discipline d'acier qui courbe sous lui le militarisme prussien. En Allemagne, le soldat dans le rang reçoit sans sourciller le coup de pied au derrière ou le coup de cravache en travers de la figure. Vaincu avec la France, vous deviendriez ce militaire-là. Ne l'oubliez pas.

Si vous êtes, mon ami, l'ennemi déterminé de ce noble empereur, soyez confiant, afin de la mériter, dans la victoire française qui vous permettra de penser librement, d'être ce que vous êtes, quoi que vous soyez.

Plus vous aimez la paix et la liberté, plus vous devez applaudir à la résistance française, compter sur la victoire et espérer dans le génie de la France. Vous aurez, demain, toute latitude pour être un ingrat à votre aise, quand la France sera de nouveau la France paisible.

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