‹ Des cris dans la mêlée, 1914-1916Chapitre 34 sur 55 · LA PETITE FLEUR ROUGE · texte numérisé non relu

LA PETITE FLEUR ROUGE

furent incorporés en qualité de simples matelots mais ils font partie officiellement de l'Ecole Navale. Quant aux autres, on leur a permis seulement de s'engager dans la flotte. « Pourquoi, implore la mère de notre jeune col-bleu, n'avoir pas fait, à ce moment-là, une distinction entre les admissibles ayant assez bien passé l'oral, et ceux qui n'avaient pas réussi à l'écrit ? Et notez que parmi ceux-ci plusieurs avaient échoué précédemment deux ou trois fois. Et maintenant, quand il va falloir statuer sur l'avenir de ces enfants, ne fera-t-on rien de plus pour ceux qui vraiment avaient fait quelque chose ?... Parlez pour nos enfants, Monsieur. »

Certes, les dieux ont eu leurs raisons, sans doute excellentes, et je ne suis pas dans le conseil des dieux; mais — les choses étant comme il vient d'être dit — il semblerait juste que la réclamation de cette courageuse maman fût entendue. Elle n'appelle aucune faveur ; elle demande un peu de justice distributive, et je dis que ses observations, si gentiment présentées, sont judicieuses.

La postulante voudrait qu'on prît à Navale les jeunes gens qui se trouvent dans la même situation que son fils. Elle voudrait que leur

avenir fût fixé cette année, quand on devrait leur faire passer un examen de circonstance en tenant compte des notes antérieures et de l'interruption des études; elle voudrait qu'on ne les laissât pas dans une démoralisante incertitude au sujet de leur avenir, et que, au contraire, on leur donnât « ardeur et courage dans ce beau métier d'officier de marine qu'ils sauront alors sûrement devoir être un jour le leur.... Je vous assure, Monsieur, qu'il serait dommage que certains, que je connais, n'entrassent pas dans la carrière.... — Votre fils, par exemple. Madame? — Mais certainement, , Monsieur! »

Voilà, transmises au public, les observations d'une mère qui sait réclamer sans se plaindre. Je souhaite vivement que ces considérations paraissent convaincantes à quelques-uns de mes puissants confrères, à Maurice Barrés, par exemple, qui n'a jamais eu un talent plus sûr, plus pénétrant, plus efficace que depuis l'heure où les cris de la patrie offensée passent par sa voix comme ils passaient par celle de l'admirable M. de Mun.

... Le voyez-vous, dans l'Adriatique, sur un de nos bateaux de France, le gentil col-bleu, le grand bébé à moustache, qui a pris des airs de

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capitaine, depuis qu'il a coiffé le bonnet bleu? Il a dix-neuf ans ; et s'il était né 55 jours plus tard, « serait encore sur les bancs du lycée ! » Mais il est là-bas; il écrit à sa maman des lettres enthousiastes à la fois et désolées; il aime tant la mer et notre marine française ! il se voyait aspirant, avec la casquette où brille la petite ancre dorée ! il est simple matelot et ne le regrette pas, au contraire! il sacrifiera bien des choses, même sa vie, à la douce France, — mais, sans le dire, il pense que son sacrifice mériterait qu'on ne le privât point du titre officiel d'élève de Navale, qu'il croyait tenir, qu'il tenait, dont la guerre le prive — que la guerre au contraire aurait pu lui conférer plus tôt... 11 jalouse Saint-Gyr et Polytechnique. . . . Et je pense qu'il a bien raison, — et je plaide pour lui.

De grâce. Monsieur le ministre de la marine, examinez ce cas intéressant. Ne pouvez-vous rien, dites, pour le petit matelot, qui, hier, admissible à Navale, a été refusé avec le numéro 105 ou 106, parce qu'on a reçu seulement 100 élèves au lieu de 150, à cause de la guerre? mais regardez-le donc. Monsieur le ministre ; ses yeux brillent d'un espoir sublime ; son grand col bleu de marin rappelle encore le large col d'enfant qu'arrangeait sa vaillante

mère sur ses épaules d'écolier; — et, sur sa fîère jeune tête frémit le pompon des marins de Dixmude, la petite Oeur rougp, — rouge comme la crête du coq gaulois, rouge comme le sang généreux de cette adolescence française, qui est prête à tous les sacrifices pour nous donner la victoire du droit, de la justice et de l'amour : « rouge petite fleur d'héroïsme poussée sur le bonnet bleu, crânement. »

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